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> Rampa: l'ermite
LightInWay
Ecrit le: Samedi 12 Novembre 2011 à 11h35 Posted since your last visit
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Ayant lu il y a quelques semaines le premier ouvrage de Lobsang Rampa "Le troisième oeil" dont je savais qu'il a été l'un des livres ayant sensibilisé nombre de personnes à l'ésotérisme dans les années 70, j'ai été vivement intéressé à en savoir plus.

La page wikipédia suivante, bien faite, présente bien l'auteur et le contenu de ses ouvrages (car il a a écrit une vingtaine en tout dont "Le troisième oeil" était le premier):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobsang_Rampa

Quelques recherches ces dernières semaines m'ont amené à trouve un lien de téléchargement de l'ensemble de ses ouvrages au format PDF:
http://www.fileserve.com/file/9axk7tr

Voici la liste des livres:
1. 1956 : Le Troisième Œil
2. 1959 : Lama médecin,
3. 1960 : Histoire de Rampa
4. 1963 : La Caverne des anciens
5. 1964 : Vivre avec le Lama
6. 1965 : Les Secrets de l aura
7. 1965 : Le Dictionnaire de Rampa
8. 1966 : La Robe de sagesse
9. 1967 : Les Univers secrets
10. 1969 : Les Clés du nirvâna
11. 1971 : Pour entretenir la flamme
12. 1971 : L’Ermite
13. 1972 : La Treizième Chandelle
14. 1973 : Les Lumières de l astral
15. 1975 : Crépuscule
16. 1976 : C était ainsi
17. 1976 : Je crois
18. 1977 : Les Trois Vies
19. 1980 : Le Sage du Tibet

Provenant de ce lien principal ici:
http://www.ebooks.telechargementgratuits.c...erve-91473.html


La page wikipédia m'a permis de cibler des livres qui m'intéressaient plus spécifiquement grâce au résumé des contenus.

On a notamment le livre intitulé "L'ermite" qui raconte le récit de rampa envoyé écouter l'histoire d'un vieil ermite qui a un message à transmettre. Il a été amené par des extra-terrestres, alors qu'il venait de subir une cruauté qui l'a rendu informe à vie (yeux crevés par les chinois qui avaient envahis le Tibet) et là on le fait assister à quelque chose dont il doit rendre compte.

Voici le contenu intéressant du livre concernant le contact avec ces entités et l'Ermite en question.

Premier morceau de texte (la suite vient au fur et à mesure) dans le message suivant...
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Ecrit le: Samedi 12 Novembre 2011 à 11h35 Posted since your last visit
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Le jeune homme s'inclina respectueusement devant
l'anachorète émacié qui, hiératique, se tenait assis sur un
bloc de pierre usé par le temps. « 0 vénérable! je suis venu
à toi pour que tu m'instruises . . . » dit-il à voix basse.
« Assieds-toi », ordonna l'Ancien. Le jeune moine, vêtu
d'une robe rouge brique, s'inclina une fois de plus et s'assit
en tailleur sur la terre battue, à quelques pieds de son aîné.
Le vieil ermite demeura silencieux. On eût cru qu'à
travers ses orbites vides il contemplait une infinité de passés.
Il y a longtemps, bien des années auparavant, alors qu'il
n'était qu'un jeune lama, il avait été pris à partie par des
fonctionnaires chinois, à Lhassa, et on lui avait cruellement
crevé les yeux parce qu'il n'avait pas voulu révéler des
secrets d 'Etat qu'il ne possédait même pas. Torturé, aveugle,
couvert de plaies, il avait réussi à se traîner loin de la ville,
plein d'amertume et de désillusions. Ne se déplaçant que
de nuit, il continuait à marcher. Rendu presque dément par
la douleur et la commotion, il évitait tout contact humain.
Il pensait, ne faisait que penser.

Il entreprit une longue ascension, vivotant grâce aux
maigres herbes et aux rares plantes qu'il pouvait trouver,
s'abreuvant aux sources de montagne, qu'il découvrait grâce
à leur chant. C'est ainsi qu'il parvint à préserver l'étincelle
de vie qui l'habitait encore. Lentement, ses blessures les
plus graves se cicatrisèrent, ses orbites vides s'arrêtèrent de
suinter, mais toujours, il poursuivait son ascension et s'éloignait
de ceux qui torturaient leurs semblables sans raison et
avec démence. L'air se raréfia. Le vieillard ne trouvait plus
de branches d'arbres dont l'écorce pût le nourrir, plus d'herbes
qu'il pût arracher tout simplement en se penchant. Il
lui fallait maintenant ramper, tâtonner, s'étirer dans l'espoir
de trouver suffisamment de nourriture pour apaiser les cris
les plus aigus de ses entrailles.
L'air devint plus aigre, le vent plus coupant. Malgré
tout, l'ermite continuait son ascension. Plus haut. Toujours
plus haut, comme s'il était mû par une force intérieure.

La voix sèche, qui ne s'était pas fait entendre depuis
longtemps, reprit: « Lorsque j 'étais jeune, j 'ai subi de nombreuses
épreuves, des épreuves fort pénibles. Je dus quitter
notre grande Cité de Lhassa et, aveugle, j 'ai dû errer dans
l'inconnu. Affamé, malade, évanoui, je fus emporté en un
lieu inconnu et instruit en prévision de ce jour. Lorsque je
t'aurai transmis mes connaissances, j 'aurai accompli ma
tâche et mon destin, et pourrai me rendre en paix vers les
Champs Célestes. »

« Jeune homme, reprit le vieillard d'une voix cassée,
mon heure est proche. Je dois d 'abord te transmettre mon
savoir. Mon esprit sera libre ensuite de se rendre vers les
Champs Célestes. Tu auras la charge de transmettre cette
connaissance à d'autres. Alors, écoute bien; rappelle-toi
tout et, surtout, ne manque pas à ton devoir. »

« Mon heure approche,
mais je ne peux pas quitter ce monde avant de t'avoir
transmis tout mon savoir. J 'ai ici un remède spécial à base
d'herbes, d'ont la puissance est extraordinaire. Il m'a été
donné par ton Illustrissime Guide pour de tels cas d'urgence;
si jamais je devais m'effondrer et que tu craignes pour ma
vie, fais-moi avaler de force six gouttes de cet élixir et cela
devrait me ranimer. On m'a défendu de quitter mon enveloppe
charnelle avant que mon travail n'ait été mené à bien. »
Il fouilla dans les plis de sa robe et exhiba un flacon de
pierre que le jeune moine prit avec grand soin. « Maintenant,
nous allons continuer, déclara le vieillard. Tu pourras te
restaurer lorsque je serai fatigué et que j 'aurai à m'allonger
quelque peu. Maintenant, écoute, et tâche de te souvenir de
tout ce que je te dirai ; ne laisse pas errer ton attention, car
ceci est plus important que ma vie et même que la tienne.
Il s'agit d'un savoir qui doit être préservé puis transmis
lorsque le temps sera venu. »

Tu sais que j 'ai erré dans l'inconnu pour
qu'enfin il m 'arrive une chose merveilleuse. Un miracle
survint grâce à une force intérieure qui me conduisit jusqu'à
ce que je sombre dans l'inconscient aux portes mêmes du
Temple de la Sagesse. Laisse-moi te raconter cela. Je te
transmettrai ma connaissance comme elle me fut transmise,
car bien qu'aveugle je pus tout voir. »

« La première chose dont je me souviens est
que je me trouvais étendu confortablement sur un lit
moelleux. Bien sûr, j 'étais jeune alors, comme tu l'es
maintenant, et je pensais que l'on m'avait transporté dans
les Champs Célestes. Mais je ne voyais rien. Or, je savais
que, si je m'étais trouvé de l'autre côté de la Vie, j 'eusse
recouvré la vue. J 'étais donc allongé et j'attendais. Peu de
temps après, des bruits de pas très discrets se firent entendre,
se rapprochèrent et s'arrêtèrent près de moi. Je demeurai
immobile, sans savoir à quoi m'attendre. « Ah! dit une voix
qui me sembla quelque peu différente des nôtres. Ah! ainsi
tu as repris conscience. Te sens-tu bien? »

« Quelle question stupide, pensai-je, comment puis-je me
sentir bien alors que je suis à moitié mort de faim? De
faim? Mais je n'avais plus faim. En fait, je me sentais bien ;
très bien. Je fis bouger mes doigts précautionneusement,
tâtai mes bras qui n'avaient plus l'aspect décharné de
baguettes. Je m'étais rempli, avais repris mon apparence
habituelle, bien que je n'eusse toujours pas d'yeux. « Oui, oui,
je me sens vraiment bien. Merci de votre sollicitude »,
répondis-je. La Voix reprit : « Nous aurions aimé te rendre
la vue, mais tes yeux ont été entièrement enlevés et nous ne
pouvions pas le faire. Repose-toi un peu. Nous en reparlerons
plus tard. »

« Je me reposai; je n'avais pas le choix et, bientôt, je
sombrai dans le sommeil. Combien de temps avais-je dormi?
Je ne pourrais le dire, mais de doux carillons me réveillèrent;
des carillons plus doux et plus harmonieux que les
gongs les plus précieux, plus beaux que les plus anciennes
cloches d'argent, plus sonores que les trompettes des temples.
Je me dressai sur mon séant et écarquillai les yeux comme si
je pouvais forcer mes orbites creuses à voir quelque chose.
Un bras plein de douceur entoura mes épaules et une voix
me dit: « Lève-toi et viens avec moi. Je vais te guider.»

« On me conduisit dans ce qui était apparemment une
grande pièce, dans laquelle se trouvaient un certain nombre
de personnes. En effet, je pouvais discerner le murmure
de leurs voix ainsi que les froissements de leurs vêtements.
Mon guide me dit: « Assieds-toi ici », et l'on glissa sous mon
siège un curieux appareil. Alors que j'allais m'asseoir par
terre, comme le font tous les gens sensés, je faillis défoncer
l'étrange machine. »

Le vieil ermite s'arrêta un instant et eut un rire nerveux
en se rappelant cet incident lointain . « Je tâtai soigneusement
la chose, poursuivit-il, et elle me sembla moelleuse et ferme
à la fois. Elle était soutenue par quatre pattes et, à l'arrière,
il y avait un obstacle qui me soutenait le dos. J'en conclus
d'abord qu'ils m'avaient pensé trop faible pour demeurer
assis par mes propres forces, mais je réalisai rapidement
que l'on se retenait de rire et en déduisis alors que ces
gens-là s'asseyaient de cette manière. Cette façon de s'asseoir
me parut bizarre et fort dangereuse, et je dois humblement
avouer que je me cramponnai avec acharnement à cette
plate-forme rembourrée. »

« Nous n'avons pas fini de t'étonner, m e dit l a Voix;
tu te demandes qui nous pouvons bien être et pourquoi tu te
sens si bien. Installe-toi plus confortablement, car nous
avons beaucoup à t'apprendre et à te montrer. »
« 0 Très Illustre, reprochai-je, je suis aveugle, on m'a
arraché les yeux et pourtant vous dites que vous avez beaucoup
de choses à me montrer? Mais comment cela est-il
possible? » « Tranquillise-toi, me dit la Voix, car avec du
temps et de la patience, tout s'éclaircira. »

« Les parties postérieures de mes jambes ballottaient dans
le vide et commençaient à me faire mal. Je les ramenai vers
moi et tentai tant bien que mal de m'asseoir dans la position
du lotus sur cette petite plate-forme de bois soutenue par
quatre pattes, avec ce curieux obstacle dans le dos. Ainsi
installé, je me sentis un peu plus à l'aise. Toutefois, ne
voyant pas, je craignais grandement de tomber je ne sais où.

« Nous sommes les Jardiniers de la Terre, me dit la
Voix, Nous voyageons parmi les univers, plaçant personnes
et animaux dans des mondes très différents. Vous, les
Terriens, entretenez bien des légendes à notre endroit. Vous
nous appelez les Dieux du Ciel et parlez de nos chars de
feu. Maintenant, nous allons te donner des informations à
propos de l'origine de la Vie sur la Terre afin que tu puisses
transmettre ces connaissances à quelqu'un qui viendra plus
tard. Cette personne parcourra le monde et consignera ces
faits, car il est grand temps que les gens connaissent la
Vérité sur leurs Dieux avant que nous amorcions la deuxième
phase. »

« Mais il doit y avoir une erreur, dis-je rempli d'épouvante,
je ne suis qu'un pauvre moine qui ne sait pas encore
pourquoi il a entrepris une telle ascension . »
« Nous t'avons fait venir grâce à notre science, murmura
la Voix. Nous t'avons choisi à cause de ton exceptionnelle
mémoire, que nous allons d'ailleurs améliorer.
Nous savons tout de toi et c'est pour cela que tu es ici. »

« J 'avais peur, horriblement peur . . . Que savais-je de ces
Jardiniers de la Terre? Je n'étais pas jardinier moi-même,
ne connaissais pas plus de choses sur les plantes que sur
l'univers et n'étais pas désireux de savoir quoi que ce soit
sur ce sujet. Alors que je pensais à tout cela, j'appuyai mes
jambes sur le rebord de la plate-forme qui me servait de
siège et me mis debout. Des mains très fermes quoique
bienveillantes me repoussèrent de telle sorte que je me
retrouvai une fois de plus assis de la manière ridicule dont
j'ai déjà parlé, avec mes jambes pendouillant dans le vide
et le dos appuyé contre quelque chose qui se trouvait
derrière moi . « La plante ne commande pas au Jardinier,
murmura une Voix. On t'a amené ici et c'est ici que tu
devras apprendre. »

« Tandis que j 'étais assis, émerveillé mais plein de ressentiment,
une discussion fort animée s'amorça dans une
langue inconnue. Des Voix. Encore des Voix. Certaines
d'entre elles étaient hautes et aiguës comme si elles avaient
pris naissance dans la gorge de gnomes. D'autres étaient
graves, caverneuses, tonitruantes ou alors ressemblaient au
cri qu'émet le yack mâle à travers monts et vaux à l'époque
des amours. Peu importe qui étaient ces gens, cela augurait
très mal pour moi, qui n'avais guère l'intention de coopérer
et qui, de plus, me trouvais captif contre mon gré. Tandis
que l'incompréhensible discussion se poursuivait, je continuai
à écouter, non sans quelque crainte. J 'entendis des sons
aigres comme celui du chalumeau ou déchirants comme une
sonnerie de trompette dans un défilé rocheux. Quel genre
de personnes pouvaient bien être ces gens? me demandai-je.
Comme'!t des êtres humains pouvaient-ils bien émettre une
telle variété de tons, de demi-tons, d'harmoniques? Où
pouvais-je donc bien me trouver? Peut-être me trouvais-je
en plus mauvaise posture qu'aux mains des Chinois. Ah!
si seulement je pouvais voir . .. Si seulement je pouvais
avoir des yeux pour voir ce que je ne pouvais que deviner.
Le mystère s'éclaircirait-il si je ne me trouvais pas accablé
par la cécité? Non, car comme je devais le découvrir plus
tard, le mystère n'en serait que plus insondable! C'est ainsi
que je demeurai assis, hésitant, rempli de frayeur. Les
tortures que j'avais subies aux mains des Chinois m'avaient
relativement affaibli et me portaient à croire que je serais
incapable de supporter d'autres traitements de ce genre.
Absolument incapable. Mieux valait voir les Neuf Dragons
venir et me consumer immédiatement plutôt que d'être contraint
de supporter l'Inconnu. C'est ainsi que je demeurais
assis, car il n'y avait rien d'autre à faire.

« Des éclats de voix me firent craindre pour ma sécurité.
Eussé-je possédé la vue, j 'eusse tenté un effort désespéré
pour prendre la fuite, mais celui qui est sans yeux est véritablement
réduit à l'impuissance, se trouve intégralement à
la merci des autres, à la merci de TOUT, de la pierre qui fait
trébucher, de la porte fermée, de l'inconnu qui se dessine
constamment devant lui, indistinct, menaçant, oppressant,
toujours redoutable. Le bruit de foule s'intensifia en un
crescendo. Certaines voix se firent entendre dans les registres
les plus élevés, tandis que d'autres grondaient comme le
mugissement de taureaux qui se battent. Je craignais que
l'on commît quelque acte de violence à mon égard, que
l'on me portât des coups que je ne saurais prévenir parmi
mes ténèbres éternelles. J 'agrippais aussi fort que je le
pouvais les bords de mon siège, mais relâchais bien vite ma
prise après m'être dit que, si l'on me frappait, le coup
serait beaucoup moins douloureux que si je me cramponnais.
« Ne crains rien, me dit la Voix, qui commençait à
m'être familière. Ceci n 'est qu'une Assemblée du Conseil.
Aucun mal ne te sera fait. Nous ne faisons que discuter des
meilleurs moyens de t'endoctriner. »

« Oh Grand Personnage, dis-je confus, je suis assez surpris
de constater que des gens de si haut rang se chamaillent tout
comme les plus humbles des bouviers qui gardent les yacks
dans nos collines [ Des rires amusés accueillirent mes commentaires.
Il semble que l'auditoire ne me faisait pas grief
de ces paroles peut-être un peu trop franches. »
« Souviens-toi toujours de ceci, répliqua-t-il. Peu importe
le rang que l'on atteint, il y a toujours place pour la discussion
et les désaccords. Il y a toujours quelqu'un dont
l'opinion diffère de celle des autres. On doit discuter,
chercher le pour et le contre et tenir à ses opinions avec
fermeté, sous peine de ne devenir qu'un esclave, qu'un
automate toujours prêt à accepter sans broncher les conditions
des autres. Pour des témoins non avertis, la libre
discussion semble toujours le prélude à des actes de violence.
» Il me donna une tape sur l'épaule d'une manière
rassurante et me dit : « Nous n'avons pas seulement ici des
gens de races différentes, mais également des gens venant
de plusieurs mondes. Certains arrivent de votre propre
système solaire, tandis que d'autres viennent de galaxies
beaucoup plus éloignées. Certains t'apparaîtraient comme
de frêles nains, tandis que d'autres sont de véritables géants
pouvant avoir jusqu'à six fois la taille des plus petits. »
J 'entendis ses pas s 'éloigner tandis qu'il se dirigeait vers le
groupe principal.

« D'autres galaxies? Qu'est-ce que cela pouvait bien
vouloir dire? Que pouvaient bien être ces « autres galaxies »?
Quant aux géants, eh bien ! comme la plupart des gens j 'en
avais entendu parler dans les contes de fées. Pour ce qui
était des nains, on pouvait en voir de temps en temps dans
des spectacles forains. Je secouai la tête; tout cela me
dépassait. Il avait bien dit qu'on ne me ferait pas de maL
qu'il s'agissait simplement d'une discussion, mais même les
commerçants indiens qui venaient à Lhassa ne se manifestaient
pas par de tels rugissements, de telles exclamations,
de telles huées. Je décidai donc de demeurer tranquillement
assis et d'attendre. Après tout, je n'avais guère le choix! »


La discussion se prolongeait.
A mon avis, elle était fort animée jusqu'à ce que, finalement,
toute conversation cesse. On pouvait entendre de
nombreux traînements de pieds, puis des pas, des pas très
légers comme le bruit que fait un oiseau qui gratte le sol
pour trouver des vers. On entendait également des pas très
lourds, manquant autant d'aisance que ceux d'un yack qui
se traîne sous un pesant fardeau. D'autres pas me troublaient
profondément, car certains d'entre eux semblaient ne rien
avoir de commun avec la démarche d'êtres humains tels que
je les connaissais. Toutefois, mes cogitations sur les différentes
espèces de pas furent brusquement interrompues
lorsque quelqu'un me prit le bras et me dit : « Viens avec
nous. » Une autre main empoigna mon autre bras, et l'on
me conduisit par une piste qui, si j'en juge par le contact
de mes pieds nus, semblait être de métal. Les aveugles
parviennent à se doter d'un sixième sens; je ressentais que
nous étions en train de traverser une sorte de tube de métal,
bien que j 'eusse tout le mal du monde à m'imaginer une
telle chose. »

Le vieil homme arrêta son récit comme s'il désirait
encore projeter une expérience aussi inoubliable sur les murs
de sa mémoire, puis il poursuivit: « Rapidement, nous atteignîmes
un endroit plus vaste, ce que je pus estimer grâce
à la différence entre les échos. Un glissement métallique se
fit entendre devant moi, et l'un de mes guides parla sur un
ton plein de respect à quelqu'un qui, apparemment, était de
loin son supérieur. Je ne possède aucun moyen de savoir
ce qui put bien se dire, car la conversation se déroula dans
un langage curieux, un langage fait de pépiements et de
gazouillements. Pour exécuter ce qui était vraisemblablement
un ordre, on me poussa en avant et la substance
métallique glissa derrière moi et se referma doucement avec
un bruit mat. Je me tenais debout et sentais le regard de
quelqu'un qui me dévisageait avec insistance. Il y eut un
froissement d'étoffe et le grincement de ce que j 'imaginais
être un siège similaire à celui que j'avais déjà utilisé.
Ensuite, une main fine et osseuse me prit la main droite et
me fit avancer. »

L'ermite fit une brève pause et eut un rire étouffé.
« Peux-tu t'imaginer ce que je ressentais? J 'étais en train de
vivre un événement qui tenait véritablement du miracle. Je
ne savais même pas à qui j 'avais affaire et il fallait que je
m'en remette entièrement à mes guides. Quelqu'un me parla
enfin dans ma propre langue. « Assieds-toi ici », me dit-on en
me poussant gentiment. Horrifié, j 'eus un sursaut d'effroi,
car j'eus l'impression de m'enfoncer dans un lit de plumes.
Ensuite, le siège, ou du moins ce qui en tenait lieu, m'enveloppa
et soutint certaines parties de mon corps peu familières
avec un tel traitement. Sur les côtés se trouvaient des
béquilles ou des bras probablement conçus dans le but de
retenir le corps de celui qui se serait laissé aller à s'endormir
dans cet étrange nid moelleux. La personne en face de moi
sembla des plus amusées par mes réactions, du moins si
j 'en juge par la manière dont elle réprima ses rires; il est
vrai que beaucoup de gens semblent trouver une source de
divertissement dans les malheurs de ceux qui sont privés
du sens de la vue.

« Tu te sens dépaysé et tu as peur », me dit la voix en
face. Il s'agissait évidemment d'une affirmation bien au-dessous
de la vérité! « Ne crains rien, poursuivit-elle, car tu ne
subiras aucun mal. Nos tests nous ont montré que tu possédais
une mémoire des plus prodigieuses. Nous allons donc
te fournir des informations que tu n'oublieras jamais et que,
plus tard, tu transmettras à quelqu'un qui croisera ton chemin.
» En dépit de ces belles paroles, tout cela semblait
mystérieux et fort inquiétant. Je ne disais rien, me contentant
de rester tranquillement assis en attendant la suite de
ces remarques, ce qui ne tarda pas à venir.

« En effet, mon interlocuteur poursuivit: « Tu vas voir
tout le passé, la genèse de ton monde, l'origine des dieux.
Tu verras aussi pourquoi des chariots de feu traversent le
firmament à ton grand effroi . » Honoré Seigneur! m'exclamai-
je, vous avez employé le mot voir, mais on m'a enlevé
les yeux, je suis aveugle, je me trouve dans la cécité la plus
complète! Il y eut un mouvement d'exaspération contenue.
puis la réplique se fit entendre, non sans âpreté: « Nous
savons tout ce qu'il y a à savoir à ton sujet, beaucoup plus
en fait que tu n"en pourrais savoir toi-même. On t'a enlevé
les yeux, mais le nerf optique est toujours là et, grâce à
notre science, nous sommes en mesure de nous brancher
sur ce nerf de façon à ce que tu puisses voir ce que nous
voulons que tu voies. »

« Est-ce que cela veut dire que je recouvrerai la vue
pour toujours? » demandai-je.
« Non, pas question, reprit la voix. Nous t'utilisons pour
une certaine fin. Si nous te rendions définitivement la vue,
cela voudrait dire qu'il faudrait te laisser évoluer dans ce
monde avec un appareil très en avance sur la science
actuelle, ce qui ne nous est pas permis. Assez de palabres,
je vais appeler mes adjoints. »
« Peu après, j 'entendis frapper respectueusement, puis
un glissement métallique. Il y eut une conversation et il
était évident que deux personnes étaient entrées dans la
pièce. Je sentis mon siège bouger et je tentai de me mettre
debout. Avec horreur je réalisai que tout mouvement
m'était impossible. Je ne pouvais bouger, ne fût-ce qu'un
seul doigt. Pleinement conscient, on me véhicula dans cet
étrange siège qui semblait glisser avec facilité dans n'importe
quelle direction. Nous nous déplaçâmes le long de couloirs
où les bruits se répercutaient de la façon la plus étrange.
Finalement, mon siège fit un virage aigu et des odeurs absolument
remarquables assaillirent mes narines dilatées. Un
ordre discret arrêta notre équipage, tandis que des mains me
saisissaient par les jambes et sous les bras. On me mit
debout sans effort, puis l'on me coucha. J'étais inquiet,
bien que terrifié soit un mot plus exact pour décrire cet état
d'âme. Mes craintes s'intensifièrent lorsqu'on banda étroitement
mon bras droit, légèrement au-dessus du coude. Ma
pression augmenta à un point tel que je sentis mon bras
enfler. Quelque chose me piqua à la cheville gauche, puis
je ressentis une sensation extraordinaire, comme si l'on
m'avait glissé quelque chose dans le corps. Un autre ordre
se fit entendre et je sentis le contact de deux disques glacés
sur mes tempes. J 'entendis un bourdonnement semblable à
celui d'une abeille dans le lointain, puis sentis que je perdais
progressivement conscience.

« Des éclairs enflammés semblaient passer devant mes
yeux; de grandes traînées vertes, rouges, violettes, de toutes
les couleurs. Puis je me mis à crier. Puisque j 'étais aveugle,
je devais donc me trouver dans le Pays des Démons et ces
derniers devaient s'apprêter à me tourmenter. Je ressentis
une douleur aiguë, une simple piqûre d'épingle en réalité,
et ma terreur disparut. En vérité, je m'en moquais royalement!
On s'adressa à moi dans ma langue: « N'aie pas peur,
nous n'allons pas te faire de mal; nous sommes seulement
en train de régler nos appareils de façon à ce que tu puisses
voir. Quelle couleur peux-tu voir maintenant? » J 'oubliai
quelque peu mes craintes pendant que je disais voir du
rouge, du vert ou toute autre couleur. Puis je poussai un cri
d'étonnement: je voyais, mais ce qui se présentait à ma vue
était si étrange que je pouvais difficilement comprendre de
quoi il s'agissait.

« Mais comment décrire ce qui est indescriptible? Comment
peut-on risquer d'expliquer à quelqu'un ce qui se
déroule lorsque, dans le vocabulaire de l'interlocuteur, il
n'existe pas de mots appropriés, il n'existe pas de concepts
pouvant s'adapter à la situation? Ici, dans notre Tibet, nous
possédons suffisamment de mots et de phrases consacrés
aux Dieux et aux Démons. Toutefois, lorsqu'il s'agit de
transiger avec les oeuvres des Dieux et des Démons, peu
importent lesquels, que peut-on faire? que peut-on dire?
que peut-on décrire? Tout ce que je puis dire, c'est que je
voyais, mais ma vue ne se trouvait pas dans mon corps
puisque j 'arrivais à me voir moi-même. Il s'agissait d'une
expérience des plus irritantes, d'une expérience par laquelle
je ne voudrais plus repasser. Mais laisse-moi commencer par
le commencement.

« L'une des Voix m'avait demandé de lui faire savoir à
quel moment je voyais du rouge, du vert, d'autres couleurs.
C'est peu après que je connus cette expérience extraordinaire,
que je vis ce formidable éclair blanc et que je découvris
que j 'étais en train de contempler fixement - c'est la seule
expression qui semble convenable - une scène absolument
étrangère à tout ce que j 'avais connu jusqu'alors. J 'étais
allongé, mi-étendu, mi-assis, comme surélevé sur ce qui
semblait être une plate-forme métallique. Cette dernière
paraissait soutenue par un pilier unique et, pendant un
instant, je fus saisi de crainte à l'idée de voir cet appareil
basculer . . . et moi avec lui . . . L'atmosphère générale des
lieux respirait un air de propreté telle que je n'en avais jamais
connu. Les murs, construits en matériaux luisants, d'une
netteté incroyable, avaient une nuance verdâtre fort plaisante
et fort calmante. En plusieurs endroits de cette étrange
pièce, qui était vraiment très grande à en juger par mes
propres mesures, il y avait de massifs appareils que je ne
puis vous décrire, car les mots me manquent pour en souligner
l'étrangeté.

« Il y avait évidemment des gens dans la pièce. Ah!
cela m'ébranla d'une manière incroyable ! Le choc dont je
fus l'objet provoqua quasiment chez moi du délire et des
cris incohérents, et je me dis que, peut-être, il ne s'agissait
après tout que d'une distorsion provoquée par l'un des
subterfuges de la nouvelle vision artificielle qu'ils m'avaient
donnée et non prêtée. Un homme se tenait debout à côté
de quelque machine. J 'estimai qu'il avait à peu près le
double de la taille de nos procureurs les plus imposants. Je
dirai qu'il était haut de trois mètres cinquante environ, et
qu'il avait la plus extraordinaire tête en pain de sucre que
je connaisse, une tête dont le crâne se terminait presque
comme le petit bout d'un oeuf. Il était complètement chauve,
véritablement immense. Il semblait être vêtu de quelque
robe verdâtre - je souligne en passant qu'ils étaient tous
couverts de toile verte - qui lui descendait du cou aux
chevilles. Un fait qui me parut extraordinaire est que cet
habit couvrait les bras jusqu'aux poignets. J 'étais effrayé
de regarder leurs mains et de découvrir qu'une peau spéciale
semblait les recouvrir. Tandis que je parcourais des yeux
un personnage après l'autre, je remarquai que tous avaient
cet étrange enduit sur les mains et me demandai quelle
pouvait bien être la signification religieuse de ce geste. Je
me dis aussi que ces êtres pensaient peut-être que j 'étais sale
et qu'ils avaient peur d'être contaminés par moi.
« Mon regard quitta le géant; si j 'en juge par leurs
silhouettes, deux de ces personnes avaient l'air d'appartenir
au sexe féminin. L'une d'elles avait les cheveux très foncés
et l'autre, les cheveux très clairs. L'une avait les cheveux
crépus, tandis que l'autre avait une sorte de chevelure blanche
et raide. Ma connaissance des femmes étant très limitée,
c'est un sujet que je ne discuterai pas, pas plus qu'il ne
devrait t'intéresser.

« Les deux femmes me regardaient, et l'une d'elles
avança la main vers un endroit qui n'avait pas encore
retenu mon attention. Là, je vis une chose absolument
extraordinaire: un nain, un gnome, un tout petit petit corps,
un être qui avait le corps d'un enfant de cinq ans. Mais
la tête . . . Ah! Cette tête était immense! une boîte crânienne
phénoménale, chauve également, pas un seul cheveu en vue.
Le menton était petit, vraiment très petit, et la bouche ne
ressemblait pas à la bouche que nous avons, mais plutôt à
un orifice de forme triangulaire. Le nez était peu accusé.
Il ne ressemblait pas tant à une protubérance qu'à une
crête. Il s'agissait apparemment de la personne le plus
haut placée de l'assistance, car les autres regardaient vers
elle avec respect et déférence.

« Mais cette femme bougea à nouveau sa main et la
voix d'une personne que je n'avais pas préalablement remarquée
s'adressa à moi dans ma propre langue et me dit:
« Regarde devant toi, peux-tu te voir? » Sur ces mots, celui
qui me parlait entra dans mon champ de vision; il
semblait être tout à fait normal; je dois dire qu'habillé
comme il était, il aurait pu passer pour un marchand, voire
un commerçant indien; tu peux donc te rendre compte à
quel point son apparence était normale. Il avança et me
montra du doigt une substance très brillante. Je la regardai,
ou du moins pensai-je l'avoir fait, car ma vue se
trouvait à l'extérieur de mon corps. Je n'avais pas d'yeux;
donc, où avait-il bien pu placer la chose qui voyait pour
moi? C'est ainsi que je vis, sur la petite tablette attachée à
l'étrange table de métal sur laquelle j 'étais allongé, une sorte
de boîte. J 'étais sur le point de me demander comment
j 'étais capable de voir cette chose alors que c'était grâce à
elle que je pouvais voir, lorsque je réalisai que la pièce de
métal, cette chose brillante, était une sorte de réflecteur.
L'homme qui me paraissait le plus normal déplaça légèrement
ce réflecteur, modifia son angle, et je me mis à crier,
consterné et horrifié parce que je me voyais allongé sur
cette plate-forme. Avant d'avoir eu les yeux crevés, je
m'étais déjà vu. Quelquefois, en allant au bord de l'eau
pour y boire, j 'avais bien aperçu mon image dans l'onde
tranquille et c'est ainsi que je pouvais me reconnaître. Mais
là, dans cette surface réfléchissante, je n'apercevais qu'une
forme émaciée, presque prête à rendre l'âme. Je portais un
bracelet autour d'un bras et un autre autour d'une cheville.
D'étranges tubes sortaient de ces branches et aboutissaient je
ne sais où. Toutefois, un tube ressortait de l'une de mes
narines et était raccordé à une sorte de bouteille transparente
attachée à une tige de métal qui se trouvait près
de moi.

« Mais la tête ! Quelle tête ! Je puis difficilement demeurer
calme en m'en souvenant. De la tête, juste au-dessus du
front, jaillissaient un certain nombre de morceaux de métal.
De ces protubérances sortaient ce qui me sembla être des
bouts de cordelette dont la majorité étaient raccordées à la
boîte que j'avais aperçue sur la petite plate-forme de métal
qui se trouvait près de moi. J 'imaginai que c'était l'extension
de mon nerf optique qui aboutissait à cette boîte. Cependant,
je regardai avec une horreur grandissante et m'apprêtai à
arracher de moi ces choses lorsque je réalisai que j'étais
toujours immobilisé. Je ne pouvais absolument pas bouger,
ne fût-ce qu'un doigt. Je ne pouvais que rester allongé
où je me trouvais et être témoin de la curieuse aventure qui
m'arrivait.

« L'être qui ressemblait à un homme normal allongea
la main en direction de la boîte noire. Si je n'avais pas été
immobilisé, j 'aurais violemment tressailli. J 'eus en effet
l'impression qu'il mettait ses doigts dans mes yeux, tant
l'illusion était parfaite. Il se contenta toutefois de déplacer
un peu la boîte, tandis que mon champ visuel se trouvait
modifié. Je pus voir en arrière de la plate-forme sur laquelle
j'étais allongé et remarquai la présence de deux autres
personnes. Elles semblaient relativement normales; l'une
d'elles était blanche, tandis que l'autre était jaune, aussi
jaune qu'un Mongol. Elles se contentaient de rester debout
en me regardant sans cligner des yeux, sans faire attention
à moi. En fait, elles semblaient plutôt ennuyées par toute
cette histoire, et je me souviens d'avoir alors pensé que,
si elles se fussent trouvées à ma place, elles n'eussent certainement
pas été aussi blasées. La voix se remit à parler.
« Bien. Ceci sera ta vue pour un court laps de temps. Tu
seras nourri grâce à ces tubes, tandis que d'autres tubes
assureront l'évacuation de tes déchets et rempliront certaines
fonctions. Dans l'immédiat, il ne te sera point permis de
bouger, car nous craignons, si nous te laissons remuer, que
tu ne te blesses dans un moment de délire. C'est donc pour
ta propre protection que tu te trouves immobilisé, mais ne
crains rien, il ne te sera fait aucun mal. Lorsque nous en
aurons terminé, nous te renverrons dans quelque autre
partie du Tibet. Ta santé sera meilleure, tu seras normal,
sauf que tu n'auras toujours pas d'yeux. Tu comprends
aisément qu'il t'est impossible de te déplacer en transportant
constamment cette boîte noire . . . » Il eut à mon égard un
sourire à peine esquissé, puis recula en dehors de mon
champ de vision.

« Des gens circulaient et s'affairaient à diverses tâches.
Il y avait un certain nombre de choses circulaires et bizarres
ressemblant à de petites fenêtres recouvertes de verre de
la plus haute qualité. Cependant, il semblait qu'il n'y eût
rien de bien important derrière le verre, sinon une petite
aiguille qui bougeait et pointait vers d'étranges signes. Tout
ça ne signifiait rien pour moi. J 'eus un regard circulaire,
mais je me trouvais tellement dépassé par les événements
que je décidai de tout laisser tomber et de classer ces choses
dans ce qui était au-delà de mes capacités de compréhension.
« Le temps s'écoula. Je demeurai allongé, ne me sentant
ni fatigué ni délassé, mais presque en état de transe, c'est-à-dire
quasiment insensible. Il était certain que je ne souffrais
plus maintenant et que mes inquiétudes s'étaient quelque
peu apaisées. Il me sembla ressentir certains changements
subtils dans les échanges chimiques qui se déroulaient dans
mon corps et, soudainement, à la limite du champ de vision
que me permettait la boîte noire, je vis qu'une personne
tournait différentes protubérances sortant d'une foule de
tubes de verre soutenus par une charpente de métal. Tandis
que la personne tournait ces protubérances, les petites choses
qui se trouvaient derrière les minuscules fenêtres de verre
se mirent à s'agiter de différentes façons. Le plus petit
homme, celui que j'avais classé comme étant un nain mais
qui semblait, en fait, être le chef, se mit à dire quelque
chose. Puis celui qui me parlait dans ma langue apparut
dans mon champ de vision. Il me déclara que maintenant
ils allaient m'endormir pendant un certain temps de façon à
ce que je puisse me délasser. Il ajouta que, lorsque j 'aurais
pris du repos et de la nourriture, ils allaient me montrer
ce qu'ils avaient à me montrer.

« A peine eut-il fini de parler que je perdis conscience
une fois de plus, comme si on avait soudainement suspendu
cette faculté. Plus tard, je découvris que tel était le cas, car
ils possédaient un dispositif grâce auquel ils pouvaient,
instantanément et sans douleur, vous plonger dans un état
d'inconscience sur un simple mouvement de doigt.

« Combien de temps avais-je dormi? Combien de temps
avais-je été inconscient? Je n'ai aucun moyen de le savoir.
Peut-être une heure; peut-être une journée. Je me réveillai
aussi subitement que je m'étais endormi; en un instant,
j 'étais inconscient et, l'instant d'après, j'étais pleinement
éveillé. Mes nouveaux « yeux » ne fonctionnaient pas, à
mon grand regret. J 'étais aussi aveugle qu'avant. D'étranges
bruits parvenaient à mes oreilles, un cliquetis de métal
s'entrechoquant, un tintement de verre puis des pas s'éloignant
rapidement. J 'entendis le glissement métallique et,
pendant quelques instants, tout fut tranquille. Toujours
allongé, je m'émerveillai en pensant aux étranges événements
qui avaient tant bouleversé ma vie. Je fus arraché
à mes songes à un moment où l'appréhension et l'anxiété
jaillissaient sourdement en moi.

« J'entendis un double bruit de pas, secs et saccadés,
accompagnés d'un murmure lointain. Le bruit s'amplifia et
pénétra dans ma chambre. Le glissement métallique se fit
entendre une fois de plus et les deux personnes de sexe
féminin - c'est du moins ce que je déduisis - se dirigèrent
vers moi en poursuivant leur conversation sur un ton aigu
et saccadé. Elles parlaient toutes les deux en même temps;
enfin, c'est ce que je crus entendre. Elles s'arrêtèrent, l'une
à ma droite, l'autre à ma gauche et, comble de l'horreur!
enlevèrent l'unique couverture qui me recouvrait. Je
ne pouvais absolument rien faire. Immobilisé, impuissant,
je demeurai là, à la merci de ces femelles. J 'étais nu, nu
comme le jour où je suis né et, ce qu'il y a de pire, sous les
yeux de ces femmes inconnues. Moi, un moine, qui ne
connaissais rien aux femmes et qui (je l'avoue de bonne
grâce) étais terrifié pal ces créatures ! »

Le vieil ermite s'arrêta. Le jeune moine le regarda,
horrifié par l'abominable indignité qu'un tel événement
pouvait bien représenter. Alors que l'ermite revivait cette
horrible page de sa vie, on pouvait voir, sur la peau tendue
de son front, une sueur froide perler insidieusement. De
ses mains tremblantes, il saisit son écuelle qui contenait de
l'eau. Après avoir absorbé quelques petites gorgées du
liquide, il replaça soigneusement l'écuelle derrière lui.
« Mais le pire était encore à venir, ajouta-t-il d'une voix
tremblante et pleine d'hésitation. Les jeunes femmes me
placèrent sur le côté et enfoncèrent un tube dans une certaine
partie de mon corps que la décence me force à taire.
Je sentis un liquide entrer en moi et j'eus l'impression que
j 'allais éclater. Ensuite, sans plus de cérémonies, on me
souleva et l'on plaça un récipient très froid sous mes parties
inférieures. En toute modestie, je dois m'abstenir de décrire
ce qui arriva ensuite devant ces deux créatures . Mais tout
cela n'était qu'un début . . . Elles lavèrent entièrement mon
corps nu et firent preuve d'une familiarité effrontée à
l'égard des attributs qui caractérisent les mâles. Je me
sentis envahi par une bouffée de chaleur ainsi que par un
sentiment de confusion des plus intenses. Des tiges de
métal me pénétraient, tandis que l'on enlevait les tubes de
mes narines pour les remplacer brutalement par d'autres.
Ensuite, on posa sur moi un tissu qui me recouvrit du cou
jusqu'aux pieds et même au-delà. Malgré tout, les femmes
n'avaient pas encore terminé. Je ressentis une douleur au
cuir chevelu, comme un arrachement; plusieurs choses inexplicables
survinrent avant que l'on ne me plaquât sur la
tête une substance irritante et très collante. Pendant tout
ce temps, les jeunes péronnelles babillaient et gloussaient
comme si tous les diables leur avaient ravi la cervelle !
« Après un laps de temps appréciable, le glissement
métallique se fit entendre une fois de plus, un bruit de pas
plus lourd se rapprocha; sur quoi le caquetage des femmes
cessa. La Voix qui avait coutume de s'adresser à moi dans
ma langue me salua par un « Comment te sens-tu maintenant?
»

« Aussi mal que possible, répondis-je avec conviction.
Vos bonnes femmes m'ont entièrement déshabillé et ont
abusé de mon corps d'une manière trop outrageante pour
en parler! » Il sembla s'amuser follement en entendant ces
remarques. De fait, en toute candeur je puis affirmer qu'il
se mit à mugir de rire, ce qui ne contribuait guère à
m'apaiser.

« Il fallait bien que nous te lavions, dit-il, il fallait que
nous débarrassions ton corps de ses déchets et que nous te
nourrissions de la même manière. Ensuite, il a bien fallu
remplacer les différents tubes et les électrodes par des pièces
stériles. Nous avons dû inspecter les incisions sur ton
crâne et en refaire les pansements. Tu ne porteras que de
légères cicatrices lorsque tu nous quitteras. »
Le vieil ermite se pencha dans la direction du jeune
moine. « Regarde, dit-il, ici sur ma tête, il y a cinq cicatrices.
» Le jeune moine se leva et inspecta avec grand intérêt
le crâne de l'Ancien. Oui, les marques étaient bien là.
Chacune d'elles avait environ deux pouces de long et se
présentait sous la forme d'une légère dépression nacrée. Le
jeune homme pensa combien cela avait dû être horrible que
de subir un pareil traitement des mains des femmes. Il
frissonna involontairement et se rassit soudainement, comme
s'il craignait que quelqu'un ne l'attaque dans le dos.
L'ermite poursuivit : « Je ne fus pas rasséréné par toutes
ces belles paroles et demandai plutôt à mon interlocuteur
pourquoi des femmes avaient ainsi abusé de ma candeur et
pourquoi, si tant est que les traitements qu'elles m'avaient
fait subir s'étaient révélés nécessaires, ils ne m'avaient pas
été administrés par des hommes.

« Mon ravisseur - puisque c'est ainsi que je le considérais
- se mit à rire à nouveau et répondit: « Mon cher
ami, ne sois pas aussi stupidement prude. La nudité de ton
corps, en soi, ne signifiait absolument rien pour elles. Ici,
lorsque nous ne sommes pas de service, nous nous promenons
tout nus la plupart du temps. Le corps est le Temple
du Sur-moi et, par le fait même, est pur. Ceux qui sont
prudes ont des pensées lascives. Quant aux femmes qui
s'occupaient de toi, elles ne faisaient que leur devoir; ce
sont des infirmières qui ont été formées pour accomplir ce
genre de tâches. »

« Mais pourquoi ne puis-je pas bouger? demandai-je, et
pourquoi n'ai-je pas le droit de voir? C'est de la torture! »
« Tu ne peux pas bouger, me répondit-il, parce que tu
serais capable d'arracher les électrodes et de te blesser ou
encore d'endommager nos appareils. Nous ne te permettons
pas de trop t'accoutumer à ta nouvelle vision parce que,
lorsque tu quitteras ces lieux, tu redeviendras aveugle et
que plus tu te serviras de ta vue ici, plus tu oublieras les
facultés tactiles que tous ceux qui sont atteints de cécité
parviennent à développer. Si l'on te laissait la vue jusqu'à
ton départ, cela constituerait véritablement une forme de
torture, puisque ensuite tu serais réduit à l'impuissance. Tu
n'es pas ici pour ton plaisir, mais pour écouter, voir et
devenir le dépositaire d'un savoir que quelqu'un d'autre,
qui un jour croisera ton chemin, devra à son tour absorber.
Normalement, ce savoir devrait être consigné dans des
livres, mais nous craignons de relancer l'une de ces modes
qui consistent à s'emparer frénétiquement de tout ce qui
touche les Livres et les Ecrits sacrés. Un jour, le savoir que
tu vas emmagasiner et retransmettre sera enregistré. Pour
l'instant, souviens-toi que tu es ici pour mener à bien
nos projets et non les tiens. »
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Ecrit le: Samedi 12 Novembre 2011 à 20h11 Posted since your last visit
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Merci LightInWay pour le lien

Eh ouais !! icon_biggrin.gif
Si nous étions seuls vivants dans l'univers sur notre grain de poussiere terre, ce serait un vaste gachis d'espace ..
Il y a aussi le livre de Rampa "la caverne des anciens" qui vaut la lecture

Rampa le spiritualiste.. Il doit être dans l'astral maintenant ou dans une dimension supérieure !!

Voilà un film brésilien sous titré en Français, sur ce theme:
http://frmovies.net/link.php?v=990179836

http://www.novamov.com/video/4d57bf11da298

A plus


--------------------

Peuple de France, tranche dans le lard en sachant faire une addition des voix
Vote à 100% pour Mélenchon, le seul qui parle de paix et de partage des richesses
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Ecrit le: Dimanche 13 Novembre 2011 à 21h20 Posted since your last visit
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A quand la suite? c'est tres interressant icon_biggrin.gif
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Ecrit le: Dimanche 13 Novembre 2011 à 21h44 Posted since your last visit
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Citation (Togusa @ Dimanche 13 Novembre 2011 à 21h20)
A quand la suite? c'est tres interressant icon_biggrin.gif

Merci, ça va venir!

Pour Amateur, tu as raison, d'ailleurs j'ai commencé par lire la caverne des anciens avant de lire l'Ermite.
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Ecrit le: Lundi 14 Novembre 2011 à 21h19 Posted since your last visit
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« Il y a si longtemps, en cet Endroit éloigné, je reposai
sur cette étrange plate-forme métallique. L'homme, mon
ravisseur, me faisait clairement entendre que je n'étais pas
là pour mon bon plaisir, mais pour le leur, afin d'être un
Dépositaire du Savoir, dit le vieillard. Je répondis: « Comment
pourrais-je m'intéresser à tout cela de façon intelligente
si je n'ai simplement que le statut de captif, un captif
qui ne tient aucunement à coopérer et qui n'a pas la plus
vague idée de l'endroit où il se trouve et de la raison pour
laquelle il s'y trouve? Comment puis-je m'intéresser à quoi
que ce soit alors que vous me considérez comme moins que
de la poussière? On m'a traité plus mal que nous traitons
un cadavre destiné aux vautours. Nous, nous faisons preuve
de respect envers les morts comme envers les vivants, mais
vous, vous me traitez avec aussi peu de civilité que l'on
traite quelque excrément que l'on se propose de jeter dans
un champ. Malgré tout, vous vous prétendez civilisés, si
toutefois ce mot signifie quelque chose pour vous ! »

« L'homme fut visiblement ébranlé et même pas mal
impressionné par mes éclats de voix. Je l'entendis faire les
cent pas dans la pièce. En avant; un raclement de pieds
tandis qu'il faisait demi-tour; en arrière; puis encore en
avant. Soudainement, il s'arrêta près de moi et me dit: « Je
vais consulter mon supérieur. » Il s'en alla rapidement et,
de toute évidence, ramassa quelque objet dur. J 'entendis
quelque chose comme un vrrr . . . vrrr . . . vrrr . . . et ensuite
un rrr . . . rrr . . . rrr . . . Un cliquetis métallique aigu et un
son saccadé sortaient dudit objet. J'estimai qu'il s'agissait
de paroles. L'homme à qui je m'étais précédemment adressé
parlait abondamment en émettant les mêmes bruits bizarres.
Il était clair qu'une discussion était en cours, et elle dura
quelques minutes. »
« Tout d'abord, je vais te montrer cette pièce, me dit
mon interlocuteur. Je vais te parler de nous, te dire qui nous
sommes, ce que nous faisons, et je vais essayer d'obtenir ta
coopération en me montrant compréhensif. Premièrement,
voici ta vue. »

« J 'aperçus la lumière, puis la vue me revint. Une bien
drôle de vue, en vérité; je me trouvais à regarder la pointe
du menton de l'homme ainsi que le dessous de ses narines.
Pour une raison que j'ignore, à la vue des poils dans ses
narines, je me mis à rire. Il se pencha et l'un de ses yeux
occupa entièrement mon champ de vision. « Oh ! s'exclama-
t-il, quelqu'un a renversé la boîte. » Le monde se mit
à tourner autour de moi, mon estomac se souleva, je me
sentis nauséeux et j 'eus le vertige. « Oh ! je suis désolé, me
dit l'homme, j 'aurais dû le fermer avant de tourner la boîte.
Ne fais rien, tu te sentiras mieux dans un petit moment. Ce
sont des choses qui arrivent! »

« Maintenant, je pouvais me voir. Ce fut une expérience
horrifiante que d'apercevoir mon corps aussi exsangue
et avec autant de tubes et de sondes qui en sortaient. Je
fus également stupéfait de me voir ainsi et de réaliser que mes
paupières étaient fermées. J 'étais allongé sur ce qui semblait
être une mince plaque de métal supportée par un unique
pilier. Au pied du pilier j 'apercevais un certain nombre de
pédales tandis que, près de moi, il y avait une tige suppor-
tant des bouteilles de verre remplies de liquides multicolores.
L'homme me dit: « Tu te trouves sur une table d'opération.
Avec ces pédales - il les toucha -, nous pouvons
te placer dans n'importe quelle position. » Il pesa sur l'une
d'elles et la table tourna. Il en toucha une autre et la table
s'inclina jusqu'à ce que je manque de tomber. Une autre,
et la table s'éleva de telle façon que je pus voir dessous.
Bref, ce fut une expérience d'une étrangeté inquiétante qui
me causa des sensations extrêmement bizarres dans l'estomac.
« Visiblement, les murs étaient faits d'un métal d'une
couleur verte des plus plaisantes. Jamais auparavant je
n'avais vu une matière d'une telle qualité, une surface aussi
lisse, aussi exempte d'imperfections. Il était clair que l'on
avait dû employer un système de jointures spéciales, car on
n"en voyait nulle part, pas même là où les murs, le plancher
ou le plafond commençaient ou finissaient. On pouvait dire
que les murs « coulaient » littéralement dans le plancher ou
dans le plafond. Nul coin à angle aigu. nulle arête. Puis,
une section du mur glissa sur le côté avec ce bruit de roulement
métallique que j 'avais appris à si bien reconnaître. Une
étrange tête se montra dans l'embrasure, jeta rapidement un
regard circulaire puis rentra aussi brusquement; le mur se
referma.

Sur le mur devant moi, il y avait tout un assortiment
de petites fenêtres dont certaines avaient la taille d'une
large paume d'homme. Derrière ces fenêtres, on apercevait
des aiguilles, arrêtées sur diverses marques rouges ou
noires. Certaines fenêtres rectangulaires, de plus grande
taille, attirèrent particulièrement mon attention; une lueur
bleuâtre presque mystique en émanait. D 'étranges taches de
lumière sautillaient et dansaient selon un tracé incompréhensible,
tandis que dans une autre fenêtre une ligne d'un brun
rougeâtre ondulait de haut en bas selon d'insolites formes
rythmiques rappelant - c'est du moins ce que je pensai -
la danse du serpent. L'homme - celui que j'appellerai mon
ravisseur - sourit en voyant que je prenais intérêt à ces
choses. « Tous ces instruments donnent des indications
ayant rapport à Toi, me dit-il; ici, on trouve des données se
rapportant à neuf ondes céphaliques. Neuf ondes sinusoÏdales
séparées avec, en surimposition, la production électrique
de ton cerveau. Elles montrent que tu possèdes une
capacité mentale supérieure. Elles montrent que tu possèdes
une remarquable facilité de mémorisation, ce qui prouve
ton aptitude à t'acquitter de ta tâche. »
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Ecrit le: Lundi 14 Novembre 2011 à 23h59 Posted since your last visit
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Bonjour

Depuis que tu as ouvert ce sujet je me disais que ça me rappelle quelque chose.
J'ai lu une partie de T. Lobsang Rampa dans ma jeunesse, et la connaissance qu'a ce viel ermite me ramenait à un article d'un magazine sans me souvenir exactement lequel. J'ai retrouvé le fil dans Nexus.

C'est réparti dans plusieurs numéros, je poste juste la conclusion de l'auteur qui rejoint partiellement l'histoire de l'ermite.

J'ai surligné les passages les plus parlants. C'est téléchargeable par ce lien.
L'article complet donne quelques "preuves" paléontologiques que je n'ai pas les moyens de confirmer, mais l'auteur a l'air sérieux.

icon_coucou.gif


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Croire ou savoir: Là est la question!
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Ecrit le: Mardi 15 Novembre 2011 à 18h58 Posted since your last visit
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Et tu as aussi encore une source d'information qui va dans le même sens, avec le livre Alliance de Givaudan. Tu peux en trouver plusieurs liens de ce qui à priori devait être le manuscrit pour éditeur avant de passer en livre (il y a quelques fautes de frappe dedans qui ne sont pas dans le livre papier).

Un lien parmi d'autres sur le net:
http://www.megaupload.com/?d=YQ1Q4CGG
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Ecrit le: Mardi 15 Novembre 2011 à 18h58 Posted since your last visit
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« Tournant très doucement la boîte à voir, il me montra
une étrange verrerie qui se trouvait auparavant en dehors
de mon champ de vision. « Ces appareils, expliqua-t-il, te
nourrissent continuellement par tes veines et extraient tous
les déchets qui se trouvent dans ton sang. Ces autres choses
drainent d'autres déchets de ton corps. Nous sommes maintenant
prêts à améliorer ton état de santé de façon à ce que
tu sois capable de supporter le choc qui ne manquera pas
de se produire lorsque nous t'aurons fait voir tout ce que
nous avons à te montrer. Oui, il se produira un choc, car
peu importe que tu te considères comme un prêtre éduqué:
comparé à nous, tu n'es que le plus bas et le plus ignorant
des sauvages ; ce qui, pour nous, appartient au domaine du
quotidien, constituerait pour toi une suite de miracles
incroyables; c'est pourquoi une première prise de contact
avec notre science est susceptible de provoquer chez toi un
sérieux choc psychique. Nous devons toutefois prendre ce
risque, car il existe un risque, malgré le fait que nous mettions
tout en oeuvre pour le minimiser. »

« Il se mit à rire et me dit : « Au cours des services qui
se déroulent dans vos temples, vous faites grand cas des
sons émis par le corps. (Oh! oui . . . je suis bien informé sur
vos services.) Mais as-tu déjà réellement entendu les bruits
émis par le corps? Ecoute! » Se retournant, il se dirigea
vers le mur, où il pressa un bouton d'un blanc étincelant.
Immédiatement, d'une multitude de petits trous sortirent
des bruits que je reconnus pour des sons émis par le corps
humain. Il sourit, tourna un autre bouton; les bruits s'intensifièrent
et remplirent la pièce entière. Boum! Boum !
faisaient les battements de mon coeur. Ils atteignirent une
telle amplitude que la verrerie qui se trouvait derrière moi
se mit à tintinnabuler de coneert avec eux. Il toucha une
fois de plus le bouton; les bruits cardiaques disparurent et
furent remplacés par un gargouillement de liquides corporels,
un gargouillement aussi bruyant qu'un ruisseau de montagne
se précipitant dans son lit pierreux, pressé d'atteindre la
mer, loin, loin de là. Ensuite, on put entendre un sifflement
de gaz dont le bruit rappelait une tempête courbant les
branches des fiers géants de la forêt; puis ce furent des
bruits de chute, d'éclaboussements, comme si l'on précil'itait
de gros rochers dans quelque lac insondable. « Ton corps,
dit-il, ce sont les bruits de ton corps. Nous savons tout
sur lui. »

« Mais, Ravisseur Dédaigné, dis-je, ceci n'a rien de
miraculeux, ceci n 'a rien de merveilleux . Nous, pauvres et
ignorants sauvages, pouvons faire aussi bien que cela, ici
même, au Tibet. Nous aussi sommes capables d'amplifier
les sons - pas aussi fort que cela, je le concède - mais
nous pouvons tout de même le faire. Nous pouvons également
détacher l'âme du corps . . . et la ramener. »
« Vous le pouvez? » Il me regarda d'un air railleur et
me dit: « Tu ne te laisses pas facilement impressionner,
hein? Tu nous considères toujours comme des ennemis, des
ravisseurs, hein? »

« Monsieur! répliquai-je, vous n'avez pas encore fait
preuve d'amitié à mon égard; vous ne m'avez donné aucune
raison de vous faire confiance ou de coopérer avec vous.
Vous faites de moi un captif paralysé comme les guêpes
paralysent leur proie. De plus, certains d'entre vous m'apparaissent
comme des diables; nous possédons des images de
ces derniers et nous les maudissons comme des créatures de
cauchemar sorties de quelque monde infernal. Et pourtant,
ici , ils semblent faire partie de vos fréquentations . . . »
« Les apparences peuvent être trompeuses, répondit-il.
Certaines de ces personnes peuvent être les plus gentilles
qui soient. D 'autres, avec leur air angélique, sont capables
de se rabaisser à commettre toutes les turpitudes que leur
esprit pervers peut leur inspirer. Et pourtant, toi, oui toi,
comme tous les sauvages, tu te laisses influencer par les
apparences extérieures d'une personne. »

« Monsieur! répondis-je, je dois encore décider de quel
côté vos intérêts se situent : du côté du bien ou du côté du
mal. S'ils se trouvent du côté du bien et que vous parveniez
à m'en persuader, alors - seulement alors - coopérerai-je
avec vous. Dans la négative, j 'utiliserai tous les moyens à
ma disposition pour aller à l'encontre des buts que vous
cherchez à atteindre, peu importent les risques que je pourrai
courir. »
« Bien entendu, me répondit-il quelque peu vertement.
Tu seras d'accord avec moi pour admettre que nous t'avons
sauvé la vie alors que tu étais malade et près de mourir
de faim? »

« Je pris mon expression la plus sinistre tandis que je
répliquais: « Sauvé la vie . . . mais pour quoi faire? J 'étais
en route pour les Champs Célestes et vous m'avez ramené
de force. Rien de ce que vous pourriez faire maintenant ne
serait plus cruel. Qu'est-ce que la vie pour un aveugle?
Comment un aveugle peut-il étudier? Et la nourriture? Comment
vais-je me procurer ma nourriture maintenant? Non !
vous n'avez pas fait preuve de bonté à mon égard en prolongeant
ma vie; d'ailleurs vous m'avez déjà dit que je n'étais
pas là pour mon plaisir, mais pour accomplir vos desseins.
Où est la bonté dans tout cela? Vous m'avez ligoté sur ce
perchoir et je suis le jouet de vos femmes. Le bien? Et de
quel bien parlez-vous ? »

« Il continuait à me regarder, les mains sur les hanches.
« Oui, dit-il enfin, dans ton optique, nous n'avons pas fait
preuve de bonté à ton égard, n'est-ce pas? Peut-être parviendrai-
je à te convaincre après tout et peut-être te rendras-tu
utile . . . » Il se retourna et se dirigea vers le mur. Cette
fois, je vis ce qu'il faisait. Il se tenait face à un carré
rempli de petits trous et poussa ensuite un bouton noir.
Une lumière s'alluma au-dessus du carré criblé de trous et
s'amplifia jusqu'à devenir un brouillard lumineux. A ma
stupéfaction, un visage puis une tête se dessinèrent en
couleurs éclatantes. Mon ravisseur parla longuement dans
cette langue étrange et baroque, puis s'arrêta. Je fus littéralement
pétrifié lorsque je vis la tête se retourner dans ma
direction et ses épais sourcils se soulever. Puis, un petit
sourire inquiétant se dessina aux commissures des lèvres de
l'apparition. Il y eut une phrase concise, comme un aboiement,
puis la lumière s'évanouit. Le brouillard tourbillonna
et sembla littéralement aspiré dans le mur. Mon ravisseur
se tourna vers moi : il portait inscrits sur sa figure tous les
signes d'une intense satisfaction. « Bien, mon ami, dit-il, tu
as prouvé que tu avais une âme bien trempée, que tu étais
un homme dur en affaires. Maintenant, j'ai la permission
de te montrer ce qu'aucune autre personne de ton monde n'a
jamais vu. »

« Il fit une fois de plus face au mur et heurta du doigt
le bouton noir. Le brouillard se forma à nouveau, et, cette
fois, on pouvait discerner la tête d'une jeune femme. Mon
ravisseur lui parla et, de toute évidence, lui donna des ordres.
Elle opina du chef, regarda curieusement dans ma direction,
puis son image s'estompa.
« Maintenant, il va nous falloir attendre quelques instants,
me dit mon ravisseur. J 'ai demandé que l'on m'amène
un appareil spécial et je vais te montrer certains endroits de
ton monde. Certaines villes. Y aurait-il quelque endroit en
particulier que tu désirerais voir? »
« Je n'ai aucune connaissance de ce monde, répliquai-je.
Je n'ai jamais voyagé. »

« D'accord, mais tu as sûrement entendu parler de
quelque ville ! » me dit-il d'un air de remontrance.
« Enfin, oui, répondis-je, j 'ai entendu parler de Kalimpong.
»
« Kalimpong, hein? Une maigre agglomération frontalière
de l'Inde? Ne peux-tu pas penser à quelque chose de plus
reluisant? Berlin, Londres, Paris, Le Caire? Tu veux certainement
voir quelque chose de mieux que Kalimpong? »
« Mais, Monsieur, répliquai-je, les villes que vous avez
énumerees ne m'intéressent nullement. Ces noms ne me
disent rien, sauf que j 'ai entendu des marchands parler de ces
endroits. Non, cela ne me dit rien. D'ailleurs, dussé-je voir
des images de ces villes, je serais incapable de dire si elles
sont authentiques ou non . Si ce dispositif extraordinaire
dont vous me parlez peut faire tout ce que vous prétendez
qu'il peut faire, alors montrez-moi Lhassa. Montrez-moi la
Porte de l'Occident, la Cathédrale, le Potala. Ces endroits,
je les connais, et cela me permettra de dire si votre dispositif
fonctionne vraiment ou s'il s'agit d'un habile tour d'illusionniste.
»

« Il me regarda avec une expression des plus curieuses,
me parut plongé dans un abîme de stupéfaction. Rassemblant
ses esprits et se secouant de manière ostensible, il s'exclama:
« Un sauvage illettré qui veut m'apprendre à vivre, hein?
Mais ce bonhomme a raison . . . Après tout, cette ruse
paysanne a quelque chose de bon. Evidemment! il a besoin
de points de repère auxquels il puisse se référer et, s'il en est
autrement, il ne peut pas être impressionné . . . Bien ! Bien! »

« Le panneau coulissant fut brutalement poussé et quatre
hommes apparurent. Ils manoeuvraient une très grande boîte
qui semblait flotter en l'air comme si elle était dénuée de
poids, bien qu'il fallût déployer de durs efforts pour entreprendre
de la déplacer, pour changer sa direction ou pour
l'arrêter. Lentement, la boîte fut poussée dans la chambre où
je me trouvais. Pendant quelques instants, tandis qu'ils poussaient
et qu'ils tiraient, j 'eus peur qu'ils renversent ma table.
L'un des hommes bouscula ma boîte à voir. Les girations
qui s'ensuivirent me rendirent malade et provoquèrent chez
moi de la nausée pendant un certain laps de temps. Enfin,
après de multiples palabres, on plaça la boîte contre un mur,
directement dans mon champ de vision. Trois des hommes
disparurent et refermèrent le panneau en sortant.
« Le quatrième homme et mon ravisseur engagèrent
alors une discussion animée ponctuée de nombreux gestes.
Finalement, mon ravisseur se retourna vers moi et me déclara:
« Il dit que nous ne pouvons pas te faire voir Lhassa
parce que cette ville est trop proche; nous devrions nous
trouver plus loin si nous désirions effectuer une mise au
point. »
« Je ne fis aucun commentaire et ne prêtai aucune attention
à ces paroles. Après un court silence, mon ravisseur me
dit : « Aimerais-tu voir Berlin? Bombay? Calcutta? »
« Ma réponse fut: « Non, je n'y tiens pas; ces villes se
trouvent bien trop loin pour moi ! »

« Il se retourna vers l'autre homme et une discussion
pleine d'acrimonie s'ensuivit. L'autre homme semblait être
prêt à éclater en sanglots; il exprima sa frustration en
gesticulant puis, désespéré, tomba à genoux devant la boîte.
Le devant de cette dernière glissa et je vis ce qui m'apparut
comme étant tout simplement une grande fenêtre - et rien
d'autre. L'homme retira quelques pièces métalliques de ses
vêtements et se glissa derrière l'étrange boîte. De curieuses
lumières brillèrent dans la fenêtre, des tourbillons de couleurs
informes apparurent. L'image devint sinueuse, coulante,
tourbillonnante. Pendant un instant, des ombres se
rassemblèrent en une image qui aurait pu être interprétée
comme celle du Potala, mais, une fois de plus, il aurait
également pu s'agir de fumée.

« L'homme se retira de derrière la boîte, grommela quelque
chose et s'empressa de quitter la pièce. Mon ravisseur,
qui semblait fort contrarié, me dit: « Nous sommes trop près
de Lhassa, et il nous est impossible de faire une mise au
point. C'est comme si l'on tentait de regarder dans un
télescope quelque chose se trouvant en deçà de la limite de
mise au point de cet instrument. De loin, cela fonctionne
bien, mais aucun télescope ne peut capter nettement l'image
d'un objet situé trop près de lui . Nous nous trouvons ici
dans la même situation. Est-ce que tu me suis? »

« Monsieur, répondis-je, vous parlez de choses que je
n'entends point. Quel est ce télescope dont vous me parlez?
Je n'en ai jamais vu. Vous me dites que Lhassa est trop
proche; moi, je dis qu'il faut marcher très longtemps poUr y
arriver. Comment pouvons-nous dire que cette ville est trop
proche? »

« Une expression d'angoisse put se lire sur le visage de
mon ravisseur; il saisit ses cheveux à pleines mains et,
pendant un instant, je pensai qu'il allait se mettre à danser
sur le plancher. Il parvint à se calmer au prix d'un grand
effort et déclara : « Lorsque tu voyais, nias-tu jamais porté
un objet à tes yeux si près que tu ne parvenais pas à le
distinguer avec précision ? Si près que tes yeux ne parvenaient
pas à le voir clairement? C'est ce que je veux dire :
nous ne pouvons effectuer de mise au point à si courte
distance! ! ! »

« Je me mis à le regarder, ou c'est du moins l'impression
que j'eus, car l'expérience la plus difficile par laquelle un
homme puisse passer est d'avoir la tête à un endroit et la
vue à plusieurs pieds de là. Bref, je le regardai et pensai :
de quelle merveille s1agit-il donc? L'homme me dit qu'il peut
me montrer des villes situées à l'autre bout du monde et
pourtant il est incapable de me montrer mon propre pays.
Je lui dis : « Monsieur, vous est-il possible de placer quelque
chose devant la boîte à vision afin que je puisse juger par
moi-même de ce phénomène de mise au point? »
« Instantanément, il eut un signe de tête affirmatif et
jeta un regard circulaire, comme s'il cherchait quoi faire.
Enfin, il prit sous ma table une sorte de feuille translucide
sur laquelle se trouvaient d'étranges marques, des marques
que je n 'avais jamais vues auparavant et qui, de toute
évidence, constituaient une écriture. Il retourna ce qui me
sembla être des feuilles de papier et revint ensuite avec
quelque chose qui, apparemment, lui procurait une très
grande satisfaction, car il m'adressa un sourire épanoui. Il
cacha cet objet derrière son dos et s'approcha de ma boîte
à voir.

« Bien, mon ami ! s'exclama-t-il. Voyons ce que nous
pouvons faire pour te convaincre. » Il glissa quelque chose
devant ma boîte à vision très près de celle-ci . A mon grand
étonnement, tout ce que je pouvais voir était confus, embrouillé.
Il y avait toutefois une différence. Une partie de
l'image m'apparaissait comme une tache blanche et l'autre
comme une tache noire, mais cela ne signifiait rien pour moi.
Rien du tout. Il sourit en voyant mon ébahissement. Je ne
pouvais pas le voir sourire, mais je 1 '« entendais ». En effet,
les aveugles ont un sixième sens, et je pouvais entendre
craquer ses muscles faciaux. Comme il avait souvent souri
avant ce moment, je savais ce que ces craquements signiM
fiaient.

« Ah! ditMil, j 'arrive enfin à me faire comprendre, n'estMce
pas? Maintenant, regarde bien. Dis-moi quand tu seras
capable de distinguer ce que je te montre. » Très lentement,
il éloigna la feuille qui obscurcissait ma vision et, graduellement,
je réalisai avec une surprise indescriptible qu'il s'agissait
d'un portrait de moi. Je ne prétends pas savoir comment
on avait réussi à faire ce portrait, mais je m'y voyais gisant
sur la table et regardant les hommes qui transportaient la
boîte noire. Je fus si surpris que ma mâchoire faillit se
décrocher. Je dus avoir l'air d'un parfait cul-terreux; c'est
du moins ce que je ressentis, car je fus envahi par une
bouffée de chaleur et mes pommettes brûlèrent de honte.
Oui, c'était moi, avec toutes ces choses qui me sortaient du
corps; j 'étais là, en train de regarder les quatre hommes
manoeuvrer cette boîte; l'air d'étonnement qui se lisait sur
ma figure dans ce portrait en disait vraiment long. »
« Très bien , dit mon ravisseur, apparemment tu as compris.
Afin de bien nous en assurer, recommençons le processus.
Lentement, il manipula le portrait afin que je le visse
puis il l'approcha lentement de la boîte à voir. Lentement,
l 'image se brouilla jusqu'à ce que je ne voie plus qu'une
tache mi-blanchâtre, mi-noirâtre, rien de plus. Il l'enleva
prestement de mon champ de vision et je pus voir une fois
de plus le reste de la pièce. L'homme recula de quelques
pas et dit : « Bien entendu, tu ne peux pas lire ceci, mais
regarde . Ce sont des mots imprimés. PeuxMtu les voir
clairement? »
« Je puis les voir clairement, Monsieur, lui dis-je, je puis
les voir vraiment très clairement. »

« Ensuite, il approcha la chose un peu plus près de ma
boîte à voir et, une fois de plus, mon champ de vision se
troubla. « Maintenant, dit-il, tu seras en mesure de comprendre
à quel genre de problème nous devons faire face. Nous
avons une machine ou un appareil - appelle ça comme tu
voudras - qui est, en beaucoup plus grand, la même chose
que la boîte à voir que nous avons branchée sur toi; néanmoins,
son principe de fonctionnement te dépasserait
complètement. Cet appareil est conçu de telle manière que
nous pouvons voir tout autour du monde, mais que nous
sommes incapables de discerner ce qui peut se trouver à
quatre-vingts kilomètres d'ici. Quatre-vingts kilomètres est
une distance beaucoup trop petite. C'est ainsi que, lorsque
j'ai approché ceci de ta boîte à voir, tu étais incapable de le
discerner. Je vais te montrer Kalimpong. » Sur ces paroles,
il se tourna de côté et manipula certains boutons qui se
trouvaient sur le mur.

« Les lumières baissèrent dans la pièce. Elles n'étaient
pas entièrement éteintes, mais atténuées, et cette lueur
ressemblait à s'y méprendre à celle que l'on peut voir immédiatement
après que le soleil s'est couché derrière l'Himalaya,
Cette faible lumière froide qui précède le lever de la lune,
alors que le soleil n'a pas encore complètement effacé ses
derniers rayons. L'homme se rendit derrière la grosse boîte et
ses mains remuèrent SUl' quelque chose que je ne pouvais voir.
Immédiatement, des lumières scintillèrent dans la boîte. Très
lentement, on put discerner un paysage. Les hautes cimes de
l'Himalaya et, sur une piste, une caravane de marchands.
Ceux-ci traversaient un petit pont de bois sous lequel rugissait
un torrent impétueux prêt à les engloutir en cas de faux
pas. Les caravaniers atteignirent l'autre rive et se mirent à
suivre une piste qui serpentait dans des pâturages à l'herbe
rude.

« Nous les observâmes pendant quelques minutes . La
vue que nous avions était celle qu'un oiseau pouvait avoir.
C 'était comme si les Dieux du Ciel tenaient ma boîte à voir
et la faisaient doucement flotter au-dessus de ce nuage
d'une monotone aridité. Mon ravisseur remua les mains une
fois de plus; il y eut un brouillage indescriptible de tout ce
qui bougeait. On put voir quelque chose qui disparut. Mon
ravisseur remua les mains dans la direction opposée et
l'image se stabilisa. Mais ce n'était pas une image. C'était
la chose telle qu'elle était et on pouvait la voir à travers une
trouée opérée dans le ciel.

« En dessous, je vis les maisons de Kalimpong, je vis les
rues bondées de marchands, je vis des lamaseries avec des
lamas en robe jaune et des moines en robe rouge qui déam??
bulaient aux abords des bâtiments. Tout cela était bien
étrange. J 'éprouvais quelques difficultés à me repérer, car je
n'avais été qu'une seule fois à Kalimpong, et encore n'étais-je
alors qu'un garçonnet. De plus, j 'avais vu la ville en mar??
chant, de toute ma hauteur de petit garçon; maintenant, je
la voyais - enfin c'est du moins ainsi que je le supposais
- du haut des airs, tout comme les oiseaux pouvaient
l'apercevoir.

« Mon ravisseur me surveillait avec grande attention. Il
fit bouger certaines choses et l'image du paysage - peu
importe comment je pourrais appeler cette chose merveilleuse
- se brouilla, donna une impression de vitesse, puis se
stabilisa une fois de plus. « Ici, me dit l'homme, tu vois
le Gange qui, comme tu le sais, est le Fleuve Sacré de
l'Inde. »

« Je connaissais beaucoup de choses à propos du Gange.
Quelquefois, des marchands venus de l'Inde apportaient des
magazines qui contenaient des images. Nous étions incapables
de lire le moindre mot de ces magazines, mais les
images, c'était une autre affaire! Ici, devant moi, sans erreur
possible se trouvait vraiment le Gange. Soudainement, à
mon étonnement le plus profond, je réalisai que non seulement
je voyais, mais que j 'entendais aussi . Je pouvais
entendre les Hindous chanter et constater ensuite pourquoi.
Ils avaient étendu un corps sur une terrasse située au bord
de l'eau et aspergeaient le cadavre avec de l'Eau Sainte du
Gange avant de l'accompagner jusqu'au bûcher.

« Il y avait foule dans ce fleuve. Il paraissait incroyable
que tant de personnes puissent se trouver en ce monde, à
plus forte raison dans un fleuve. Sur les rives, les femmes
retiraient leur robe sans la moindre gêne, mais, d'un autre
côté, les hommes agissaient de la même façon. A la vue
d'un tel spectacle, je me sentis entièrement envahi par une
bouffée de chaleur, mais je me mis à penser à leurs Temples,
à ces Temples en espaliers, aux Grottes, aux colonnades, et
plus je regardais, plus j 'étais ébloui. Oui, il s'agissait vraiment
de la réalité et je commençais à être brouillé.
« Mon ravisseur - je dois dire que je le considérai toujours
comme tel -, mon ravisseur, dis-je, remua quelque
chose et le mouvement de l'image se brouilla. Il scruta intensément
ce genre de fenêtre et le brouillage s'arrêta en une
espèce de secousse. « Berlin » , dit-il. Evidemment, je savais
que Berlin était une ville située quelque part en Occident,
mais tout ceci était si étrange qu'en vérité cela n'éveillait
en moi aucun écho. Je baissai les yeux et pensai que
c'était peut-être la nouveauté de la chose qui déformait tout.
Ici s'élevaient de grands édifices dont l'architecture et la
taille étaient remarquablement uniformes. Je n'avais jamais
tant vu de verre de ma vie. Partout il y avait des fenêtres
de verre. Et puis, sur ce qui semblait être un chemin
très dur, il y avait deux tiges de métal serties dans la route
elle-même. Elles étaient luisantes, la distance qui les séparait
était constamment uniforme, et je ne pouvais pas comprendre
pourquoi.

« Au détour d'un coin de rue et en plein dans mon champ
de vision, je vis deux chevaux marcher l'un derrière l'autre
et, tu ne me croiras peut-être pas, mais ils tiraient ce qui
semblait être une boîte métallique posée sur des roues. Les
chevaux marchaient entre les barres de métal et les roues
de la boîte métallique roulaient effectivement le long de ces
barres. La boîte avait des fenêtres, des fenêtres tout autour
et, en scrutant bien, je pus voir des gens, des gens qui se
trouvaient à l'intérieur de la boîte, des gens qui se faisaient
tirer. En plein en face de ma vue (j'allais quasiment dire
« en plein devant mes yeux », tant je m'étais bien habitué
à mon appareil à voir) , ce dispositif s'arrêta. Des gens
sortirent de la boîte et d'autres y pénétrèrent. Un homme
alla devant le cheval de tête et plongea une autre tige de
métal dans le sol. Puis il rentra dans la boîte, qui se remit en
mouvement. La boîte tourna à gauche, quitta les tiges de
métal principales pour rouler sur d'autres tiges.
« J 'étais si émerveillé que je ne pouvais regarder rien
d'autre que cette étrange boîte de métal sur roues qui transportait
des gens. Mais ensuite, je me mis à regarder les bords
de la route où il y avait du monde. On pouvait y voir des
hommes habillés de façon extrêmement ajustée. Sur leurs
jambes, ils portaient un vêtement qui semblait très étroit
et sous lequel on devinait le contour exact de leurs membres.
Sur la tête de chaque homme, il y avait une chose des plus
extraordinaires en forme de bol, mais à l'envers et ornée
d'un bord très étroit. Cela m'amusa quelque peu à cause de
l'aspect insolite de la chose, mais c'est alors que je me mis à
regarder les femmes.

« Je n'avais jamais rien vu de pareil. Certaines de ces
personnes avaient le haut du corps presque à découvert, tandis
que la partie inférieure de celui-ci était littéralement
enveloppée dans ce qui semblait être une tente noire. Elles
semblaient n'avoir pas de jambes et l'on ne voyait même pas
leurs pieds. D'une main, elles serraient fortement cette curieuse
chose noire, apparemment pour empêcher le bas de
ce singulier vêtement de traîner dans la poussière.
« Je continuai à regarder. Mon regard se posa sur les
bâtiments. Certains d'entre eux étaient véritablement de
nobles édifices. Dans la rue - une rue très large - un
rassemblement d'hommes s'avançait. Le premier groupe faisait
de la musique. Cela brillait énormément et je me demandai
si leurs instruments étaient d'or et d'argent. Toutefois,
tandis qu'ils s'approchaient, je remarquai que les instruments
en question étaient d'airain et que certains autres
étaient en simple métal. Tous ces hommes étaient corpu-
lents, leur figure était rougeaude et ils portaient tous des
uniformes martiaux. J 'éclatai de rire en voyant la manière
affectée dont ils marchaient. Ils avançaient les genoux raides
et la jambe qui était relevée se tenait pratiquement à
l'horizontale.
« Mon ravisseur me sourit et me dit: « C'est une bien
étrange démarche en vérité, mais il s'agit du pas de l'oie, que
l'armée all??mande utilise lorsqu'elle défile. » Mon ravisseur
remua les mains et, une fois de plus, l'image se brouilla;
une fois de plus, les choses derrière la fenêtre de la boîte
se mélangèrent jusqu'à former une espèce de brume, se
fixèrent puis se solidifièrent. « La Russie, me dit mon ravisseur,
la Terre des Tsars. Moscou. »
« Je regardai, et vis que la neige recouvrait la terre. Là
aussi, on utilisait d'étranges véhicules, des véhicules comme
jamais je n'aurais pu en imaginer. Il y avait un cheval
harnaché à ce qui ressemblait à une grande plate-forme sur
laquelle se trouvaient des sièges. Cette grande plate-forme
était surélevée de plusieurs doigts par rapport au sol par
des choses qui semblaient être de longues bandes plates en
métal. Le cheval traînait cet étrange invention et, tandis
que cette machine avançait, on remarquait des traces dans
la neige.

« Tous les gens portaient des fourrures et leur haleine
sortait comme de la vapeur humide de leur bouche et de leurs
narines. Ils semblaient bleuis par le froid. Puis je contemplai
certains des bâtiments en pensant combien ils pouvaient
être différents de ceux que j 'avais vus auparavant. Ils étaient
étranges. De grands murs montant à l'assaut du ciel et,
au-delà de ces murs, des toits bulbeux, presque comme des
oignons qu'on aurait placés à l'envers, leurs racines se projetant
dans le ciel. « Le Palais du Tsar », me dit mon ravisseur.
« Le reflet de l'eau attira mon attention et je me mis à
penser à notre chère Rivière Heureuse que je n'avais pas
vue depuis si longtemps. « C'est la Moskova, me dit mon
ravisseur, une rivière vraiment très importante. » Sur ce
cours d'eau naviguaient d'étranges vaisseaux de bois avec
de grandes voiles accrochées à des perches. Comme il n'y
avait pas beaucoup de vent, les voiles pendaient mollement;
les bateliers possédaient d'autres perches au bout plat qu'ils
trempaient dans la rivière pour faire avancer l'embarcation.
« Mais tout cela . . . Oui, enfin, je n'en voyais pas l'utilité
et c'est ainsi que je déclarai à l'homme: « Monsieur, sans
aucun doute, je viens d'être témoin de merveilles qui, toujours
sans l'ombre d'un doute, intéresseraient de nombreuses
personnes. Mais quelle est l'utilité de tout cela et que tentezvous
de me prouver? »
« Une idée se fit soudainement jour dans mon esprit.
Depuis plusieurs heures, une arrière-pensée m'agaçait et,
maintenant, apparaissait à ma conscience avec une clarté
lancinante. « Monsieur mon ravisseur! m'exclamai-je, qui
êtes-vous? Seriez-vous Dieu? »

« Il me regarda d'un air plutôt pensif, comme s'il avait
été désemparé par ce qui, de toute évidence, constituait une
question inattendue. Il se prit le menton dans la main, se
passa la main dans les cheveux et haussa légèrement les
épaules. « Tu ne pourrais pas comprendre, répondit-il. Il y
a certaines choses que l'on ne peut pas comprendre à moins
d 'avoir atteint un certain stade. Je vais te répondre par une
autre question. Si tu te trouvais dans une lamaserie et que
l 'une de tes fonctions consistât à t'occuper d'un troupeau
de yacks, que répondrais-tu à l'un de ces animaux s'il te
demandait qui tu es? »

« Je méditai quelque peu et lui répondis : « Eh bien!
Monsieur, en vérité je ne m'attendrais pas à ce qu'un yack
me pose pareille question. Toutefois, si d'aventure il me la
posait, je l'estimerais intelligent et je prendrais la peine de
tenter de lui expliquer qui je suis. Monsieur, vous me demandez
ce que je ferais si un yack me posait une pareille
question et je vous déclare que j 'essaierais de répondre à ce
yack le mieux que je pourrais. Dans les conditions que vous
évoquez, je lui dirais que je suis un moine qui a été chargé de
surveiller les yacks, que je fais tout ce que je peux pour bien
soigner lesdits animaux que je considère comme mes frères
et mes soeurs malgré le fait que leur forme soit différente.
J 'expliquerais à ce yack que nous, moines, croyons à la
réincarnation. J 'expliquerais que chacun de nous a été en??
voyé sur cette Terre pour remplir la tâche qui nous a été
assignée de façon qu'une fois dans les Champs Célestes nous
puissions nous préparer à entreprendre des voyages vers des
sphères encore plus élevées. »

« Bien parlé, moine, bien parlé . . . dit mon ravisseur.
Toutefois, je regrette infiniment qu'il faille que ce soit quelqu'un
qui appartient aux ordres inférieurs qui m'ouvre ainsi
une telle perspective. Oui, tu as raison. Moine, tu m'as
grandement surpris par l'intelligence dont tu as fait preuve
et par ton intransigeance aussi. Je dois avouer que tu as été
également plus résolu que je ne le serais moi-même, dussé-je
être assez infortuné pour me trouver dans de semblables circonstances
. »

« Comme je commençais maintenant à m'enhardir, je lui
dis : « Vous me considérez comme appartenant aux ordres
inférieurs. Avant cela, vous m'avez qualifié de sauvage, de
barbare, d'esprit inculte et de minus habens. Vous avez ri
de moi lorsque j 'ai admis en toute vérité ne rien connaître
des grandes villes du monde. Mais, Monsieur, je vous ai dit
la vérité, je vous ai dit la vérité. Après avoir admis mon
ignorance, j 'ai manifesté le désir de m'instruire et vous ne
m'aidez point. Je vous le demande à nouveau, Monsieur;
vous m'avez gardé en captivité entièrement contre mon gré;
vous avez pris de grandes libertés avec mon corps, Temple
de mon Ame; vous m'avez fait vivre des événements absolument
remarquables, apparemment dans le seul but de
m'impressionner. Monsieur, je serais bien plus impressionné
si vous répondiez à ma question, parce que je sais déjà
ce que je désire savoir. Je vous le demande encore une fois :
qui êtes-vous? »

« Pendant quelques instants, il se tint immobile et parut
embarrassé, puis il me déclara: « Selon votre terminologie,
il n'existe pas de mots, pas de concepts qui me permettraient
de t'expliquer ma position. Avant de discuter d'un sujet
quelconque, la première condition requise est que les deux
parties, que les protagonistes qui se trouvent des deux côtés
puissent comprendre les mêmes termes, soient capables de
s'entendre sur certains préceptes. Pour le moment, tout ce
que je puis te dire, c'est que je suis quelqu'un dont les fonctions
seraient sensiblement les mêmes que celles des lamas
médecins de ton Chakpori. On m'a confié la responsabilité
de ton corps physique afin de te préparer à enregistrer une
somme de connaissances lorsque je t'estimerai prêt à acquérir
ce savoir. Tant que tu ne seras pas littéralement rempli
de ces connaissances, toute discussion portant sur ce que je
suis ou sur qui je suis se révélerait inutile. Pour l'instant,
sache toutefois que ce que nous faisons a pour but le bien
d'autrui. Sans doute es-tu très courroucé du fait que nous
prenons ce que tu estimes être des libertés à ton égard.
Mais lorsque tu connaîtras nos desseins, lorsque tu sauras qui
nous sommes - et tu sais qui tu es et qui est ton peuple -,
tu changeras d'opinion. » Sur ces mots, il coupa ma vue et
je l'entendis quitter la pièce. Une fois de plus, je me retrouvais
dans la noire nuit de ma cécité; une fois de plus, je me
retrouvais seul avec mes pensées.

« La nuit profonde dans laquelle un aveugle se trouve
plongé est une nuit des plus noires. Lorsqu'on m'aveugla,
lorsqu'on me fit sauter les yeux, que les doigts crasseux des
Chinois les arrachèrent de leurs orbites, je connus le martyre.
Même avec mes yeux absents je voyais - ou il me
semblait voir - de brillants éclairs, des tourbillons lumineux
de forme imprécise. Ces impressions persistèrent les jours
suivants. Maintenant que l'on m'avait dit qu'un appareil
avait été branché sur mon nerf optique, j 'étais en mesure de
le croire et j 'avais toutes les raisons de le croire. Mon ravisseur
avait coupé ma vue, mais les souvenirs de ce sens re-
trouvé persistaient dans ma mémoire. Une fois de plus, dans
la tête, je ressentis cette sensation particulière et contradictoire
de chatouillement et d'engourdissement. Il peut paraître
absurde de parler d'une sensation conjointe de chatouillement
et d'engourdissement, mais c'est ainsi que je la
ressentis. On m'avait abandonné à mon engourdissementchatouillement
et à toutes ces lumières tourbillonnantes.

« Pendant quelques instants, je restai là gisant et récapitulai
tout ce qui m'était arrivé. La pensée me vint que peut-être
j 'étais mort, ou fou, et que toutes ces choses n'étaient que
les inventions d'un esprit sombrant dans l'inconscience.
C'est alors que ma formation de prêtre vint à ma rescousse.
J 'utilisai une discipline vieille comme la Terre pour réorienter
mes pensées. Je mis un frein à ma raison, ce qui permit
à mon Sur-moi de se substituer à cette dernière. Ceci n'était
pas affaire d'imagination, c'était la pleine réalité; des Puissances
Supérieures se serviraient de moi pour des Desseins
Suprêmes. Ma peur et ma panique s'estompèrent. Je repris
mon sang-froid et, pendant un moment, mon esprit fonctionna
au même rythme que les pulsations de mon coeur. Aurais-
je pu agir différemment? me demandais-je. A vais-je pris
toutes les précautions nécessaires en abordant ces nouveaux
concepts? Le Grand Treizième aurait-il agi autrement s'il
s'était trouvé dans une situation similaire? Ma conscience
était nette. Mon devoir nettement défini. Tout irait pour le
mieux si je continuais à agir comme agirait tout bon Prêtre
Tibétain. La paix m'inonda et un sentiment de bien-être
m'enveloppa comme une chaude couverture en laine de yack
vous protège du froid. Après quelque temps, je ne sais comment,
je sombrai dans un profond sommeil exempt de rêves.
« Le monde se retournait. Tout semblait s'élever et retomber.
Une forte sensation de mouvement puis un son
métallique me tirèrent brusquement de ma léthargie. Je
bougeais. Ma table bougeait. J 'entendis ensuite le tintement
musical et le drelin de la verrerie, que l'on déplaçait
également. Je me souvins alors que toutes ces choses avaient
été attachées à la table. Maintenant, tout bougeait. Des
voix se faisaient entendre autour de moi. Des voix aiguës,
des voix basses qui, je le crains, parlaient de moi. Que de
voix étranges, si différentes de toutes celles que j 'avais pu
connaître. Ma table se déplaça, mais en silence. Pas de
glissement, pas de grattement, seulement l'impression de
flotter. Je me mis à m'imaginer ce qu'une plume pouvait
bien ressentir lorsqu'elle était emportée par le vent. Puis le
mouvement de la table changea de direction. De toute évidence,
on me faisait suivre un couloir. Rapidement, nous
entrâmes dans ce qui semblait être une grande salle. L'écho
résonnait à une distance appréciable, voire considérable.
Finalement, je ressentis un dernier balancement latéral qui
me souleva le coeur, puis ma table se stabilisa sur ce que
mon expérience m'apprit être un plancher rocheux. Comment
cela était-il possible? Comment pouvais-je me trouver
soudainement dans ce que mes sens me disaient être une
caverne? Ma curiosité fut rapidement satisfaite, à moins
qu'elle ne se trouvât encore plus aiguisée? Je n'ai jamais
été certain de cela.

« On entendait un continuel babillage. Le tout se
déroulait dans une langue qui m'était totalement inconnue.
En même temps que ma table métallique se posait sur
le plancher rocheux, une main me toucha l'épaule et j'entendis
la voix de mon ravisseur: « Maintenant nous allons
te rendre la vue; tu devrais être suffisamment reposé. » Il y
eut un grattement, puis un cliquetis. Des couleurs tournoyèrent
autour de moi, des lumières firent des éclairs, baissèrent
quelque peu d'intensité et se stabilisèrent en une
sorte de dessin. Ledit dessin n'avait pour moi aucune signification
et ne me disait rien qui vaille. Je demeurai allongé,
me demandant ce que tout ceci pouvait bien signifier.
Il y eut un lourd silence. Je pouvais sentir des gens me
regarder. Puis une question fusa, courte, claire, comme
aboyée. J 'entendis les pas de mon ravisseur se diriger rapidement
vers moi. « Peux-tu voir? » me demanda-t-il.
« Je vois un dessin bizarre, répondis-je; ce dessin ne me
dit rien. Il s'agit d 'un motif de lignes sinueuses, de couleurs
mouvantes et de lumières aveuglantes comme l'éclair. C'est
tout ce que je vois. » Il marmonna quelque chose et s'éloigna
rapidement. On entendait des conversations étouffées et
le bruit d'objets métalliques s'entrechoquant. Les lumières
clignotèrent et les couleurs fusèrent. Le tout tourbillonna
dans une orgie de motifs des plus bizarres et se stabilisa. Je
pus voir.
« Nous nous trouvions dans une vaste caverne de quelque
soixante-dix mètres de haut. Sa longueur et sa largeur
dépassaient mes pouvoirs d'évaluation, car elles se fondaient
dans une obscurité située bien au-delà de mon champ
de vision. L'endroit était gigantesque et contenait ce que je
pourrais seulement comparer à un amphithéâtre dont les
sièges étaient occupés par - comment les appellerais-je? -
des créatures qui ne pouvaient que sortir d'un répertoire des
dieux et des démons. Aussi étranges que fussent ces choses,
un objet plus étrange encore se balançait au centre de l'arène:
un globe, dans lequel je reconnus le monde, était suspendu
devant moi et tournait lentement tandis qu'au loin une lumière
l'illuminait comme la lumière du Soleil illumine notre
Terre.

« Le silence se fit. Les étranges créatures me regardèrent
et je les regardai à mon tour, bien que je me sentisse
petit et absolument insignifiant devant cette puissante assemblée.
Il y avait là de petits hommes et de petites femmes qui
semblaient parfaits dans les moindres détails et dont la
beauté était celle des dieux. Une aura de pureté et de sérénité
émanait d'eux. Parmi les autres, il s'en trouvait qui,
eux aussi, avaient une apparence humaine, mais avec une
incroyable et curieuse tête d'oiseau, couverte de plumes ou
d'écailles (impossible pour moi de distinguer la différence) .
Bien qu'ayant forme humaine, leurs mains comportaient
d'abasourdissantes écailles ainsi que des griffes. Il y avait
aussi des géants. D 'immenses créatures qui apparaissaient
indistinctement comme des statues et qui écrasaient de leur
taille leurs moins imposants compagnons. Ces géants étaient
sans contredit des humains, mais d'une taille dépassant
tout entendement. Il y avait des hommes et des femmes
ou des individus de sexe masculin et de sexe féminin. Il y
en avait également d'autres qui auraient pu appartenir à l'un
ou à l'autre des deux sexes humains, comme à aucun d'ailleurs.
Ils étaient assis et me regardaient fixement jusqu'à ce
que je ressente un réel malaise à être ainsi fixé.
« D'un côté, un être semblable à quelque dieu se
tenait assis, hiératique, le visage austère. Enveloppé de
couleurs chatoyantes, il avait le calme olympien d'un dieu
trônant dans son Paradis. Il se mit à parler une fois de
plus dans une langue qui m'était inconnue. Mon ravisseur
se précipita vers moi et se pencha en me disant: « Je vais
mettre ces choses dans tes oreilles et ensuite tu seras capable
de comprendre le moindre mot qui sera prononcé ici. N'aie
pas peur. » Il empoigna le lobe supérieur de mon oreille
droite, le tira vers le haut d'une main tandis que, de l'autre,
il introduisait un petit appareil dans mon conduit auditif.
Puis, se penchant un peu plus, il fit de même avec mon
oreille gauche. Il tourna un petit bouton attaché à une boîte
près de mon cou et je pus entendre des sons . L'idée se fit
en moi que je pouvais comprendre l'étrange langue qui, précédemment,
m'était inintelligible. Je n'avais pas le temps
de méditer sur cette merveille: par la force des choses il
me fallait écouter les voix autour de moi , des voix que,
maintenant, j 'arrivais à comprendre.
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LightInWay
Ecrit le: Mardi 15 Novembre 2011 à 20h24 Posted since your last visit
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J'ai mis un passage en rouge et en gras, ça ne vient pas d'une mise en exergue du livre

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« Des voix que maintenant je pouvais comprendre ; une
langue que maintenant je comprenais. Oui, c'était bien
beau! mais la grandeur des concepts exprimés dépassait de
beaucoup le plafond de mon imagination. Je n'étais qu'un
pauvre prêtre venant de ce que l'on avait appelé « un pays
de sauvages », et mes capacités d'entendement étaient insuffisantes
pour me permettre de percevoir la signification de
ce que maintenant j 'entendais après avoir pensé être capable
de tout comprendre. Mon ravisseur remarqua que
j 'éprouvais des difficultés et s'approcha de moi une fois de
plus. « Qu'est-ce qu'il y a? » murmura-t-il.
« Je lui répondis en chuchotant: « Mon instruction comporte
trop de carences pour que je puisse comprendre ce
que l'on dit, exception faite des mots les plus simples. Les
choses que j 'ai entendues n'ont pour moi aucune signification;
je ne peux pas comprendre des pensées aussi élevées !
Affichant une expression soucieuse, il se dirigea en hésitant
vers un personnage important drapé dans de splendides
tissus qui se tenait près du trône du Très Grand. Une conversation
à voix basse s'ensuivit, puis les deux personnages
s'avancèrent lentement vers moi.
« Je tentai de suivre cette conversation dont j'étais l'objet,
mais en vain. Mon ravisseur se pencha sur moi et chuchota:
« Explique au Major les difficultés que tu éprouves. »
« Au Major? lui dis-je, je ne sais même pas ce que ce mot
veut dire ! » Je ne m'étais jamais senti aussi insuffisant,
aussi ignorant, aussi profondément frustré. Jamais je ne
m'étais senti aussi étranger à mon domaine. La personne
Major laissa tomber un sourire et me dit : « Comprends-tu
ce que je te dis? »

« Je comprends bien, Monseigneur, répondis-je, mais je
suis complètement ignorant de tout ce dont parle le Très
Grand. Je ne puis comprendre le sujet; les concepts qui y
sont exprimés me dépassent. » Il opina du chef et répondit:
« De toute évidence, c'est notre traducteur automatique qui
est à blâmer. Il n'est pas adapté à ton métabolisme, pas
plus qu'à tes ondes cérébrales. Peu importe, le Chirurgien
Général - celui que tu appelles ton ravisseur, si nous ne
nous abusons pas - va arranger tout cela et te préparera
pour la prochaine séance. Il s'agit d'un retard insignifiant
que j 'expliquerai à l'Amiral. »

« Il me fit un signe de tête amical et se rendit près du
Très Grand. Amiral? Je me mis à me demander ce que pouvait
bien être un Amiral. Et qu'était donc un Major? Ces
termes n'avaient pour moi aucune signification. Je pris une
contenance et attendis la suite des événements . Celui que
l'on appelait le Major s'approcha du Très Grand et lui parla
doucement . Tout semblait se dérouler très tranquillement,
très posément. Le Très Grand acquiesça d'un signe de tête
et le Major fit signe à celui que l'on appelait le Chirurgien
Général, c'est-à-dire mon ravisseur. Ce dernier s'avança et
une discussion animée s'ensuivit. A la fin, mon ravisseur
porta sa main droite à la tête dans un geste étrange que
j 'avais déjà remarqué, se retourna et se dirigea rapidement
vers moi tout en faisant des gestes à l'intention de quelqu'un
qui, apparemment, se trouvait en dehors de mon champ de
vision.

« La conversation se poursuivit sans interruption. Un
homme corpulent se tenait debout et j 'eus l'impression qu'il
discutait de quelque chose ayant trait aux approvisionnements
en nourriture. Une étrange femme se leva brusquement
et donna une sorte de réponse, qui semblait être une
violente protestation contre quelque chose que l'homme avait
dit. Son visage devint rouge (de colère?) et elle s'assit
soudainement. L'homme poursuivit, imperturbable. Mon
ravisseur vint vers moi et marmonna: « Tu m'as déshonoré
et rai dit que tu étais un sauvage ignorant. » Fâché, il tira
brusquement les tubes à entendre de mes oreilles et, d'un
geste rapide, fit quelque chose qui, instantanément, m'enleva
la vue une fois de plus. J 'eus la sensation de m'élever et
je sentis ma table s'éloigner de l'énorme caverne. Sans aucun
ménagement, on poussa ma table et son équipement le
long d'un couloir. J 'entendis des grincements et des cliquetis
métalliques, ressentis un changement soudain de direction
et eus l'impression désagréable de faire une chute. Ma table
heurta le plancher avec assez grand bruit et je devinai que
j'étais revenu dans la salle de métal d'où j 'étais parti. J 'entendis
des voix sèches, un froissement de tissu et des traÎnements
de pieds. La porte métallique glissa et on me laissa
une fois de plus en proie à mes pensées. Qu'est-ce que tout
cela pouvait bien signifier? Qui était l'Amiral? Qu'est-ce
qu'était le Major et pourquoi appelait-on mon ravisseur Chirurgien
Général? De plus, qu 'était ce lieu? Toute cette
affaire me dépassait, me dépassait terriblement. Je gisais
là, les pommettes brûlantes, le corps en feu. Je me trouvais
mortifié à l 'extrême d'avoir compris si peu de chose. Sans
nul doute, j 'avais agi comme un sauvage ignorant. Ils ont
dû penser exactement ce que j 'aurais pensé si, d'aventure,
j 'avais considéré un yack comme une personne sensée et que
je me fusse aperçu, après m'être adressé à lui, qu'il était
incapable de me répondre. Je fus inondé de sueur à l 'idée
d'avoir jeté la honte sur ma caste, la caste des prêtres, simplement
à cause de l'incapacité dans laquelle je me trouvais
de comprendre quoi que ce soit ; je me sentis terriblement
mal dans ma peau.

« Je gisais là, enlisé dans ma misère, en proie aux
pensées les plus noires comme les plus ignobles, soupçonnant
fortement que, pour ces gens inconnus, nous n'étions
tous que des sauvages. Je gisais là, et transpirais.
« La porte s'ouvrit dans un grincement. Des rires étouffés
et des bavardages meublèrent la pièce. Il s'agissait une
fois de plus de ces innommables femelles. Pleines d'enthousiasme
au travail, elles enlevèrent une fois de plus le simple
drap qui me recouvrait, me laissant aussi nu qu'un nouveauné.
On me roula sur le côté. On glissa sous toute la longueur
de mon corps un drap très, très froid enduit d'une
substance collante et, d'un geste violent, on me roula de
l'autre côté. J 'entendis un bruit sec comme un claquement
d'oriflamme tandis que l'on tirait un peu plus loin la bordure
du drap sous moi. Pendant un moment, j 'eus crainte
que l'on ne me précipite en bas de la table. Des mains de
femme se saisirent de ma personne et me décapèrent vigoureusement
à l'aide de solutions irritantes. On m'essuya rudement
avec quelque chose qui me fit penser à du vieux sac
de jute. Les parties les plus intimes de mon corps furent
explorées puis sondées et l'on y introduisit d'étranges instruments.

« Le temps passait; ma patience était chauffée à blanc,
au-delà de l'endurance humaine, mais il n'y avait pas grandchose
à faire. J 'avais été soigneusement immobilisé afin de
faire face à une telle éventualité. C'est alors que commença
à mon égard un véritable acte de violence qui me fit craindre
en tout premier lieu qu'on me torture. Les femmes
m'attrapèrent les bras et les jambes, les tordirent et les
plièrent dans tous les angles possibles. De dures mains
s'incrustèrent dans les muscles de mon corps et me pétrirent
comme si j 'avais été de la pâte. Les jointures et les
phalanges pénétrèrent dans mes chairs au point de me
couper le souffle. On m'écarta largement les jambes tandis
que les femmes, qui ne cessaient de jacasser inutilement, me
faisaient entrer les pieds dans de longues manches de laine;
elles enfilèrent ces dernières jusqu'à mes jambes, près de
mes cuisses. On me souleva en arrière du cou si bien que je
me trouvais penché vers l'avant, la taille pliée. On jeta une
espèce de vêtement sur la partie supérieure de mon corps
et on me l'attacha sur la poitrine et sur l'abdomen.
« Une mousse étrange, méphitique, s'étala sur mon cuir
chevelu et, immédiatement, j 'entendis un bourdonnement infernal.

Ce bourdonnement me pénétrait tant et si bien qu'il
me faisait claquer des dents - les rares dents qui me restaient
encore après être passé aux mains des Chinois qui me
les avaient pratiquement toutes cassées. J 'eus l'impression
d'être tondu, et cela me fit penser aux yacks dont on tondait
la laine. Un tube dont la surface était si rude que je sentis
quasiment la peau s'écorcher à son contact fut posé sur ma
tête sans défense en même temps qu'une autre sorte de
brouillasse. La porte glissa une fois de plus, puis j 'entendis
des voix d'hommes. Je reconnus l'une d'elles : c'était celle
de mon ravisseur. Il vint à moi et, me parlant dans ma propre
langue, me dit : « Nous allons exposer ton cerveau et
tu n'as rien à craindre. Nous allons t'installer des électrodes
en plein dans ton . . . » Les mots ne signifiaient rien pour
moi, sauf que j 'allais encore connaître bien des tourments
sans rien pouvoir faire.

« D 'étranges odeurs flottèrent dans l'air. Les femmes cessèrent
leur jacasserie. Toute conversation cessa. Il y eut
des entrechoquements de métal, un gargouillement de liquides,
et je sentis soudainement une forte piqûre dans mon
biceps gauche. On me saisit violemment le nez et l'on
m'introduisit par l'une des narines un étrange appareil tubulaire
que l'on me fit descendre jusque dans la gorge . Je
sentis une succession de fortes piqûres tout autour de ma
boîte crânienne, qui, instantanément, devint insensible. J 'entendis
un sifflement aigu et une machine des plus horribles
toucha mon crâne et se mit à ramper autour de lui. Elle me
sciait l'extrémité de la tête. Cette pulsation crissante, terrible,
pénétrait chaque atome de mon être; j 'avais l'impression
que tous les os de mon corps protestaient en vibrant à l'unisson.
Finalement, comme je me sentais mieux, toute la partie
supérieure de ma tête se trouva sectionnée à l'exception
d'une petite languette de chair formant charnière et rattachant
encore ma calotte crânienne au reste. Maintenant, je
me trouvais dans un état de terreur, une forme de terreur
des plus étranges parce que, bien que je fusse terrifié, j 'étais
décidé à ce que la mort elle-même ne me fasse pas broncher.
« Maintenant, d'indescriptibles sensations m'assaillaient.
Sans aucune raison valable, je me mis soudainement à pousser
un long cri viscéral, une sorte de « aahhhaahhhaahhhh » ,
puis mes doigts commencèrent à être pris de violents tics
nerveux. Un chatouillement, qui se manifesta dans l'une de
mes narines, me força à éternuer brusquement - bien que
j 'en fusse incapable. Mais le pire allait suivre. Soudainement,
devant moi, se tenait mon grand-père maternel. Il était
vêtu de l'habit des fonctionnaires gouvernementaux. Il me
parlait et un doux sourire illuminait son visage. Je le regardai,
mais, d'un seul coup, ce fut comme un choc pour
moi: je ne pouvais pas le regarder puisque je n'avais pas
d'yeux! Quel genre de magie était-ce donc? J'eus un cri
de surprise durant lequel l'apparition de mon grand-père
s'estompa, et mon ravisseur vint se placer à mes côtés.

« Qu'est-ce qui se passe? » demanda-t-il. Je me mis en devoir
de le lui expliquer. « Oh ! ce n'est rien! s'exc1ama-t-il.
Nous sommes simplement en train de stimuler certains centres
de ton cerveau afin que tu puisses mieux comprendre.
Nous voyons que tu as les capacités, mais on t'a plongé
dans l'avachissement et l'abrutissement de la superstition,
ce qui ne t'a guère ouvert l'esprit. Nous le faisons pour
toi . »

« Une femme me vissa littéralement les petits appareils
à entendre dans les conduits auditifs et, à en juger par la
brutalité avec laquelle elle s'exécuta, elle aurait aussi bien
pu planter des piquets de tente dans un sol desséché. Il y
eut un déclic et je pus comprendre l'étrange langue, mais
comprendre au plein sens du terme. Des mots comme cortex,
moelle allongée, psychosomatique, bref bien des termes médicaux
m'étaient parfaitement intelligibles quant à leur signification
et aux implications s'y rapportant. On était en
train d'améliorer mon quotient intellectuel de base - et je
savais ce que tout cela signifiait, mais il s'agissait d'une
rude épreuve, d'une épreuve épuisante. Le temps paraissait
s'être immobilisé. Des gens semblaient tourner sans arrêt
autour de moi et ils n'arrêtaient pas de parler. Toute cette
histoire devint ennuyante au possible. Je ne désirai que
quitter cette pièce, cet endroit aux odeurs étranges, cet endroit
où l'on avait sectionné le sommet de ma tête comme on
enlève le chapeau à un oeuf dur. Ce n'est pas que j'eusse
déjà vu un oeuf dur - ils étaient destinés aux marchands
et à ceux qui avaient de l'argent, non aux pauvres moines
qui se contentaient de tsampa.

« De temps en temps, des gens faisaient des remarques
ou me posaient des questions. Comment allais-je? Est-ce
que ça me faisait mal? Pensais-je avoir vu quelque chose?
Quelle couleur avais-je pensé voir? Mon ravisseur se tint
près de moi pendant quelque temps et me raconta que l'on
était en train de stimuler plusieurs de mes centres et que
je devrais, pendant tout le traitement, ressentir des sensa-
tions qui m'épouvanteraient. « M'épouvanter? Tout le
temps, j 'avais eu peur », lui expliquai-je. Il se mit à rire et
me fit remarquer de façon fortuite qu'à la suite du traitement
que j 'étais en train de subir, j 'allais être condamné à
vivre en ermite tout au long d'une longue vie à cause de
l'affûtement de mes perceptions qui allait devenir mon lot.
Personne ne vivrait jamais avec moi, à ce qu'il m'expliqua,
et ce, jusque vers la fin de ma vie, lorsqu'un jeune homme
viendrait pour emmagasiner toutes les connaissances que je
possédais, pour les garder et éventuellement les dévoiler à
un monde incrédule.

« Enfin, après ce qui me sembla être une éternité, ma
calotte crânienne fut replacée. On m'inséra d'étranges attaches
métalliques pour rassembler les deux parties de crâne.
On enroula une bande de tissu tout autour de ma tête et tous
quittèrent la pièce, à l'exception d'une femme qui s'assit à
mon chevet. D'après le bruit de papier que je percevais, il
était évident qu'elle lisait au lieu de se concentrer sur son
travail. J 'entendis le doux floc du livre tombant par terre
et les ronflements de la femme. C'est alors que je décidai
que, moi aussi, j 'allais dormir! »

« Ne sortez-
vous donc jamais, ô Vénérable? » demanda-t-il.
« Non, jamais, répliqua l'ermite. Ici, je connais chaque
pierre. I ci , le fait d'avoir perdu la vue ne me dérange pas
outre mesure, mais m'aventurer dehors avec tous ces rochers
et ces précipices, ça, c'est une autre affaire! Je serais même
capable de choir dans le lac; je pourrais, après être sorti de
cette caverne, ne plus retrouver mon chemin . . . »

« 0 Vénérable, dit le jeune moine d'un ton hésitant,
comment êtes-vous parvenu à trouver cette caverne isolée
et inaccessible? L'avez-vous découverte par hasard? »
« Non, pas par hasard, répondit le vieillard. Lorsque les
Hommes d'un Autre Monde en eurent terminé avec moi,
ils m'amenèrent ici. Ils firent cette caverne spécialement
pour moi! » Il se détendit quelque peu et eut un sourire de
satisfaction, sachant pertinemment quel effet cette phrase
aurait sur son interlocuteur. Le jeune moine fut si surpris
qu'après s'être balancé, il faillit tomber à la renverse. « La
firent pour vous? dit-il en bégayant. Mais comment ont-ils
pu creuser un trou de cette dimension dans la montagne? »
Le vieillard eut un rire étouffé et malicieux. « Deux
hommes m'amenèrent ici, dit-il. Ils m'amenèrent sur une
plate-forme qui volait dans l'air tout comme les oiseaux.
Mais cela ne faisait pas de bruit, moins de bruit que les
oiseaux, car ils grincent; je suis capable d'entendre leurs
ailes grincer lorsqu'elles battent l'air; je suis capable d'entendre
le vent glisser dans leurs plumes. Cette chose dans
laquelle je fus amené ici était aussi silencieuse que ton ombre.
Elle s'élevait sans effort, il n'y avait pas de déplacement
d'air ou de sensation de vitesse. Les deux hommes
décidèrent de poser pied à terre ici. »

« Mais pourquoi ici, ô Vénérable? » demanda le jeune
moine.
« Pourquoi? répondit le vieillard. Pourquoi? Eh bien!
pense aux avantages. Nous nous trouvons à seulement quelques
centaines de mètres de la route qu'empruntent les caravanes.
Les marchands viennent me demander des conseils
ou se faire bénir et ils me paient en me donnant de l'orge.
Nous nous trouvons près des pistes qui mènent à deux petites
lamaseries et à sept ermitages. Je ne meurs pas de faim
ici. On me rapporte des nouvelles. Les lamas font appel à
moi, car ils connaissent ma mission - la tienne aussi ! »
Le jeune moine insista : « Mais, Maître, les passants ont
dû être terriblement surpris lorsqu'ils se sont aperçus qu'il
y avait ici une profonde caverne à un endroit où l'on n'en
avait jamais vu auparavant ! »
L'ermite se mit à glousser de joie. « Jeune homme, dit-il,
t'es-tu bien promené aux alentours? As-tu remarqué combien
il y avait de cavernes entre ici et le Bord de l'Eau? Non?
Il n'y en a pas moins de neuf. Tu ne t'intéressais pas aux
cavernes, voilà tout; donc tu ne les a pas remarquées! »
Le jeune homme, ahuri, demanda : « Comment deux
hommes ont-ils pu creuser cette caverne? Cela a dû prendre
des mois! »
« Grâce à une magie qu'ils appelaient la science atomique,
répondit le vieil ermite d'un air plein de patience. L'un
des hommes s'assit sur la plate-forme et fit le guet afin de
s'assurer qu'il n'y avait pas de curieux. L'autre tenait à la
main un petit appareil. Il y eut un rugissement semblable à
celui des diables affamés, et - c'est du moins ce que l'on
me raconta - la roche se vaporisa et il n'y eut plus qu'une
caverne contenant deux chambres. Dans ma chambre intérieure
s'écoule un filet d'eau très mince qui me remplit mon
écuelle deux fois par jour. Cela suffit amplement à mes besoins.
C'est ainsi que ce fut arrangé, afin que je n'aie pas
à me rendre au lac puiser de l'eau. Si je n'ai pas d'orge,
comme cela m'est quelquefois arrivé, je mange le lichen qui

pousse dans la chambre intérieure. Ce n'est pas très bon,
mais cela me permet de me maintenir en vie jusqu'à ce que
je puisse avoir de l'orge. »
Le jeune moine se mit debout et s'approcha du mur de
la caverne qui se trouvait le plus près de la lumière du
jour. Oui, le roc semblait vraiment bizarre et paraissait semblable
aux tunnels des volcans éteints qu'il avait pu voir
dans les hautes terres du Tchang Tang. Le roc semblait
avoir fondu, puis coulé; il semblait s'être refroidi en une
surface dure comme du verre, sans aucune aspérité ni saillie.
Cette surface paraissait transparente et, à travers cette couche
translucide, on apercevait les stries du roc naturel avec,
ici et là, une veine brillante contenant de l'or. A l'un des
endroits il remarqua que l'or avait fondu et qu'il avait commencé
à couler le long du mur comme un épais sirop; puis il
s'était refroidi et avait été recouvert par le verre qui s'était
formé lorsque la couche de bioxyde de silicium avait refusé
de se cristalliser pendant le refroidissement. C'est ainsi que
la caverne avait des murs en verre naturel!

Puis, après s'être longtemps éclairci la voix et avoir expectoré,
il reprit son récit.
« La femme s'endormit, puis ce fut mon tour, mais je
ne dormis pas longtemps. Elle ronflait abominablement et
la tête m'élançait. J 'avais l'impression que mon cerveau enflait
et qu'il tentait de faire sauter ma calotte crânienne.
Puis je ressentis comme une douleur lancinante dans les
vaisseaux sanguins du cou et je crus que j'allais m'affaisser.
J 'entendis un changement dans le rythme des ronflements,
un traînement de pieds. Brusquement, en poussant
une exclamation de surprise, la femme se mit debout et
accourut à mon chevet. Je perçus les tintements et les
entrechoquements familiers et remarquai une modification
du cycle que suivaient les liquides qui entraient ou sortaient
de mon corps. Au bout d'un moment, les pulsations cessèrent
dans mon cerveau, la pression que je ressentais dans le
cou s'allégea et la cicatrice circulaire de mon crâne Cessa de
me faire souffrir.

« La femme se mit au travail, entrechoqua les pièces de
verrerie et les instruments métalliques. Je l'entendis craquer
lorsqu'elle se baissa pour ramasser le livre qu'elle avait laissé
tomber. L'un des meubles grinça tandis qu'on le poussait
sur le plancher pour le déplacer. Puis elle s'approcha du
mur et j 'entendis le glissement et le déclic que fit la porte
lorsqu'elle se referma derrière elle. Je perçus les bruits
décroissants de ses pas le long du couloir. J 'étais là, étendu,
et je pensais à tout ce qui m'était arrivé. Il fallait bien que
je sois étendu, pour la bonne raison que je ne pouvais
bouger! On avait vraiment fait quelque chose à mon cerveau.
J 'étais plus alerte; je pouvais penser de façon plus
claire. Avant cela, j 'avais été l'objet de pensées fumeuses
que je m'étais empressé de repousser quelque part dans le
tréfonds de mon esprit parce que je n'avais pas été capable
de les définir avec exactitude. A présent, tout était clair
comme de l'eau de roche.

« Je me souvenais de ma naissance, du premier regard
sur ce monde dans lequel j 'étais venu prématurément. Le
visage de ma mère. La figure ratatinée de la vieille sagefemme.
Un peu plus tard, mon père qui portait le nouveauné
que j 'étais et qui semblait avoir peur de moi, car j 'étais
le premier nouveau-né qu'il eût jamais vu. Je me souvins de
son expression anxieuse et du souci qu'il se faisait en voyant
une figure aussi rouge et aussi plissée. Puis ce furent des
scènes de ma tendre enfance qui me revinrent à la mémoire.
Le plus cher désir de mes parents avait toujours été d'avoir
un fils prêtre afin que cet honneur puisse rejaillir sur la famille.
Je me souvins de l'école et de toute une horde d'enfants
assis sur le plancher et s'exerçant à écrire sur des
ardoises. Je me souvins du moine enseignant allant de l'un
à l'autre, distribuant compliments ou réprimandes et me
disant qu'étant donné que je travaillais bien, je devais rester
plus tard de façon à apprendre plus de choses que mes
compagnons.

« Ma mémoire était infaillible. Je pus me rappeler facilement
des images publiées dans des magazines apportés par
les marchands indiens, des images que je ne me rappelais
même pas avoir vues. Mais la mémoire est un instrument à
double tranchant; je me souvins dans tous les détails des
tortures que j 'avais subies aux mains des Chinois. Parce que
l'on m'avait vu transporter des papiers en provenance du
Potala, les Chinois avaient déduit qu'il s 'agissait de secrets
d'Etat, m'avaient kidnappé et torturé pour me faire dire
quels étaient ces prétendus secrets. Moi, un humble petit
prêtre dont le secret le plus profond que je pouvais avoir à
garder était de savoir combien de nourriture les lamas absorbaient.
« La porte s'ouvrit avec un siffiement métallique. Plongé
dans mes pensées, je n'avais pas remarqué les pas qui se
rapprochaient dans le couloir. Une voix me demanda :
« Comment vas-tu maintenant?» et je sentis que mon ravisseur
se tenait près de moi. Tandis qu'il parlait, il s'occupait
de l'étrange appareil auquel j 'étais raccordé . « Comment
vas-tu maintenant? » me demanda-t-il une seconde fois.
« Bien, lui répondis-je, mais mécontent à cause des étranges
choses qui me sont arrivées. Je me sens comme un yack
malade sur une place de marché ! » Il se mit à rire et se
rendit dans l'un des coins de la pièce. Je pus entendre un
froissement de papier, le bruit précis que font les pages
d'un livre lorsqu'on les tourne.

« Monsieur! lui dis-je, qu'est-ce qu'un Amiral? Je suis
vraiment perplexe . . . Et qu'est-ce qu'un Major? »
« Il posa un gros volume ou, du moins, ce qui, d'après
le bruit, me sembla être un livre et s'approcha de moi . « Oui,
répliqua-t-il, non sans une nuance de pitié dans la voix, je
suppose que, selon toi, on fa traité plutôt mal . . . » Il
se déplaça et je l'entendis tirer l'un de ces étranges sièges
métalliques. Lorsqu'il s 'assit dessus, le siège émit d'inquiétants
craquements. « Un Amiral, reprit-il d'un ton espiègle,
eh bien ! c'est relativement compliqué à te dire; on t'expliquera
ça plus tard . . . Toutefois, je vais satisfaire immédiatement
ta curiosité. Tu te trouves sur un vaisseau qui voyage
à travers l'espace - ou du moins ce que nous appelons la
Mer spatiale, parce qu'à la vitesse à laquelle nous voyageons,
la matière clairsemée qui se trouve dans l'espace
tombe si rapidement sous nos sens qu'elle semble n'être
qu'une mer composée d'eau. Me suis-tu? »

« Je me mis à réfléchir et - oui - je suivais son raisonnement
en pensant à notre Rivière Heureuse et aux esquifs
recouverts de peaux qui la traversaient. « Oui, je vous suis »,
lui répondis-je. « Bien, alors, poursuivit-il. Notre vaisseau
fait partie d'un groupe. Il est le plus important de ce groupe.
Chaque vaisseau - y compris celui-ci - possède un
capitaine; quant à un Amiral, c'est, disons . . . le capitaine
de tous les capitaines. Le nom que nous employons est Amiral.
Maintenant, en plus de nos marins de l'espace, nous
avons à bord des soldats, et il est courant qu'on ait un doyen
des officiers supérieurs qui remplit les fonctions d'adjoint de
l'Amiral. Nous appelons un tel adjoint Major. Pour m'exprimer
en vos propres termes, un supérieur de monastère a
un vicaire à sa disposition, qui s'acquitte des tâches d'ordre
général tout en laissant les grandes décisions à son aîné. »
« Tout cela était suffisamment clair et je songeai à la
chose lorsque mon ravisseur se pencha un peu plus vers moi
et chuchota: « . . . Et, s'il te plaît, ne me nomme pas ton
ravisseur. Je suis le premier chirurgien de ce navire. Une
fois de plus, pour employer tes propres termes et tes propres
références, je remplis le même rôle que le doyen des
lamas médecins du Chakpori. Tu dois donc m'appeler Docteur
et non Ravisseur ! » Je m'amusai à l'idée que de tels
grands hommes puissent avoir aussi leurs faiblesses . . . Un
homme comme lui, affiigé parce qu'un sauvage ignorant (c'est
ainsi qu'il m'avait qualifié) l'avait appelé « Ravisseur » !
J e décidai de me moquer un peu d e lui e t répondis humblement:
« Oui, Docteur », ce qui me valut de sa part un
sourire de reconnaissance accompagné d'un signe de tête fort
approbateur.

« Pendant quelques instants, il s'occupa de certains instruments
qui semblaient rattachés à ma tête. On effectua
de nombreux ajustements; on varia le débit d'écoulement des
liquides; d'étranges choses me laissèrent une impression de
chatouillement dans le cuir chevelu. Après un moment il
me dit: « Tu te reposeras pendant trois jours. D'ici là, les
os se seront ressoudés et la cicatrisation accélérée aura déjà
bien commencé. Puis, à condition que tu sois en aussi bonne
forme que nous l'espérons, nous te ramènerons devant la
Chambre du Conseil et nous te montrerons beaucoup de
choses. Je ne sais si l'Amiral désirera t'adresser la parole;
s'il le fait, ne crains rien. Contente-toi de lui parler comme
tu me parlerais. » Il eut une arrière-pensée et ajouta d'un
air lugubre: « . . . Mais sur un ton plus poli ! » Il me tapota
l'épaule et quitta la pièce.

« Je gisais là, immobile, pensant à mon avenir. Avenir?
Quel avenir y avait-il pour un aveugle? Qu'allais-je faire si
d'aventure je quittais cet endroit en vie? Désirais-je seulement
le quitter vivant? Aurais-je à mendier ma pitance
comme les gueux qui pullulaient à la Porte de l'Occident?
La plupart d'entre eux étaient d'ailleurs de faux mendiants.
Je me demandai comment j 'allais pouvoir vivre et où j 'allais
obtenir quelque chose à manger. Le climat de notre pays est
un climat dur; notre pays n'est pas l'endroit rêvé pour celui
qui n'a pas de toit sous lequel se reposer. Tous ces événements
et ces soucis m'avaient inquiété et épuisé si bien que
je sombrai dans un sommeil agité. De temps à autre,
je sentais que la porte coulissante s'ouvrait et je décelais la
présence de gens qui venaient peut-être voir si je vivais
encore. Les cliquetis et le tintement du verre me tirèrent à
peine de ma torpeur. Je n'avais aucun moyen de mesurer
l'écoulement du temps. Dans des conditions normales, nous
nous servions des battements de notre coeur pour compter
les minutes, mais ici il s'agissait d'heures, dont quelquesunes
au cours desquelles j 'étais inconscient.

« Après un laps de temps qui me parut assez long -
laps de temps au cours duquel j 'eus l'impression de flotter
entre le monde matériel et le monde spirituel - je fus brutalement
ramené à l'état de pleine conscience. Ces redoutables
bonnes femmes s'abattaient une fois de plus sur moi
comme des vautours sur un cadavre . J 'étais offensé par leur
caquetage et leurs gloussements ; j 'étais encore bien plus
offensé par les libertés libidineuses qu'elles se permettaient
à l'endroit de mon corps sans défense. Et pourtant, je n'étais
pas capable de parler leur langue; je n'étais même pas capable
de bouger. J'étais perplexe devant le fait que des femmes
telles que celles-là, appartenant au sexe prétendument
faible, puissent avoir des mains si dures et un coeur plus dur
encore. J 'étais émacié, frêle et dans un état de santé tout
ce qu'il y a de médiocre. Pourtant, ces créatures tournaient
autour de moi comme si j 'avais été un bloc de pierre. On
me barbouillait avec des lotions, on faisait pénétrer des onguents
à l'odeur fétide dans ma peau ratatinée, on arrachait
littéralement les tubes qui se trouvaient dans mes narines
ainsi qu'en d'autres endroits de mon anatomie pour les
remplacer aussi brutalement par des tubes propres. Je frissonnai
jusqu'au fond de l'âme et me demandai une fois de
plus par quelle diabolique ironie du destin j 'avais bien pu
être condamné à subir une telle humiliation.
« Une fois ces repoussantes femelles disparues, la paix
descendit en moi pendant un court moment. Puis la porte
glissa encore et mon ravisseur, non, je dois me rappeler
qu'il faut dire « le docteur », entra et referma la porte derrière
lui. « Bonjour, je vois que tu es réveillé », me dit-il
d'un air aimable.

« Oui, Monsieur le Docteur, lui répondis-je sur un ton
quelque peu grincheux, il est absolument impossible de dormir
lorsque ces femmes jacassent et me tombent dessus comme
des pestes ! » Cette remarque sembla grandement l'amuser.
On eût dit qu'après tout ce qui s'était passé, il commençait
à me connaître un peu mieux, qu'il me traitait un
peu plus comme un être humain, enfin . . . un être humain
pas très brillant. « Nous avons besoin de ces infirmières,
me dit-il, afin qu'elles s'occupent de toi, qu'elles te tiennent
propre et que tu sentes bon. On t'a poudré, parfumé et préparé
pour une autre journée de repos. »

« Du repos! Du repos! Je ne voulais pas de repos. Je
voulais sortir. Mais où pouvais-je bien aller? Tandis que
le docteur examinait les cicatrices opératoires de mon crâne,
je me mis à penser une fois de plus à tout ce qu'il m'avait
dit. Quand était-ce, au fait? Hier? Avant-hier? Je ne pouvais
le dire. Tout ce que je savais, c'est qu'il y avait quelque
chose qui me tracassait énormément. « Monsieur le Docteur,
lui dis-je, vous m'avez dit que je me trouvais dans un
vaisseau spatial. Vous ai-je bien compris? »
« Bien sûr, répondit-il, tu te trouves à bord du navire
amiral de cette flotte de surveillance. Nous nous trouvons
actuellement sur un plateau montagneux sis dans les Hautes
Terres du Tibet. Pourquoi ? »

« Monsieur! répondis-je, lorsque je me trouvais dans
cette pièce, en face de tous ces gens étonnants, j 'ai remarqué
que nous nous trouvions dans une immense chambre
taillée dans la pierre; comment une chambre en pierre
peut-elle se trouver à bord de ce vaisseau?»
« Il se mit à rire comme si je lui avais raconté la blague
la plus drôle qui soit. Se reprenant, il me dit entre deux
gloussements : « Tu es vigilant, très vigilant, et tu as raison.
Le plateau rocheux sur lequel ce vaisseau repose fut jadis
un volcan. Il existe au sein de ce plateau d'immenses salles
et de profonds couloirs à travers lesquels, en des temps
immémoriaux, la lave en fusion coulait et se frayait un chemin.
Nous nous servons de ces passages et avons agrandi ces
salles pour qu'elles puissent répondre à nos besoins. Nous
utilisons beaucoup cet endroit et différents types de vaisseaux
spatiaux l'utilisent de temps à autre. Nous t'avons
fait passer du navire à la chambre taillée dans le roc. »
« Passer du navire à une chambre taillée dans le roc!
Ceci expliquait l'étrange impression que j 'avais ressentie,
l'impression de quitter un couloir en métal pour une salle
creusée dans de la pierre. « Monsieur le Docteur, m'exclamai-
je, je suis au courant des tunnels et des salles souterraines;
il existe une vaste salle secrète dans la Montagne du
Potala; on y trouve même un lac. »

« Oui, remarqua-t-il, nos photographies géophysiques
nous ont montré cela. Nous ne pensions cependant pas que
vous autres, Tibétains, l'aviez découverte ! » Il continua à
jouer avec ses appareils. J 'étais pleinement conscient qu'il
opérait des modifications dans la circulation des liquides
qui parcouraient les tubes et pénétraient dans mon corps.
Un changement se manifesta dans ma température et, sans
que ma volonté puisse avoir à intervenir, ma respiration
devint plus lente et plus profonde; on me manipulait comme
une marionnette sur la place du marché.
« Monsieur le Docteur! fis-je remarquer d'un air passionné,
nous connaissons vos navires spatiaux et nous les appe-
Ions les Chariots des Dieux. Pourquoi ne vous mettez-vous
pas en rapport avec nos dirigeants? Pourquoi ne manifestez-
vous pas ouvertement votre présence? Pourquoi devezvous
donc effectuer des enlèvements de manière furtive,
comme dans mon cas? »

« Il aspira une grande bouffée d'air et fit une pause
avant de me répondre finalement. « Euh . . . Eh bien !
c'est-à-dire que . . . bégaya-t-il, si je te donne la raison de
notre comportement, cela ne provoquera de ta part que des
remarques fort caustiques qui ne pourraient que se révéler
néfastes pour nous deux. »
« Non, Monsieur le Docteur, répondis-je, je suis votre
prisonnier tout comme j 'étais le prisonnier des Chinois et
je ne puis me permettre de vous provoquer. J 'essaie simplement,
à ma manière barbare, de comprendre les choses
- ce qui, à ce que je sache, correspond également à vos
désirs. »

« Il tourna en rond en traînant les pieds. Il était clair
qu'il était en train de décider de la meilleure conduite à
suivre envers moi. En venant à une décision, il me dit :
« Nous sommes les Jardiniers de la Terre et, bien sûr, d'autres
mondes habités. Un jardinier ne discute pas de son
identité ou de ses intentions avec ses fleurs. Ou encore,
pour parler de choses plus élevées, si un gardien de yacks
tombe sur un yack qui semble être un peu plus brillant que
la moyenne, ledit gardien ne va pas dire à cet animal:
« Conduis-moi à ton Chef », pas plus qu'il ne discute avec
ce yack intelligent de choses qui se trouvent nettement hors
de sa portée. Il n'est pas dans nos habitudes de fraterniser
avec les indigènes des mondes que nous surveillons. Nous
l'avons fait en des temps immémoriaux. Cela se révéla désastreux
pour tous et donna naissance à de fantastiques légendes
dans votre propre monde. »


« Je me mis à renâcler de colère et de dépit. « Vous me
dites d'abord que je suis un sauvage et un barbare et maintenant
vous me traitez comme un yack - ou plutôt me
comparez à un yack, lui dis-je d'un air réprobateur. Dans
ces conditions, si je suis un être si inférieur, pourquoi me
gardez-vous prisonnier ici? » Sa réponse fut sèche: « Parce
que nous nous servons de toi. Parce que tu possèdes une
mémoire extraordinaire que nous sommes en train d'affûter.
Parce que nous voulons tout simplement faire de toi un
puits de savoir pour celui qui viendra te visiter presque à
la fin de tes jours. Maintenant, dors ! » J 'entendis ou plutôt
j 'eus l'impression qu'on touchait un bouton, puis je fus
envahi par une vague noire qui roula lentement sur moi et
je sombrai dans l'inconscience.
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Ecrit le: Mardi 15 Novembre 2011 à 21h00 Posted since your last visit
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Inscrit le: 25/07/2007



Bonsoir à tous,
je lis beaucoup chercheursduvrai, apprécie les publications du travail énorme des participants, mais n' interviens presque jamais.

Citation
.../...Un jardinier ne discute pas de son
identité ou de ses intentions avec ses fleurs.../... pas plus qu'il ne discute avec
ce yack intelligent de choses qui se trouvent nettement hors
de sa portée.../...


Une fleur, ou un yack, ne dispose pas de la conscience de sa propre existence, et ne se pose jamais les questions :
" Qui suis-je? D'où viens-je? Où vais-je? ".

Un humain, ou une autre forme d' intelligence, si.

La conscience est la brique essentielle qui permet de recevoir des informations sur des choses qui se trouvent ( temporairement ) hors de sa portée.

Exemple :
sans être moi-même scientifique,
lire certains sujets pointus du site chercheursduvrai ( et surtout essayer de les appréhender avec mon intelligence très moyenne) ne me provoque aucun complexe d' infériorité .
Et ne m' oblige pas à adhérer à, ou rejetter, telle ou telle théorie technique ou philosophique.

Autre exemple:
joueur d' échecs moyen, être spectateur de parties entre MI, ou même GMI, me fait plaisir, même si ce qu' ils font en seulement 3mn pour 40 coups, me prendrait énormément plus de temps pour espérer approcher leur technique.


--------------------
Croire n'est ni un besoin, ni un but, mais une envie et un plaisir de chercher, sans idole ni gourou, puis enfin trouver .


.
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Ecrit le: Mercredi 16 Novembre 2011 à 09h48 Posted since your last visit
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Je suis entièrement d'accord avec toi. Les entités extra-terrestres qui ont "enlevé" l'ermite, même si elles sont bienveillants, ne sont pas des êtres d'amour.

Ils sont des êtres agissant pour aider à un plan plus global, certes, mais pas dans l'amour. On peut voir le fonctionnement de ces derniers types d'êtres avec les contacts que Givaudan a eu: des êtres d'amour, qui aident dans tous les cas, quels que soient les choix réalisés, qui ne méprisent jamais car sentent toute vie consciente sur un même pied d'égalité face à son droit à l'amour et la considération, et ne se mettent jamais au-dessus.

Le type de fonctionnement provient de l'évolution des âmes des entités en contact. Dans le cas de l'ermite, même si ils sont "au-dessus" de l'humanité, les entités en question sont des êtres physiques qui utilisent beaucoup leur technologie et suivent un chemin de concertation et d'harmonie entre les peuples, sans toutefois être sortis de certaines spirales de fonctionnement peut être encore égotique, à première vue.

Il y a plusieurs catégories de niveaux "supérieurs" et ces entités font partie pour moi, de la catégorie supérieure "inférieure", notre stade dans les prochaines centaines ou milliers d'années alors que les entités d'amour correspondent à notre stade dans les prochaines dizaines ou centaines de milliers d'années. Mais ils communiquent entre eux, et ont une sorte de "Nations Unies" galactiques, ou chacun peut faire valoir son opinion, même si ils sont sur des modes de pensée et d'être différents.
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Ecrit le: Mercredi 16 Novembre 2011 à 12h13 Posted since your last visit
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« Des heures interminables s'écoulèrent laborieusement.
Je me trouvai dans un état d'hébétude et de stupéfaction où
la réalité n'existait plus et où le passé, le présent et l'avenir
ne faisaient plus qu'un. Devant moi défilaient ma vie passée,
l'état d'impotence à cause duquel je ne pouvais ni voir
ni bouger, l'effrayante crainte que j 'entretenais à l'égard de
l'avenir une fois sorti « d'ici » - si toutefois j 'en sortais. De
temps en temps, les femmes venaient me voir et m'administraient
d'étonnants traitements. On me tordait et l'on me
faisait plier les membres, on me faisait tourner la tête; toutes
les parties de mon corps se faisaient presser, pincer, pétrir,
bourrer de coups de poing. De temps en temps, des groupes
d'hommes entraient et se tenaient près de moi en s'entretenant
de ma personne. Je ne pouvais les comprendre,
bien sûr, mais c'est ce que j 'en conclus. Et puis ils me piquaient
aussi des choses dans le corps, mais je ne leur donnais
pas la satisfaction de me voir sourciller lorsque je subissais
quelque piqûre. Je me laissais aller . . . laissais aller.

« Arriva un temps où je fus une fois de plus sur le quivive.
Avant cela, j 'avais somnolé un nombre inconnu
d'heures. Bien que je fusse conscient du glissement de la
porte, cela ne me dérangeait point. J 'étais retiré en moimême,
me sentant comme engoncé dans des épaisseurs de
laine et me souciant peu de ce qui pouvait bien arriver à
qui que ce soit, y compris à moi-même. Soudainement, je
ressentis une série de déchirements aigus tout autour de
mon crâne. On me tâtait, on me farfouillait, et quelqu'un
me dit dans ma propre langue: « Ah ! bien! réanimons-le! »
Je perçus un bourdonnement étouffé et je n'en fus conscient
que lorsqu'il s'arrêta avec un léger bruit de déclic. Instantanément,
je me sentis pleinement alerte, plein de vie et
tentai de m'asseoir. Une fois de plus je fus déçu. Mes
efforts les plus violents ne se traduisaient par aucun mouvement
de mes membres. « Ils nous est revenu », dit quelqu'un.

«Hé! Peux-tu nous entendre? » demanda quelqu'un
d'autre.
« Oui, je le puis, répliquai-je, mais comment se fait-il
que vous sachiez parler tibétain? Je pensais que seul
Monsieur le Docteur était capable de communiquer avec
moi. » Il y eut un rire discret, puis une réponse: « Tu te
sers de notre langue . . . Tu comprendras maintenant tout
ce que nous te dirons. »

« Une autre voix se mêla à la conversation, comme en
aparté : « Comment l'appelez-vous? » Une voix que je reconnus
être celle du docteur répondit : « Comment nous l'appelons?
Oh! nous ne lui avons point donné de nom, je me
contente de lui dire « tu » . »
« L'Amiral exige qu'il ait un nom, affirma quelqu'un
d'autre, c'est à vous de décider comment nous devons l'appeler.
» Une discussion relativement animée s'engagea au
cours de laquelle on suggéra plusieurs noms. Certains d'entre
eux étaient très insultants et indiquaient qu'aux yeux de
ces hommes, j 'avais un statut inférieur à celui que nous reconnaissons
aux yacks ou aux vautours charognards. Finalement,
lorsque les commentaires devinrent un peu trop
licencieux, le docteur déclara: « Mettons un terme à tout
cela, cet homme est moine; par conséquent, nous pouvons
fort bien le nommer Moine en faisant ainsi allusion à sa
qualité. » Le silence se fit pendant un moment, puis je perçus
un bruit de mains spontané et j 'estimai - avec raison,
d'ailleurs - qu'il s'agissait d'applaudissements. « Très bien,
déclara une voix que je n'avais pas entendue auparavant,
adopté à l'unanimité! Dorénavant, il portera le surnom de
Moine; que ce soit enregistré ainsi. »

« Une conversation à bâtons rompus s'ensuivit, une conversation
sans intérêt pour moi, puisque je découvris que
ces hommes discutaient des vertus réelles ou douteuses des
femmes et évaluaient la facilité avec laquelle on pouvait les
posséder. Certaines des allusions ayant trait à des caractéristiques
d'ordre anatomique me dépassaient tellement que
je ne fis aucun effort pour suivre la discussion; néanmoins,
je me contentai d'imaginer l'apparence de ces personnes.
Certains des hommes étaient petits, d'autres gros. Il y avait
quelque chose de très étrange; une chose en particulier m'embarrassait
grandement, car, au meilleur de ma connaissance,
il n'existait pas sur terre de gens dont les caractéristiques
ou la taille ressemblaient à celles de ces hommes-là.
« Je fus ramené à la réalité par un soudain traînement
de pieds et ce qui m'apparut être un bruit de recul de ces
étranges sièges. Les hommes se mirent debout, puis un à
un quittèrent la pièce. Finalement, un seul d'entre eux demeura:
le docteur. « Plus tard, dit-il, nous te ramènerons
devant la Chambre du Conseil, celle qui se trouve dans la
montagne. Ne sois pas nerveux, Moine, il n'y a rien à craindre.
Cela pourra te paraître étrange, mais on ne te fera pas
de mal. » Ceci dit, il quitta également la pièce et me laissa
une fois de plus seul avec mes pensées. Pour quelque mystérieuse
raison, une scène douloureuse ressuscitait avec insistance
dans ma mémoire. J'étais attaché, bras et jambes
écartés, contre un mur. L'un des tortionnaires chinois s'approchait
de moi avec un sourire diabolique et me disait:
« C'est la dernière chance que nous te donnons de nous dire
ce que nous voulons savoir. Autrement, je vais t'arracher
les yeux. »

« Je répliquais : « Je ne suis qu'un pauvre et simple
moine et je n'ai rien à dire. » Sur ces mots, le tortionnaire
chinois m'enfonça très fort le pouce et l'un de ses autres
doigts dans les coins de mon oeil gauche, qui jaillit soudai-
nement de son orbite comme un noyau sort d'une prune, puis
se mit à pendouiller en se balançant sur ma joue. La douleur
que me causait la déformation de ma vision était atroce;
l'oeil droit, encore intact, regardait droit devant, tandis
que l'oeil gauche, qui se balançait sur ma joue, regardait
carrément vers le sol. Les impressions mentales provoquées
par cet état de choses étaient abominables. Enfin, d'une
brève secousse, le Chinois arracha complètement mon oeil
et me le jeta à la figure avant de faire subir le même sort à
l'oeil droit.

« Je me souvins comment, ivres de sang, ils me jetèrent
sur un tas d'ordures. Mais je n'étais pas mort comme ils
l'avaient espéré. La fraîcheur de la nuit m'avait ranimé. Je
m'étais mis debout tant bien que mal et étais parti à l'aveuglette,
en trébuchant, possédant encore en moi suffisamment
de sens de l'orientation pour m'éloigner des bâtiments
de la Mission Chinoise et éventuellement de la ville de
Lhassa.

« En proie à de telles pensées, je perdis complètement
la notion du temps, et ce fut comme une sorte de soulagement
lorsque des hommes vinrent enfin dans ma chambre.
Maintenant, je comprenais ce que l'on disait. Un dispositif
élévateur spécial, qui portait l'étrange nom d'Antigravité,
fut installé sur ma table, puis on tourna ce qu'ils
appelaient « le commutateur » . La table s'éleva en l'air et
des hommes la guidèrent dans la porte et le long du couloir
qui se trouvait au-delà de cette dernière. Il semblait maintenant
que, bien que la table fût apparemment dénuée de
poids, elle était toujours sensible à l'inertie et au mouvement;
il faut toutefois préciser que ces termes ne me disaient
pas grand-chose ! Le fait qu'il fallait prendre grand
soin de ma table était dans le fond tout ce qui m'importait!
« La table et tout l'appareillage qui s'y rattachait furent
tirés et poussés dans le couloir de métal où l'écho se trouvait
déformé. Nous sortîmes enfin du vaisseau spatial et
entrâmes une fois de plus dans la grande salle taillée dans
le roc. Les bruits de foule qu'on pouvait y entendre me
rappelèrent ceux auxquels je prêtais l'oreille lors de jours
meilleurs dans l'avant-cour de la Cathédrale de Lhassa. On
déplaça ma table, on la fit quelque peu tourner, puis on la
fit descendre de quelques centimètres pour toucher enfin le
sol. Une personne s'approcha de moi et me murmura:

« Le Chirurgien Général va venir vous voir dans quelques
instants. »
« Je répondis : « N'allez-vous pas me rendre la vue? »,
mais la personne était partie et l'on passa outre à cette demande.
Je tentai, là, sur ma couche, de recréer mentalement
tout ce qui arrivait. Je ne possédais pour cela que
le souvenir fugace de ce que j 'avais précédemment aperçu
en ces lieux, mais je désirais ardemment que l'on me redonne
ma vue artificielle.

« Un bruit de pas familier se répercuta sur le plancher
rocheux. « Ah! Ils t'ont amené ici sain et sauf. Te sens-tu
en forme? » demanda le docteur, celui qu'on appelait le
Chirurgien Général.
« Monsieur le Docteur, répondis-je, je me sentirais en
bien meilleure forme si vous me permettiez de voir. »
« Mais tu es aveugle et tu dois t'habituer à demeurer
ainsi. Il te faudra vivre une très longue vie avec cette infirmité.
»

« Cependant, Monsieur le Docteur, dis-je exaspéré au plus
haut point, comment serais-je capable d'apprendre et de
me rappeler toutes les merveilles que vous m'avez promis de
me montrer si vous ne me prêtez pas cette vue artificielle? »
« ça, c'est notre affaire, répondit-il. Nous posons les
questions et donnons les ordres. Tu n'as rien qu'à faire
exactement ce qu'on te dit. »

« Je remarquai une certaine accalmie dans la foule qui
m'entourait. Ce n'était pas véritablement le silence, car il
ne peut y avoir de réel silence là où des gens sont réunis.
Au cours de cette accalmie, je pus distinguer des bruits de
pas très secs qui cessèrent soudainement. « Restez assis ! »
ordonna une voix sèche, toute militaire. Il y eut un bruissement
détendu, un froufroutement d'étoffe, des craquements
de cuir, le traînement de nombreux pieds, puis une
sorte de frottement comme si l'on avait repoussé l'un de
ces étranges sièges, le bruit d'un homme qui se met debout.
Une accalmie lourde, une atmosphère tendue dominèrent ces
lieux l'espace d'une seconde peut-être; puis la Voix se mit
à parler.

« Mesdames, Messieurs, dit-elle d'un ton profond et assuré
où transparaissait une diction soignée, notre Chirurgien
Général considère que cet indigène a suffisamment recouvré
la santé et qu'il a suffisamment été endoctriné pour qu'on
puisse, sans prendre de risques exagérés, le préparer à aborder
la Connaissance du Passé. Il existe un risque, évidemment,
mais nous devons y faire face. Si la créature meurt,
nous devrons, une fois de plus, entreprendre de fastidieuses
recherches afin d'en retrouver une autre. Cet indigène se
trouve en piètre condition physique; nous n'avons plus qu'à
espérer que sa volonté soit bien ancrée et que les raisons
qui le retiennent à la vie soient suffisamment fortes. » Ma
chair se révolta face à l'insensibilité que l'on manifestait
avec autant de désinvolture à mon endroit, mais la Voix reprit
:

« Certains d'entre nous estiment que nous ne devrions
nous servir que des Documents écrits révélés à quelque Messie
ou à quelque Saint que nous avons placé en ce monde à
cette fin. Je dois toutefois m'empresser d'ajouter que, dans
le passé, ces Documents devinrent l'objet d'une vénération
pleine de superstition qui annula les avantages qu'on pouvait
en tirer parce qu'ils furent trop souvent interprétés de travers
et pris à rebours. Les indigènes n'ont pas essayé de comprendre
la signification que contiennent ces écrits; ils se
sont contentés de prendre ces derniers à la lettre et, souvent,
d'interpréter faussement cette version par trop littérale.
Fréquemment, ceci a fait du tort à leur développement et
a créé un système artificiel de castes sous lequel certains des
indigènes prennent pour acquis qu'ils ont été choisis par des
Puissances Supérieures afin d'enseigner et prêcher ce qui ne
fut jamais écrit.

« Ils n'ont aucune idée véritable de ce que nous - de
l'espace intersidéral - pouvons être. Nos vaisseaux patrouilleurs
- lorsqu'on les aperçoit - passent pour des
objets célestes de différentes natures, voire de simples hallucinations
de la part de ceux qui les ont vus; on se moque
de ces derniers et l'on met souvent en doute leur équilibre
mental. Ils croient que l'Homme est fait à l'image de Dieu
et sont convaincus qu'il ne peut exister de forme de vie
supérieure à celle de l'Homme. Ils ont la conviction profonde
que ce tout petit monde constitue la seule source de
vie, sans savoir que les mondes habités existent en plus
grand nombre que les grains de sable sur la totalité de la
Terre et que leur monde est en définitive l'un des plus petits
et des plus insignifiants.

« Ils croient qu'ils sont les Maîtres de la Création et
qu'ils sont libres de sacrifier tous les animaux du globe.
Cependant, leur propre vie n'embrasse que le temps d'un
clin d'oeil. Comparés à nous, ils ne sont que des insectes
qui ne vivent qu'une journée et qui, en l'espace de quelques
heures, doivent naître, atteindre l'âge adulte, se reproduire,
se reproduire encore, puis disparaître. Notre espérance
moyenne de vie est de cinq mille ans. La leur est de quelques
décennies, et tout ceci, Mesdames et Messieurs, fut engendré
par leurs croyances bizarres et par une suite de tragiques
malentendus. C'est pour cette raison que nous
n'avons pas tenu compte d'eux dans le passé; toutefois, à
l'heure actuelle, nos Sages disent que d'ici à un demi-siècle
ces aborigènes découvriront certains secrets de l'atome. Par
conséquent, ils pourront fort bien faire sauter leur petit
monde. De dangereuses radiations peuvent se répandre dans
l'espace et constituer une menace de pollution.

« Comme vous le savez, les Sages ont décrété qu'il
fallait capturer un indigène convenable - nous avons attra-
pé celui-ci - et qu'il fallait traiter son cerveau de manière
à ce qu'il puisse se souvenir de tout ce que nous nous proposons
de lui enseigner. Nous devrons le conditionner de
telle façon qu'il ne puisse révéler ce qu'il a appris qu'à une
personne seulement, que nous placerons en ce monde en
temps opportun et qui aura pour tâche d'exposer à tous ceux
qui voudront bien l'écouter les faits réels - et non les fantaisies
des autres - ayant trait aux formes de vie existant
au-delà de cet univers corpusculaire. Cet indigène, de sexe
masculin, a soigneusement été préparé et sera le récepteur
et le gardien du message qui devra plus tard être retransmis
à une autre personne. La tension qu'il devra subir sera
très forte; il se peut bien qu'il ne survive pas à cette épreuve.
Nous n'avons donc qu'à souhaiter qu'il tienne le coup,
car, si sa vie prend fin sur cette table, nous devrons une
fois de plus nous mettre à la recherche d'un autre individu.
Comme nous avons pu le constater, il s'agit d'une corvée
ennuyante ..

« L'un des membres de l'équipage a protesté en nous recommandant
de prendre un indigène dans un pays plus développé,
une personne hautement respectée de ses concitoyens
; nous croyons toutefois qu'il s'agirait là d'un faux
pas. En effet, si nous endoctrinions un tel indigène et si
nous le laissions aller parmi ses congénères, ces derniers
s'empresseraient de le discréditer, ce qui retarderait sérieusement
notre programme. Vous tous, qui êtes ici, aurez l'autorisation
d'assister à cette évocation du Passé. Il s'agit d'un
événement rare. Vous jouirez donc d'une faveur insigne. »

« A peine ce Grand Personnage eut-il cessé de parler
qu'un croassement et qu'un bruissement étranges se firent
entendre. Puis ce fut une voix, mais quelle voix! Elle paraissait
inhumaine et il était difficile de dire si elle était masculine
ou féminine. Dès que je l'entendis, je sentis mes
cheveux se dresser sur ma tête et j 'eus la chair de poule.

« En qualité de Biologiste Doyen et n'ayant pas à rendre
compte de mes actes à la Marine, pas plus qu'à l'Armée
d'ailleurs, j 'aimerais que l'on consigne ma désapprobation
quant à toute cette affaire, déclara d'un ton âpre cette
voix vraiment déplaisante. D'ailleurs, un rapport complet
sera soumis au Quartier Général en temps et lieu. J'exige
que l'on m 'écoute céans. » On put percevoir dans l'assistance
une sorte de soupir résigné. Il y eut beaucoup d'agitation
pendant quelque temps, puis celui qui avait pris la
parole le premier se leva et déclara sèchement : « En qualité
d'Amiral de cette flotte, je suis responsable de cette mission
de surveillance, et ce, en dépit des arguments spécieux pouvant
émaner de notre maussade Biologiste Doyen. Néanmoins,
écoutons une fois de plus les arguments de la partie
adverse. Vous pouvez continuer, Biologiste! »

« Sans le moindre mot de remerciement et sans la moindre
formule de politesse, la voix rauque et traînante poursuivit:
« Je conteste cette perte de temps. Je conteste le
fait que nous devions déployer d'autres efforts pour ces créatures
défectueuses. Dans le passé, lorsqu'une certaine race
de ces créatures ne donnait pas satisfaction, nous nous contentions
de les exterminer, puis nous réensemencions la planète.
Epargnons temps et travail et exterminons-les tout de
suite, avant qu'ils ne polluent l'espace. »
« L'Amiral coupa: « Dites-nous, Biologiste, possédezvous
quelque argument de poids pouvant nous expliquer
en quoi ces créatures sont défectueuses? »
« Oui, j 'en possède, répondit hargneusement le Biologiste.
Les femelles des différentes espèces sont défectueuses.
Leur mécanisme de fertilité est fautif, leurs auras ne se
conforment pas à ce qui avait été prévu à l'origine. Nous en
avons récemment attrapé une qui provenait de ce que l'on
appelle l'une des meilleures parties de ce monde. Elle poussa
des cris perçants lorsque nous enlevâmes les vêtements dans
lesquels elle était drapée. Puis, lorsque nous insérâmes une
sonde dans son corps afin d'analyser ses sécrétions, elle fit
d'abord une crise d'hystérie et perdit connaissance. Plus
tard, étant revenue à elle et ayant aperçu certains de mes
assistants, elle perdit l'esprit ou ce qui lui en tenait lieu.
Nous dûmes la détruire et perdîmes ainsi de nombreux jours
de travail. »

Le vieil ermite interrompit son récit et prit une gorgée
d'eau. Le jeune moine était littéralement horrifié en apprenant
les choses étranges qui étaient arrivées à son supérieur.
Ce qui était curieux, c'est que certaines descriptions lui
étaient familières. Il ne pouvait pas dire comment, mais certaines
des remarques de l'ermite évoquaient chez lui d'étranges
réminiscences, des réminiscences troublantes comme si
l'on ravivait en lui des souvenirs depuis longtemps enfouis
dans le passé. C'était un peu comme si les remarques de
l'ermite eussent constitué une sorte de catalyseur. Avec
grand soin, sans laisser tomber la moindre goutte, l'Ancien
déposa son écuelle d'eau près de lui, joignit les mains et
reprit son récit . . .

« J 'étais sur cette table; j 'entendais et je comprenais tout
ce qui se disait. Toute crainte, toute hésitation m'abandonnèrent.
J 'allais montrer à ces gens comment un prêtre tibétain
savait vivre . . . et mourir, le cas échéant. Ma témérité
naturelle me poussa à déclarer à haute voix: « Voyez-vous,
Seigneur Amiral, votre Biologiste est moins civilisé que moi,
car nous, au moins, ne supprimons pas ceux que nous pourrions
qualifier d'animaux inférieurs. C'est nous qui sommes
civilisés ! » Pendant un instant, le Temps parut s'arrêter.
Puis, à mon profond étonnement - à ma grande surprise,
devrais-je dire -, il y eut des applaudissements spontanés
et fort peu de rires. Les gens se frappèrent dans les
mains, ce que je traduisis comme un geste d'approbation.
Certains d'entre eux crièrent de joie et quelque technicien
qui se trouvait près de moi se pencha sur ma couche et me
déclara discrètement : « Bien, Moine . . . Bien . . . Mais n'en
dis pas plus long . . . Ne force pas ta chance! »

« L'Amiral prit la parole et dit: « L'indigène du nom de
Moine a parlé. Il a prouvé à ma satisfaction qu'il était une
créature sensible et pleinement capable de s 'acquitter de la
tâche qui lui sera confiée. Et . . . euh . . . j 'appuie pleinement
ses observations que je compte consigner dans les rapports
personnels que je dois faire parvenir aux Sages. » Le
Biologiste répondit d'un ton sec comme un coup de fouet :
« Je me retire de cette expérience. » Sur ces mots, la créature
- lui, elle ou les deux - se retira bruyamment de la
salle taillée dans le roc. On put entendre un soupir de soulagement
général; il était évident que le Doyen des Biologistes
n'était pas une personne très aimée. En réponse à
quelque ordre donné par signes, le brouhaha cessa lentement.
Il y eut de légers traînements de pieds puis un froissement
de papier. Le silence aurait pour ainsi dire pu se
couper au couteau.

« Mesdames et Messieurs, reprit l'Amiral, maintenant
que nous nous sommes débarrassés des objections et des
interruptions, je propose de dire quelques mots au profit de
ceux d'entre vous qui sont des nouveaux venus dans cette
Station de Surveillance. Certains ont peut-être entendu des
rumeurs, mais, comme vous le savez, on ne peut jamais se
fier aux rumeurs. Je vais vous dire ce qui va arriver, je vais
vous expliquer ce à quoi tout ceci rime, afin que vous
puissiez mieux apprécier les événements auxquels vous allez
bientôt participer.

« Les gens de ce monde sont en train de mettre au point
une technologie qui, à moins que nous nous immiscions dans
son développement, risque fort de les détruire. Au cas où
une telle éventualité se produirait, ceci contaminerait l'espace
à un point tel que tout monde en émergence dans ce
groupe risquerait fort d'en subir les conséquences . . . Il ne
tient qu'à nous d'empêcher cela. Comme vous le savez pertinemment,
ce monde ainsi que d'autres mondes dans ce
groupe constituent nos terrains d'essais pour différents types
de créatures. Tout comme dans le monde végétal ce qui
n'est pas cultivé devient herbe folle, dans le monde animal
on peut avoir des pur-sang comme des avortons. Dans le
monde qui nous intéresse, les humains sont en train de de-
venir des individus de cette dernière catégorie. Nous, qui
avons ensemencé ce monde avec de la souche humanoïde,
devons maintenant nous assurer que les autres souches pouvant
exister dans les autres mondes ne risquent rien.

« Nous sommes en face d'un indigène de ce monde. Il
provient d 'une subdivision d'un pays que l'on appelle le
Tibet. Ce pays est une théocratie, ce qui veut dire qu'il est
dirigé par un chef qui accorde plus d'importance à la religion
qu'il n'en accorde à la politique. Dans ce pays, l'agression
n'existe pas. Personne ne se bat pour accaparer la terre
d'autrui. On n'y prend pas la vie des animaux; seuls, les
êtres des classes inférieures le font et, d'ailleurs, presque
sans exception, ce sont des ressortissants d'autres pays. Bien
que leur religion puisse nous paraître fantastique, ils vivent
intégralement selon ses préceptes en ne faisant point de mal
à leur prochain ou en ne le forçant point à croire à ce qu'ils
croient. Ce sont des gens très pacifiques qui, avant de commettre
des actes de violence, doivent subir maintes provocations.
C'est pourquoi nous avons pensé pouvoir trouver
dans ce pays un indigène possédant une mémoire phénoménale
qu'il nous serait possible d'améliorer, un indigène
dans l'esprit duquel nous pourrions implanter des connaissances
destinées à être transmises à quelqu'un d'autre que
nous placerons plus tard en ce monde.

« Certains d'entre vous se demanderont peut-être pourquoi
nous ne pourrions pas enseigner ces choses directement
à notre représentant. Nous ne réussissons pas à le faire
de manière satisfaisante, car ceci donne lieu à des aberrations
ainsi qu'à des omissions. Cette façon de procéder fut
mise à l 'épreuve à plusieurs occasions, mais cela ne s'est
jamais passé comme nous l 'aurions voulu. Comme vous le
verrez plus tard, nous avons obtenu des résultats relativement
satisfaisants avec un homme que les Terriens appelèrent
Moïse, mais, avec lui, l'opération fut incomplète, des
erreurs et des malentendus dominèrent nettement la situation.
Et maintenant, n'en déplaise à notre respecté Biolo-
giste Doyen, nous allons essayer le système qu'ont mis au
point les Sages.

« De même qu'il y a des millions d'années terriennes,
grâce à leurs merveilleuses connaissances scientifiques, ils
parvinrent à mettre au point la propulsion plus rapide que
la lumière, ainsi ont-ils aussi mis au point une méthode
grâce à laquelle on peut directement se brancher sur la
source de documents Akashiques. Selon cette méthode, la
personne qui se trouve à l 'intérieur d'un appareil spécial
pourra voir tout ce qui est arrivé dans le passé. Pourvu
que ses sens ne la trahissent pas, elle vivra véritablement
toutes ces expériences; elle verra et entendra exactement
comme si elle vivait en ces temps révolus. En ce qui la concerne,
elle se trouvera véritablement là! Un branchement
direct sur son cerveau permettra à chacun de nous de participer
à l'expérience par personne interposée. Cette personne
et vous tous - je devrais plutôt dire nous tous - devrez
à toutes fins utiles cesser d 'exister dans le temps actuel; il
ne tient qu'à nous de reporter nos sentiments, notre vue,
notre ouïe, nos émotions jusqu'à ces époques lointaines dont
la vie et les événements qui s'y -déroulent doivent, pour nous,
être aussi réels que ceux qui se déroulent ici, lorsque nous
vivons à bord de nos navires, à bord de nos petits vaisseaux
patrouilleurs ou lorsque nous travaillons loin sous la surface,
dans nos laboratoires souterrains .

« Je ne prétends pas comprendre entièrement les principes
en cause. Certains parmi vous en connaissent beaucoup
plus que moi sur ce sujet, et c'est pour cela qu'ils sont
ici. Par contre, d'autres, dont les tâches sont différentes,
sont moins renseignés que moi, et c'est à eux que ces remarques
s'adressent. Souvenons-nous que nous aussi manifestons
du respect envers le caractère sacré de la vie. Certains
d'entre vous peuvent fort bien considérer ce natif de la
Terre comme quelque simple animal de laboratoire. Toutefois,
comme il nous l 'a prouvé, il possède également des sentiments
. Il possède l'intelligence, et - souvenez-vous bien
de ce que je vais vous dire - pour nous, à l'heure actuelle,
il est la créature la plus précieuse de ce monde. Certains
ont émis des doutes en nous demandant comment l'absorption
d'un maximum de connaissances par cette créature
pourrait bien contribuer à sauver le monde . . . La réponse
est simple : rien n'est garanti. »

« L'Amiral fit une pause. Je ne pouvais pas le voir, évidemment,
mais je pris pour acquis que les autres ressentaient
la tension qui m'envahissait. Il poursuivit : « Ce monde.
Nous savons qu'il est malade, mais nous ignorons pourquoi
et tentons de découvrir les raisons de cet état de
choses . Notre première tâche consiste à reconnaître l'existence
d'un état de malaise. Deuxièmement, nous devons
convaincre les humains qu'ils sont malades. Troisièmement,
nous devons provoquer chez eux le désir d'être guéris.
Quatrièmement, nous devons découvrir avec précision quelle
est la nature de leur maladie. Cinquièmement, nous devons
élaborer une méthode curative et, sixièmement, nous devons
persuader les humains de faire le nécessaire pour que
cette cure soit efficace. La maladie a quelque chose à voir
avec l'aura; nous n'avons pas découvert pourquoi, cependant.
Un autre viendra, mais il ne doit pas être de ce monde.
En effet, comment un aveugle pourrait-il voir les infirmités
de ses congénères alors qu'il est infirme lui-même? »
« Cette remarque provoqua chez moi une secousse assez
forte; en effet, elle me sembla contradictoire . J 'étais aveugle,
soit, mais l'on m'avait choisi pour accomplir cette tâche.
Mais non, non, en vérité cela ne devait pas se passer comme
cela. Je ne devais être que le réservoir d'un certain savoir,
d'un savoir qui permettrait à un autre de fonctionner suivant
un plan préétabli . Mais l'Amiral continuait:

« Lorsque nous l'aurons conditionné, lorsque nous en
aurons fini avec lui, nous amènerons notre indigène en un
endroit où il pourra vivre tranquillement jusqu'à un âge
(pour lui) très avancé. Il ne pourra pas mourir tant qu'il
n'aura pas transmis ses connaissances. Pour compenser tou-
tes ces années de cécité et de solitude, il possédera la paix
intérieure et la conviction profonde de faire beaucoup pour
ceux de son monde. Maintenant, nous allons entreprendre
une ultime vérification quant à l'état général de l'indigène,
puis nous commencerons . »

« Il y eut alors un remue-ménage considérable, mais
exempt de charivari . Je sentis que des gens allaient à droite
et à gauche. On empoigna ma table, on la souleva, on la
fit avancer. Je perçus le tintement du verre contre le métal,
qui m'était maintenant si familier. Le Chirurgien Général
s 'avança vers moi et chuchota : « Comment te sens-tu, maintenant?
»

« Je ne pouvais que difficilement dire comment je me
sentais ou bien à quel endroit je me trouvais. Par conséquent,
je répondis simplement : « Ce que je viens d'entendre
n'a rien qui puisse me remonter le moral. Mais dois-je continuer
à ne rien voir? Comment puis-je être témoin de
toutes ces merveilles si vous ne me rendez pas une fois
encore la vue? »

« Contente-toi de te détendre, me chuchota-t-il d'un air
apaisant, tout ira très bien . Tu pourras voir de la meilleure
manière possible lorsque le temps sera venu. »
« Il fit une pause, pendant laquelle quelqu'un laissa
tomber une remarque, puis reprit : « Je vais t'expliquer ce
qui va se passer. Nous allons ajuster à ta tête ce qui te
semblera un bonnet de fils métalliques. Cela te paraîtra
froid jusqu'à ce que tu t'y habitues. Ensuite, nous te passerons
aux pieds des choses semblables à des sandales, faites
de la même matière. Nous avons déjà des fils qui se rendent
jusqu'à tes bras . Tout d'abord, tu ressentiras un étrange
chatouillement, qui te causera fort probablement une sensation
d'inconfort; cela passera rapidement toutefois, et après
tu n'éprouveras plus de malaises physiques. Nous pouvons
t'assurer que nous prendrons à ton égard tous les soins nécessaires.
Cette expérience représente beaucoup de choses
pour nous tous, et nous tenons à ce qu'elle soit une réussite
totale; trop de facteurs sont en cause pour qu'elle se solde
par un échec. »

« Ouais . . . , dis-je en grommelant, mais c'est tout de
même moi qui risque le plus dans cette affaire. Je risque
tout bonnement ma vie ! »
« Le Chirurgien Général se leva et s 'éloigna de moi .
« Monsieur! dit-il d'un ton tout ce qu'il y a de plus officiel,
l'indigène a été examiné. Il est prêt maintenant. Nous demandons
la permission de commencer. »

« Permission accordée, répondit la voix grave de l'Amiral.
Commencez! » Il y eut comme un déclic et une exclamation
étouffée . Des mains se glissèrent sous mon cou et
me soulevèrent la tête. D'autres mains m'enfilèrent sur la
tête une sorte de sac tissé de fil métallique très souple, puis
le firent descendre sur mon visage. On chercha quelque
chose sous mon menton. J 'entendis comme trois étranges petits
claquements et le sac de métal fut étroitement ajusté à
ma tête et attaché autour de mon cou. Les mains se retirèrent,
mais, entretemps, d'autres mains s'affairaient à mes
pieds. On me les frotta avec une lotion graisseuse et nauséabonde,
puis on les glissa dans deux petits sacs métalliques.
Je n'avais pas l'habitude d'avoir ainsi les pieds emprisonnés
, et cela me gênait considérablement. Et pourtant je ne
pouvais rien y faire. Nous étions dans l'expectative et la
tension grandissait. »

[...]

Le vieillard eut un rire étouffé : « D'accord, mais, pour
l'instant, il faut dormir. » Le jeune homme l'aida à se mettre
debout et lui plaça une main sur la paroi. L'infirme se
dirigea en titubant vers l'arrière-chambre.

Le jeune moine s'allongea, creusa le sable afin d'y ménager
une dépression pour y glisser sa hanche. Pendant quelques
instants, il se mit à réfléchir à propos de tout ce qu'il
avait entendu. Etait-il vrai que les humains n'étaient que
des plantes? Qu'ils n'étaient que des sortes de cobayes?
Non, pensa-t-il, certains d'entre nous font de leur mieux
dans des circonstances très difficiles et les misères que nous
supportons n'ont d'autre but que de nous pousser à faire
encore mieux et à nous dépasser, car il y a toujours de la
place tout en haut de l'échelle! Sur cette bonne pensée, il
sombra dans un profond sommeil.
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LightInWay
Ecrit le: Mercredi 16 Novembre 2011 à 14h34 Posted since your last visit
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[...]

« Tout ceci représente plus de luxe que je
n'en ai jamais eu en soixante ans, s'exclama-t-il. Je pense
bien pouvoir être pardonné pour avoir absorbé quelque
chose de chaud après toutes ces années. Je n'ai jamais été
capable d'allumer un feu tout seul; j'ai essayé une seule
fois et j 'ai mis le feu à ma robe. Je porte encore quelques
cicatrices des brûlures que ces flammes laissèrent sur mon
corps, mais elles ont guéri. Enfin, c'est ce qu'on attrape
quand on essaie d'un peu trop s'écouter ! » Il soupira profondément
et avala son thé à petites gorgées .

[...]

Ils s'assirent
côte à côte, protégés des pires attaques des éléments par
le rocher en surplomb et par les affleurements du terrain .
Les nuages étaient toujours épais et nul oiseau ne chantait
ni ne donnait signe de vie.

« L'hiver sera très dur, s 'exclama le vieil ermite. Heureusement,
je n'aurai pas à le supporter. Lorsque je t'aurai
transmis tout mon savoir, la vie pourra me quitter et je serai
libre de partir vers les Champs Célestes où, de nouveau,
je serai capable de voir. » Pendant un instant, il médita en
silence tandis que le jeune moine observait la légère vapeur
qui se formait à la surface de l'eau, puis il poursuivit :
« C'est vraiment dur d'attendre toutes ces années dans
l'obscurité la plus totale, sans un homme que l 'on puisse
appeler un ami, dans un dénuement si complet que même
l'eau chaude semble être un luxe. Les années se sont écoulées
lentement et ma longue vie s 'est déroulée ici, dans cette
caverne; je ne me suis jamais rendu plus loin qu'à l'endroit
où je me trouve actuellement, près du feu. J 'ai vécu si longtemps
dans le silence que lorsque je parle, ma voix me fait
l'effet d'un croassement. Jusqu'à ta venue, je n'avais pas de
feu, pas de chaleur, pas de présence humaine pendant les
tempêtes, lorsque le tonnerre ébranlait les montagnes et que
les rochers dégringolaient des hauteurs en menaçant de
m'emmurer. »

[...]

« 0 Vénérable, demanda le jeune moine, n'avez-vous jamais
été jusqu'au lac? Ne vous êtes-vous jamais rendu jusqu'à
cette grande dalle de pierre qui se trouve à droite de
la caverne? »

« Non, répondit l'ermite. Depuis que les Hommes de
l'Espace m'ont emmené dans cette caverne, je ne suis jamais
allé plus loin que l'endroit où je suis assis présentement .
Pourquoi devrais-je m'éloigner? Je ne peux rien voir de ce
qui m 'entoure, je ne puis point me rendre au bord du lac en
toute sécurité, je crains de tomber à l'eau. Après avoir passé
de longues années dans l'obscurité de la caverne, j 'ai découvert
que les rayons du soleil me brûlaient la peau. Quand
je suis arrivé ici , j 'avais l'habitude de me rendre à tâtons
jusqu'à l'endroit où nous sommes afin de me réchauffer au
soleil, mais je ne suis guère sorti depuis de nombreuses
années.

Pendant quelques minutes, le vieil homme demeura silencieux.
Sans doute tentait-il de revivre en pensée ces
événements si lointains. « C'est vraiment bizarre, dit-il à
brûle-pourpoint, d'être assis ici comme le plus démuni d'entre
les démunis, comme quelqu'un qui ferait figure de pau-
vre parmi les pauvres et de penser aux merveilles dont j 'ai
été témoin. Je suis passé par beaucoup de choses, j'ai vu
beaucoup de choses et l'on m'a promis beaucoup de choses .
Le Gardien des Champs Célestes est presque prêt à m'accueillir.
fai toutefois appris une chose importante - et il faudrait
que tu t'en souviennes pour les années à venir -, et
cette chose, c'est que cette vie n'est que l'ombre de la vie .
Si nous faisons notre devoir dans cette vie-ci, nous nous
rendrons ensuite dans la vraie vie. Je le sais parce que je
l'ai vu . Mais continuons l'enseignement que je dois te
donner. Où en étais-je donc? »

Il hésita et s'arrêta un instant. Le jeune moine en profita
pour jeter du bois sur le feu, puis l'ermite se remit à
parler: « Oui, dans cette chambre taillée dans le roc, on
sentait la tension monter, et j 'étais certainement le plus tendu
de tous. Il y avait de bonnes raisons à cela, puisqu'on me
faisait courir tous les risques ! Finalement, lorsque la tension
eut atteint un point insupportable, l'Amiral lança sèchement
un ordre. Un technicien s'affaira près de ma tête et
j 'entendis soudain un déclic. En un instant, ce fut comme si
tous les tourments de l'Enfer avaient parcouru mon corps;
j 'eus l'impression que j 'enflais à un point tel que j'allais
éclater. Des éclairs semblèrent déchiqueter mon cerveau et
mes orbites vides me brûlèrent comme si l'on y avait placé
des charbons ardents. Il y eut une torsion intolérable , un
déchirement douloureux, aigu, et je me mis à tourbillonner
et à tournoyer dans ce que j'estimai être l'éternité tandis que
des explosions, une sensation d'écrasement et d'horribles
bruits m'accompagnaient.

« Je tombais de plus en plus bas, tournoyais et culbutais
cul par-dessus tête. Puis j'eus l'impression de me trouver
dans un long tube noir tapissé d'une matière laineuse et
adhésive, tandis qu'au sommet dudit tube on apercevait une
lueur incandescente d'un rouge sang. Les tournoiements
avaient pris fin et, maintenant, j 'entreprenais une lente ascension
vers la lueur. Quelquefois, je glissais en redescendant ;
parfois, je m'arrêtais, mais une pression terrible, inexorable,
me forçait à remonter. Finalement, après avoir atteint la
source de la lueur incandescente rouge sang, je ne pus plus
avancer. Il y avait une sorte de peau, de membrane, bref
quelque chose qui m'empêchait de passer. A moult reprises
je me sentis poussé contre cet obstacle; à moult reprises il
m'empêcha de poursuivre plus avant mon ascension. La douleur
et la terreur augmentaient. La douleur croissait en
vagues successives et une force surhumaine me précipitait
contre la barrière; il y eut un hurlement, un bruit de déchirement,
et je fus propulsé à grande vitesse à travers cet
obstacle qui se désintégra à mon passage.

« Je poursuivis mon ascension à pleine vitesse jusqu'à
ce que je perde plus ou moins conscience à la suite de ce
choc effrayant. J 'eus l'impression de descendre, puis de descendre
encore, bien que cette impression décrût au fur et à
mesure de ma chute. Dans mon cerveau, une Voix ne cessait
de résonner: « Lève-toi! Lève-toi ! " Une impression de
nausée s'empara de moi par vagues successives, mais il y
avait toujours cette Voix impérative qui m'exhortait: « Lèvetoi
! Lève-toi ! » Finalement, touchant le fond du désespoir,
je me forçai à ouvrir les yeux, trébuchai et me mis debout.

Mais . . . Non . . . Non . . . je n 'avais pas de corps ! Je
n'étais qu'un esprit désincarné libre d'errer où bon me semblait
dans le monde. Ce monde? Qu'est-ce que pouvait
bien être ce monde? Je jetai un regard circulaire et fus
saisi par la bizarrerie de ce qui me sautait aux yeux. Tout
était de travers dans les couleurs. L'herbe était rouge et les
rochers jaunes. Le ciel était d'une couleur verdâtre, et il y
avait deux soleils ! L'un d'eux était bleu blanc et l'autre
orangé. Et puis il y avait les ombres! Il n'existe pas de mots
pour décrire les ombres que projetaient les deux soleils.
Cependant, ce qu'il y avait de pire, c'est que l'on pouvait
voir les étoiles dans le . ciel. En plein jour! Ces étoiles
étaient de toutes les couleurs : rouge, bleu, vert, ambre et
même blanc. Ces étoiles n'étaient pas dispersées comme
celles que j 'avais l'habitude de contempler; le ciel était
aussi couvert d'étoiles que le sol est couvert de cailloux.
« De tt;ès loin on entendit du bruit, des sons. Malgré
tous les efforts d'imagination que je m'efforçais de déployer,
je ne pouvais qualifier ces sons de musique et pourtant . . .
il n'y avait aucun doute que ces sons fussent de la musique.
La Voix se fit entendre une fois de plus, froide, implacable
: « Bouge, déplace-toi et va vers où tu veux aller. » Je
me mis à penser que j 'aimerais bien flotter vers l'endroit
d'où émanaient les sons qui m'intriguaient tant - et je fus
là. Sur une pelouse de gazon rouge bordée d'arbres violets
et orangés, on pouvait voir un groupe de jeunes gens en train
de danser. Certains d'entre eux étaient drapés dans des
vêtements aux couleurs invraisemblables, tandis que d'autres
ne portaient rien et ne provoquaient aucun commentaire.
D'un côté, à l'écart, d'autres jeunes gens, assis sur des sièges
à pattes, faisaient de la musique sur des instruments que
j 'aurais énormément de mal à décrire. Le bruit qu'ils faisaient
dépasse également toute possibilité de description!
Ils semblaient jouer faux du début à la fin, et les harmonies
n'évoquaient en moi aucune résonance. « Va les retrouver »,
m'ordonna la Voix.

« Je réalisai soudainement que je flottais au-dessus d'eux.
Je concentrai ma volonté sur une parcelle de gazon qui
n'était pas occupée et m'imaginai m'y prélassant. Le gazon
était brûlant et je commençai à craindre pour mes pieds lorsque
je me rappelai que je n'étais rien d'autre qu'un esprit désincarné,
ce dont je pris rapidement conscience. Une jeune
femme entièrement nue se mit à courir après un jeune homme
vêtu de manière criarde et passa à travers mon « corps »
sans que personne ne s 'aperçoive de la moindre chose. La
jeune femme finit par attraper l'élu de son coeur et, bras
dessus bras dessous, le conduisit derrière un bosquet d 'arbres
violets dans le voisinage duquel on pouvait entendre de
nombreux cris de joie. Les musiciens improvisés continuè-
rent à émettre leurs notes discordantes et tout le monde semblait
extrêmement heureux.

« Je m'élevai malgré moi dans les airs et me sentis dirigé
tout comme un cerf-volant dont la ficelle serait retenue par
un enfant. Je m'élevai ainsi de plus en plus haut jusqu'à ce
que je discerne le miroitement de l'eau - mais était-ce
vraiment de l'eau? -, qui était de couleur lavande passée
avec des scintillements dorés sur la crête des vagues. J 'en
déduisis que l'expérience avait dû me tuer et que je me
trouvais dans les Limbes, dans le Pays des Gens Oubliés .
Nul monde ne pouvait avoir de telles couleurs ou receler
d'aussi étranges choses. « Non, reprenait l'inexorable voix
qui résonnait dans ma tête, l'expérience a pleinement réussi .
Maintenant, nous allons te commenter tout ce qui arrive,
afin que tu puisses être mieux renseigné. Il est vital pour
toi que tu comprennes tout ce que l'on te montrera. Fais
très attention. » Faire très attention! Je songeai lugubrement
que j 'aurais bien du mal à faire quelque chose d 'autre
. . .

« Je m'élevai plus haut, encore plus haut. De loin, j 'apercevais
dans le ciel le scintillement de lueurs flamboyantes
. Des Formes bizarres et effrayantes se dressaient tout
comme les Démons aux Portes de l'Enfer. Confusément, je
pouvais discerner des taches brillantes qui tombaient, s 'élevaient
puis se projetaient d'une Forme à l'autre. Tout autour,
il y avait de vastes routes qui s'éloignaient de celles-ci
tout comme les pétales d'une fleur divergent de son centre.
Tout ceci n'était pour moi que mystère. J 'étais incapable
de m'imaginer la nature de ce que je voyais et ne
pouvais que continuer à planer, émerveillé.

« Il y eut une secousse et je me retrouvai brutalement
en mouvement, mais avec une plus grande vitesse. L'altitude
diminua. Je me mis à descendre involontairement à un
point où je pus discerner des maisons individuelles émaillant
chacun des bords des routes en pétales de fleur. Chaque
maison me sembla au moins aussi grande que celles des
personnages les plus nobles de Lhassa et se trouvait située
au milieu d'un terrain de taille fort respectable. D'étranges
appareils métalliques traînaient dans les champs et accomplissaient
des choses que seul un fermier serait capable de
décrire; toutefois, lorsque je descendis un peu plus, je
découvris un très grand domaine qui consistait principalement
en une étendue d'eau peu profonde où l'on voyait des
bancs perforés sur lesquels se trouvaient de merveilleuses
plantes dont les racines traînaient dans l'eau. La beauté et
la taille de ces plantes étaient infiniment plus grandes que
toutes les qualités qui peuvent caractériser les plantes poussant
dans la terre. Médusé, je contemplai ces merveilles .

« Une fois de plus, je repris de la hauteur jusqu'à ce que
je pusse voir loin devant moi. Les Formes qui m'avaient
tellement intrigué de loin se trouvaient maintenant beaucoup
plus près, mais mon cerveau, complètement stupéfié,
ne parvenait pas à comprendre ce qu'il voyait. C'était trop
prodigieux, au-delà des limites de ce qui était incroyable.
Je n 'étais qu'un pauvre aborigène tibétain, un humble prêtre
dont les voyages s'étaient bornés à une courte visite de
Kalimpong. Et pourtant, ici, devant mes yeux incrédules
- mais avais-je des yeux? - s'étalait une grande ville, une
ville fabuleuse. D 'immenses flèches d'une hauteur de quelque
six cents mètres montaient à l'assaut du ciel. Chacune
de ces flèches - des tours, en fait - était ceinturée d'une
sorte de balcon en spirale. De fines routes qui semblaient
se soutenir toutes seules dans les airs partaient de ces
balcons et se rejoignaient d'une tour à l'autre en un réseau
plus complexe que celui des toiles d'araignées. Sur ces
routes, on apercevait une circulation très rapide. En haut
et en bas voltigeaient des oiseaux mécaniques chargés de
gens. Ces appareils s'évitaient avec une adresse qui me
remplissait d'une admiration sans borne. L'un de ces
oiseaux mécaniques se dirigea vers moi. J 'aperçus à l'avant
un homme qui semblait me fixer sans me voir. Tout mon
être se contracta à l'idée de la collision imminente qui ne
manquerait pas de se produire, et pourtant l'étrange appareil
poursuivit sa course et me transperça sans que je ressente
le moindre mal. Ah ! oui . . . Je me souvins . . . j 'étais
maintenant un corps désincarné et souhaitais que quelqu'un
m'eût rappelé que je ressentais toutes les émotions, et surtout
la peur qu'un corps normal eût éprouvée en semblables
circonstances .

« Je musardais entre ces tours e t planais au-dessus des
routes aériennes lorsque je découvris d'autres merveilles .
A certains des étages supérieurs de ces constructions se
trouvaient de fabuleux jardins suspendus, d'incroyables terrains
de jeu réservés de toute évidence aux nobles. Cependant,
les couleurs étaient à l'envers. Les gens étaient à
l'envers. Certains d'entre eux étaient de vrais géants; d'autres
des nains. Certains d'entre eux étaient indiscutablement
humains; d'autres ne l'étaient pas . Par contre, certaines
créatures constituaient un curieux mélange qui se situait
entre l'homme et l'oiseau : bien que leur corps eût apparence
humaine, leur tête possédait indubitablement certaines
caractéristiques de la gent ailée. Certains étaient blancs,
d'autres noirs, rouges ou verts. Ils étaient de couleur unie,
sans ton dégradé, sans nuance. Des couleurs que l'on
pourrait qualifier sans contredit de primaires. Certains possédaient
quatre doigts et un pouce à chaque main, d'autres
neuf doigts et deux pouces. Dans un autre groupe, je remarquai
que certaines créatures avaient trois doigts; des
cornes sortaient de leurs tempes et elles avaient . . . une
queue! C 'en était trop pour mes nerfs, et, à cette vue, je
fis un effort de volonté et me mis à m'élever à toute vitesse.

« Ayant pris de l'altitude, je pus remarquer que la ville
couvrait un immense territoire qui s'étendait jusqu'à la limite
de mon champ de vision; toutefois, très loin, je perçus
une clairière où il n'y avait pas de bâtiments . A cet endroit,
le trafic aérien était intense. Des points lumineux
- c'est du moins ce à quoi cela ressemblait - s'élevaient
à une vitesse incroyable sur un plan horizontal. Je décou
vris que je dérivais doucement vers cet endroit. Tandis que
j 'approchais, je remarquai que tout cet espace semblait être
du verre à la surface duquel se trouvaient d'étranges vaisseaux
de métal. Certains de ces derniers étaient de forme
sphérique et semblaient, d'après la direction qu'ils prenaient,
se diriger vers les confins de ce monde. D'autres, qui ressemblaient
à deux bols de métal mis bord à bord, paraissaient
également destinés aux voyages au-delà de cette planète.
D'autres vaisseaux, enfin, ressemblaient à des lances,
et je remarquai qu'après s'être élevés à une hauteur prédéterminée,
ils se plaçaient en position horizontale et se
dirigeaient vers une destination inconnue, probablement située
à la surface de la planète. Il y avait une agitation
extraordinaire, et j 'avais du mal à croire que tant de gens
pussent vivre dans la même ville. Je pensai alors que tous
les habitants de ce monde devaient se trouver réunis ici .
Mais où étais-je donc? Je sentis la panique me gagner.

« La Voix me répondit en me disant : « Tu dois comprendre
que la Terre est un bien petit endroit, que la Terre
est comme l 'un des plus petits grains de sable sur les rives
de la Rivière Heureuse. Les autres mondes de l'Univers
dans lequel votre Terre se trouve sont aussi nombreux que
les grains de sable, les pierres et les rochers qui bordent la
Rivière Heureuse. Mais ceci n 'est qu'un seul Univers . Il
existe d'autres Univers en nombre incalculable, tout comme
il existe des brins d'herbe en nombre incalculable. Le
Temps, tel qu'il se déroule sur la Terre, n'est qu'un éclair
dans la conscience du temps cosmique. Les distances sur
la Terre sont de peu d'importance; elles sont insignifiantes,
elles n'existent pas lorsqu'on les compare aux distances spatiales.
Tu te trouves actuellement dans un monde situé dans
un Univers extrêmement différent des autres, un Univers si
éloigné de la Terre que tu connais que cela dépasserait ton
entendement. Le temps viendra où les grands savants de
ton monde devront admettre qu'il existe d'autres mondes
habités et que la Terre n'est point - comme ils semblent
actuellement le croire - le centre de la création. Tu te
trouves présentement sur la planète principale d'un groupe
de mondes qui en compte un millier. Chacun de ces mondes
est habité et doit allégeance au Maître du monde sur
lequel tu évolues actuellement. Chaque monde possède son
propre gouvernement, mais tous vivent selon la même ligne
de conduite, une ligne de conduite qui vise à supprimer les
pires injustices sous l'empire desquelles vivent bien des gens,
une ligne de conduite dont le but est d'améliorer les conditions
d'existence de tout ce qui vit. »

« Dans chaque monde réside une sorte différente de
personnes. Certaines sont petites, comme tu as pu le constater;
certaines sont grandes, comme tu as pu également t'en
rendre compte. Selon vos critères, nombre de ces personnes
peuvent vous sembler grotesques ou fantastiques , tandis que
d'autres vous paraîtront très belles, voire angéliques. On
ne devrait jamais se fier aux apparences, car leurs intentions
sont uniformément bonnes. Ces gens doivent se
soumettre au Maître du monde sur lequel tu te trouves à
cet instant. Il serait inutile de surcharger ton intelligence
en te fournissant des noms, parce que ces noms n'auraient
aucune signification dans ta propre langue; ils ne te permettraient
pas de mieux comprendre tout cela et, en fait,
ne serviraient qu'à t'embrouiller. Ces gens, je l 'ai dit, doivent
donc se soumettre au Grand Maître de ce monde, un
Maître qui ne nourrit aucune ambition territoriale, un Maître
dont le seul intérêt est de préserver la paix, de manière
que tout Homme, quelles que soient sa forme, sa taille ou
sa couleur, puisse vivre les jours qu'il doit vivre en se
consacrant au bien au lieu de se vouer à la destruction,
ce qui ne manque pas de survenir lorsque quelqu'un doit se
défendre. Ici, on ne trouve pas de grandes armées ou de
hordes guerrières. Il y a des savants, des marchands et,
bien sûr, des prêtres, mais il y a également des explorateurs
qui se rendent aux confins des mondes éloignés, afin d'augmenter
le nombre de ceux qui adhèrent à cette puissante
fraternité. On ne force personne à s'y affilier. Ceux qui
entrent dans les rangs de cette fédération le font après en
avoir fait la demande et seulement lorsqu'ils ont détruit
leurs armes.

« Le monde dans lequel tu te trouves maintenant constitue
le centre de cet Univers spécifique. Il s'agit d'un centre
de culture, d'un centre de savoir; il n'en existe pas de
plus grand. On a découvert et mis au point une nouvelle
façon de voyager. Ici encore, expliquer ces méthodes ne
ferait qu'épuiser toutes les possibilités mentales des savants
de la Terre, qui n'ont pas encore atteint le stade où ils
pourront élaborer leurs concepts en quatre et cinq dimensions;
une discussion sur le sujet serait absolument incompréhensible
pour eux tant qu'ils ne se seront pas débarrassés
de toutes les croyances dont ils sont prisonniers depuis
si longtemps.

« Les scènes que tu vois se déroulent dans le monde
directeur tel qu'il existe à l'heure actuelle. Nous voulons
que tu voyages à sa surface afin que tu puisses voir sa
puissante civilisation, une civilisation tellement avancée,
tellement glorieuse que tu pourras fort bien éprouver des
difficultés à la comprendre. Les couleurs que tu vois ici
sont différentes de celles auxquelles tu es habitué sur la
Terre, mais il ne faut pas oublier que la Terre n'est point
le lieu géométrique de toute civilisation. Les couleurs diffèrent
dans chaque monde et dépendent des circonstances
et des besoins prépondérants de chacun de ces univers . Tu
regarderas ce monde, et ma voix t'accompagnera. Quand
tu l 'auras suffisamment contemplé, lorsque sa grandeur te
sera devenue évidente, tu voyageras dans le passé. Tu
verras comment on découvre les mondes, comment ils naissent
et comment nous essayons d'aider ceux qui acceptent
de s'aider eux-mêmes . Souviens-toi toujours de ceci : nous,
les hommes de l'espace, ne sommes point parfaits, car la
perfection ne peut exister tant que l'on se trouve dans l'état
matériel dans n'importe quelle partie de n'importe quel
univers; toutefois, nous essayons et tentons de faire pour le
mieux. Tu conviendras que dans le passé il s'est trouvé
des êtres qui furent très bons; d'un autre côté, nous consta-
tons avec tristesse que quelques autres furent très mauvais.
Mais nous n'avons aucunement le désir de posséder votre
monde, la Terre. Plutôt, nous préférerions que vous mettiez
votre planète en valeur, que vous y viviez. Cependant,
il est de notre devoir de nous assurer que les oeuvres de
l 'Homme ne polluent point l'espace et ne mettent point en
danger les autres mondes. Maintenant, nous allons te montrer
autre chose à propos de ce monde directeur. »

« Je me mis à méditer ces mots, dit le vieil ermite. Je
me mis à réfléchir profondément sur le message de malheur
qui se cachait derrière ces remarques, parce qu'il me semblait
que toutes ces belles paroles à propos d'un amour
universel dissimulaient quelque feinte. Mon propre cas,
pensai-je alors, était l'un de ceux qui démontraient la fausseté
de ce raisonnement. J 'étais là, moi, celui qu'on prétendait
être un pauvre indigène ignorant venant d'un pays
misérable, aride, sous-développé; moi que l'on avait capturé
absolument contre mon désir, que l'on avait opéré et, si je ne
fais point erreur, catapulté hors de son corps terrestre. Oui ,
j 'étais là . . . Mais où? Toutes ces paroles à propos du
bien de l'humanité me paraissaient plutôt creuses . . .

« La Voix vint perturber ces pensées contradictoires en
me disant: « Moine, nos instruments nous rapportent tes
pensées d'une manière auditive, et tes pensées sont loin
d'être convenables. Ce sont tes pensées qui sont véritablement
aberrantes. Nous sommes les Jardiniers et un jardinier
doit enlever le bois mort, doit arracher les mauvaises herbes.
Lorsqu'il existe un meilleur bourgeon, quelquefois le
jardinier doit enlever ledit bourgeon de la plante mère et
le greffer ailleurs, où il se développera sous la forme d'une
nouvelle espèce ou encore croîtra de façon plus favorable
dans le cadre de sa propre espèce. Selon tes conceptions,
nous t'avons relativement maltraité. Selon nos croyances,
tu es en train de jouir d'un honneur insigne, d'un honneur
réservé à infiniment peu de personnes appartenant aux espèces
mondiales. » La Voix hésita, puis poursuivit : « Notre
histoire remonte à des billions d'années terrestres, à des
billions et des billions d'années, mais supposons un seul
instant que toute la vie de la planète que vous appelez Terre
puisse être représentée par la hauteur du Potala. En tel
cas, l 'existence de l'espèce humaine sur la Terre pourrait
être comparée à une seule couche de peinture sur le plafond
de l'une des pièces de ce palais. Ainsi en est-il. Comme tu
peux le voir, l'Homme est tellement nouveau sur la Terre
que nul être humain n'a même le droit d'essayer de juger
nos actes.

« Plus tard, vos propres savants découvriront que leurs
propres lois mathématiques des probabilités indiquent clairement
l'existence d'êtres extra-terrestres. Leur science leur
indiquera également que, pour obtenir véritablement la preuve
de l 'existence d'extra-terrestres, il faudra qu'ils regardent
au-delà des confins les plus éloignés de cette île qu'est
leur univers, jusque dans des univers au-delà de celui où
votre monde se trouve. Toutefois, ce n'est point le moment
ni l'endroit pour entreprendre une discussion de cette nature.
Contente-toi d'enregistrer notre parole : le travail que
tu fais est une tâche qui a pour but le bien, et nous sommes
excellents juges en cette matière. Tu te demandes où
tu te trouves, et je te répondrai que ton esprit s'est désincarné,
s'est temporairement détaché de ton corps, qu'il a
voyagé jusqu'aux confins de votre propre univers et qu'il
s'est dirigé vers le centre d'un autre univers, vers la ville
la plus importante de la planète directrice. Nous avons
beaucoup de choses à te montrer, et ton voyage , tes expériences
ne font que commencer. Néanmoins, tu peux être
assuré que ce que tu vois est vraiment ce monde, tel qu'il
se trouve actuellement, parce que, dans l'esprit, le temps et
les distances n'ont aucune signification.

« Maintenant, nous désirons que tu regardes autour de
toi afin de te familiariser avec le monde dans lequel tu te
trouves présentement, de manière que tu puisses plus facilement
croire tes sens lorsque nous entreprendrons des choses
plus importantes. En effet, bientôt, nous t'enverrons
dans le passé par l'intermédiaire des Documents Akashi-
ques grâce auxquels tu pourras voir la naissance de ta propre
planète, la Terre. »
« La Voix s'arrêta de parler », dit le vieil ermite, qui
fit une pause de quelques instants tandis qu'il prenait une
petite gorgée de son thé maintenant refroidi. Pensivement,
il posa son écuelle près de lui, arrangea sa robe et joignit
les mains. Le jeune moine se leva, alla mettre du bois sur
le feu, remonta la couverture sur les épaules de l'Ancien.

« Où en étais-je? reprit le vieillard. Ah ! oui, je te
disais que je me trouvais dans un véritable état de panique;
oui, d'intense panique. Et tandis que je me balançais là,
au-dessus de cette immensité, je découvris soudainement
que j 'étais en train de tomber. Je me voyais en train de
passer devant différents niveaux de ces ponts qui reliaient
les grandes tours entre elles; je me retrouvais en train de
tomber vers ce qui me semblait être un parc très agréable
surélevé sur une plate-forme, ou du moins ce qui me sembla
en être une. Il y avait de l'herbe rouge, et, à ma grande
surprise, d'un côté, je découvris de l'herbe verte. Dans
l'herbe rouge, il y avait un lac dont l 'eau était bleue, et
dans l'herbe verte, un autre lac dont l'eau était de couleur
héliotrope. Autour de ces deux plans d'eau se trouvaient
réunis un assortiment de gens des plus variés. Déjà, je
commençais à savoir distinguer quelque peu quels étaient
les habitants de ce monde-ci et quels étaient les visiteurs
d'autres planètes. Il y avait quelque chose de subtil dans
le maintien et le comportement des natifs de cette planète.
Ils semblaient appartenir à des espèces supérieures et paraissaient
pleinement conscients de leur rang.

« Près des lacs, on pouvait voir des créatures qui semblaient
posséder une très grande virilité, tandis que d'autres
étaient indiscutablement féminines. Un troisième groupe
paraissait, de toute évidence, composé de créatures hermaphrodites.
Je remarquai avec intérêt que tous les gens qui
se trouvaient là étaient complètement nus à l'exception des
femmes, qui portaient quelque chose dans leurs cheveux.
Je parvenais mal à distinguer de quoi il s'agissait, mais cela
ressemblait à quelque ornement métallique. Je m'éloignai
de cet endroit par un effort de volonté, car certains des
divertissements auxquels s'adonnaient ces personnes toutes
nues ne me plaisaient guère, moi qui dès mon plus jeune
âge avais été élevé dans une lamaserie, dans un milieu composé
exclusivement d'hommes. Je ne comprenais que confusément
la signification de certains des gestes auxquels les
femmes se livraient. Je m'élevai par ma propre volonté et
m'éloignai.
« Je parcourus à toute vitesse le reste de la ville et
parvins à ses limites, là où les habitations se faisaient rares.
Tous les champs et les plantations étaient cultivés de façon
merveilleuse et je remarquai qu'une foule de grands domaines
étaient réservés à la culture hydroponique. Mais tout
ça n 'a que peu d'intérêt pour les personnes étrangères à
l'agronomie .

« Je m'élevai plus haut et, tandis que je cherchais un
objectif vers lequel je pusse me diriger, je vis un merveilleux
océan de couleur safran. De grands rochers bordaient
la côte; des rochers jaunes, des rochers violets, des
rochers de toutes sortes de teintes, de toutes sortes de
nuances, mais la mer elle-même était safran. Je ne comprenais
pas cela, car peu de temps auparavant l'eau semblait
d'une autre couleur. Je compris la raison de cet état de
choses en regardant en l'air : l'un des soleils s'était couché
tandis que l 'autre se levait, ce qui faisait maintenant trois
soleils ! Et avec l'ascension du troisième soleil et le coucher
d 'un autre de ces astres, les couleurs variaient. La teinte
même de l'air semblait se modifier. Mon regard stupéfié
contemplait l'herbe qui changeait de couleur. De rouge
qu'elle était, elle virait au violet; de violet, elle virait au
jaune; la mer elle-même changeait graduellement de couleur.
Cela me rappelait comment, à la chute du jour, lorsque
le soleil se couchait derrière les pics de l'Himalaya, les
couleurs changeaient quelquefois ; comment, dans les vallées,
la lumière crue de la journée était remplacée par un
crépuscule violacé, et comment les neiges éternelles per-
daient leur blancheur virginale et paraissaient bleues ou
pourpres. Tandis que je contemplais ce phénomène, je
n'avais aucun mal à le comprendre. Je soupçonnai que
les couleurs évoluaient constamment sur cette planète.

« Cependant, je n'avais aucune envie de voyager audessus
de l'eau, car je n'en avais jamais vu une telle étendue.
J 'avais une peur instinctive de l'onde et craignais que
quelque malheur survienne si jamais je devais y choir. Je
dirigeai par conséquent mes pensées vers la côte, vers la
terre ferme. Sur ce, mon esprit 'désincarné fit demi-tour et
suivit rapidement pendant quelques milles une côte rocheuse
et des régions de culture émaillées de petites exploitations
agricoles. Soudainement, avec une indicible satisfaction, je
découvris que je me trouvais au-dessus d'un terrain qui
m'était en quelque sorte familier et qui me rappelait des
landes. J 'amorçai une descente au ras du sol et vis de près
les petites plantes qui croissaient en bouquets à la surface
de cette planète. Avec la lumière changeante du soleil, elles
avaient l'apparence de petites fleurs violettes avec des tiges
brunes ressemblant à de la bruyère. Plus loin, il y avait un
banc de plantes qui, sous cet éclairage, ressemblaient à des
ajoncs, à des ajoncs jaunes; cependant, ici, cette plante
n'avait pas d'épines.
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LightInWay
Ecrit le: Mercredi 16 Novembre 2011 à 21h23 Posted since your last visit
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« Je m'élevai de quelques centaines de mètres et me
laissai dériver au-dessus de la région la plus charmante que
j'aie vue dans cet étrange monde. Pour ces gens, il n'y avait
aucun doute que cette région fût particulièrement désolée.
Point de traces d'habitations ou de routes. Dans un vallon
agréablement boisé, je découvris un petit lac; un ruisselet
tombant d'une haute falaise l 'alimentait. Je m'attardai quelque
peu, surveillant les ombres mouvantes et leurs pinceaux
lumineux multicolores transperçant les frondaisons qui se
trouvaient au-dessus de ma tête.

« Mais il y avait cette impulsion perpétuelle qui me forçait
à poursuivre mon périple. J 'avais l'impression de ne pas me
trouver là pour m'amuser, pour mon plaisir, mon divertissement,
mais afin que d'autres personnes puissent voir par
mon intermédiaire. Une fois de plus, je me sentis soulevé,
projeté haut dans les airs et aiguillonné jusqu'à atteindre
une très grande vitesse. Le paysage défilait, brouillé, sous
ma personne; j 'apercevais une terre, un large cours d 'eau,
une autre parcelle de terrain et, une fois de plus, la mer.
Je fus propulsé contre ma volonté au-dessus des flots jusqu'à
ce que j'atteignisse ce qui de toute évidence paraissait
être une autre terre, un autre pays. Là, les villes étaient
plus petites, mais vastes malgré tout. Accoutumé comme
je l'étais maintenant, leurs dimensions me paraissaient modestes,
bien qu'elles fussent de beaucoup supérieures à celles
de toutes les villes que je pouvais espérer voir sur la Terre
que j 'avais récemment quittée.

« Le mouvement qui m'animait se trouva freiné d'une
façon plutôt brutale et je me retrouvai soudainement pris
comme dans un tourbillon, une spirale. Je regardai en bas.
Sous moi se trouvait le plus merveilleux domaine que l'on
puisse imaginer. Au milieu des bois on pouvait voir ce qui
semblait être un ancien château. Ce dernier se trouvait dans
un excellent état, et je m'émerveillais en contemplant ses
tours et ses remparts qui n'étaient certainement d'aucune
utilité dans une telle civilisation. Pendant que je réfléchissais,
la Voix interrompit mes songes : « C'est la résidence du
Maître; un lieu très ancien, l'un des plus vénérables édifices
de ce vieux monde. C'est un sanctuaire où se rendent tous
ceux qui aiment la paix. Ils se tiennent à l'extérieur des
murs où ils peuvent adresser leurs remerciements en méditant
sur la paix, sur cette paix qui enveloppe tout ce
qui vit sous la lumière de cet empire; une lumière jamais
interrompue par l'obscurité, car ici il y a cinq soleils et les
ténèbres sont inconnues. Notre métabolisme est d'ailleurs
différent de celui des êtres de votre monde. Nous n'avons
pas besoin des heures d'obscurité pour dormir convenablement.
Nous présentons des caractéristiques différentes des
vôtres . »

« Je n'étais qu'un esprit désincarné descendant en spirale
vers le grand château où résidait le Maître de ce Monde
Suprême, commença le vieil ermite. J 'avais hâte de voir
quel genre d'homme pouvait bien inspirer respect et amour
à l'un des mondes les plus fabuleux qui puissent exister. Je
brûlais du désir de savoir quel genre d'homme - et de
femme - pouvaient ainsi survivre à travers les siècles : le
Maître et son Epouse. Mais il ne devait pas en être ainsi.
Je fus secoué tel un cerf-volant sur la ficelle duquel tire le
petit garçon. Je fus secoué, puis tiré en arrière. « Ce terrain
est sacré, me dit la Voix avec une froide austérité. Il
n'est pas pour les indigènes ignorants. Tu as d'autres
choses à voir. » C'est alors que je me sentis remorqué sur
plusieurs lieues. On me retourna, puis on me plaça sur une
route différente.

« En bas, les caractéristiques de ce monde se firent
moins variées et les villes me parurent aussi semblables
les unes aux autres que les grains de sable sur la berge
d'une rivière. Je m'élevai en l'air, puis hors de l'atmosphère
de la planète, là où l'air n'existe plus. Finalement, dans
mon champ de vision apparut une structure telle que je n'en
avais jamais vu et dont l 'utilité m'échappait complètement.
Là, dans le vide interstellaire où je n'aurais pu survivre,
eussé-je été un esprit désincarné, flottait une ville de métal
suspendue grâce à quelque mystérieux principe au-delà de
toutes mes capacités de compréhension. Tandis que j 'approchais,
les détails en devinrent plus apparents. Je remarquai
que la ville reposait sur une base de métal et que sa
partie supérieure était recouverte d'une substance plus
translucide que le verre, mais qui n'en était point. Sous
cette chape transparente, je pouvais voir des gens se promener
dans les rues de la ville, une ville plus grande que
Lhassa.

« Certains des édifices arboraient d'étranges protubérances,
et c'est vers l'un des bâtiments les plus importants
que je me sentis poussé. « Voici un grand observatoire, me
dit la Voix qui résonnait dans ma tête, un observatoire
d'où nous avons pu voir la naissance de votre monde, non
point grâce à des moyens optiques, mais par le truchement
de rayons spéciaux dont le principe dépasserait ton entendement.
D 'ici à quelques années, les gens de ton monde
découvriront la science de la radio. Même lorsqu'elle sera
parvenue au sommet de son développement, la radio, comparée
à la capacité cérébrale du plus intelligent des humains,
ressemblera au potentiel mental d'un vermisseau. Le procédé
que nous utilisons ici se situe encore bien au-delà de
toutes ces choses. Ici, nous sondons les secrets des univers;
nous surveillons la surface de lointaines planètes aussi facilement
que tu contemples la surface de ce satellite. Et nulle
distance, si grande qu'elle soit, ne constitue pour nous une
quelconque barrière. Nous pouvons regarder dans les temples,
les salles de jeu, les maisons.

« Tandis que j'approchais, je me mis à craindre pour ma
sécurité en voyant ce barrage translucide s'étaler devant
moi. J 'eus peur de le fracasser et de me faire lacérer;
toutefois, avant que la panique ne me saisisse, je me souvins
que j'appartenais dorénavant au monde de ces esprits
pour lesquels les murs les plus épais n'étaient pas plus
difficiles à traverser que des ombres. Lentement, je me mis
à sombrer dans cette substance semblable à du verre et
parvins à la surface d'un monde que la Voix avait désigné
par le mot « satellite ». Pendant quelque temps, je dérivai
çà et là, m'efforçant de mettre au clair les pensées contradictoires
qui m'assaillaient. Pour moi, qu'on avait qualifié
d'« ignorant indigène venant d'un pays sous-développé
appartenant à un monde barbare », il s'agissait d'une
épreuve particulièrement difficile à surmonter, surtout si l'on
tenait à garder sa raison intacte.

« Lentement, tout comme un nuage dérivant aux flancs
d'une montagne, tout comme un rayon de lune caressant silencieusement
l'onde d'un lac, je me mis à glisser de côté
et dus mettre un terme aux mouvements inutiles auxquels je
m'étais précédemment laissé aller. Au cours de ce glissement,
je me sentis comme filtré à travers d'étranges murs
composés d'une matière que je ne connaissais absolument
pas. Malgré le fait que je fusse un esprit, je ressentais tout
de même une certaine opposition à mon passage, je ressentais
un chatouillement dans tout mon être et, pendant un
certain temps, la sensation de me trouver enlisé dans quelque
fondrière particulièrement bourbeuse. Je parvins à
m'extirper de cette substance paralysante grâce à un curieux
mouvement de torsion qui sembla déchiqueter chaque fibre
de mon être. Pendant tout ceci, j'eus la nette impression
que la Voix disait: « Il est passé! Pendant un instant, j 'ai
pensé qu'il n'y parviendrait jamais. »

« Maintenant, j 'avais traversé le mur et je me trouvais
dans une immense enceinte recouverte, d'une ampleur trop
considérable pour qu'on en diminue l'importance en la qualifiant
de chambre. On pouvait y voir des machines et des
appareils particulièrement fantastiques. Des installations intégralement
au-delà de mon entendement. Et pourtant les
choses les plus bizarres étaient de loin les habitants de
cette enceinte. Des humanoïdes extrêmement petits s'affairaient
et se servaient de ce que je devinais confusément être
des instruments, tandis que des géants déplaçaient de lourds
fardeaux d'un endroit à l'autre et faisaient tout le travail
manuel pour ceux qui étaient trop malingres . « Ici, déclara
la Voix dans mon cerveau, nous appliquons un système
extrêmement compliqué. Les petites personnes font tous
les ajustements de nature délicate, tandis que celles de grande
taille s'occupent à des tâches plus en rapport avec leur
force et leur stature. Maintenant, avance. » Cette force
irrésistible me propulsa une fois de plus jusqu'à ce que je
heurte puis traverse avec succès une autre barrière qui
s'opposait à ma progression. Cet obstacle était encore plus
difficile à pénétrer puis à franchir que le précédent .

« Ce mur, me dit la Voix, est la Barrière de la Mort.
Personne n'y peut entrer ou en sortir tant qu'il se trouve à
l'état charnel. Ici, nous observons tous les mondes et
détectons immédiatement tout préparatif de guerre. Regarde
! » Je jetai un regard circulaire. Pendant quelques
instants, ce qui se déroulait devant mes yeux n'avait aucun
sens. Puis je parvins à rassembler mes facultés et à me
ressaisir. Les murs qui m'entouraient étaient divisés en
rectangles d'environ deux mètres de long sur un mètre
cinquante de large. Chacun de ces rectangles contenait une
image vivante sous laquelle se trouvaient des caractères que
je supposais appartenir à quelque écriture. Ces images
étaient simplement extraordinaires. L'une d'entre elles représentait
un monde tel qu'on pourrait le voir de l'espace.
Ce monde était bleu vert et constellé d'étranges taches blan-
ches. A ma profonde stupéfaction, je me rendis compte qu'il
s'agissait de mon propre monde, du monde où j 'avais vu le
jour. Une modification se produisit dans une image adjacente
et retint toute mon attention. Tandis que je fixais cette image,
je ressentis une désagréable impression de chute et réalisai
que j 'étais en train de regarder une image de mon propre
monde comme si j 'allais m'abîmer sur sa surface.

« Les nuages se dispersèrent et je vis l'entière configuration
de l'Inde et du Tibet. Personne ne m'avait dit quoi
que ce soit. Je le savais d'instinct. L'image devint de
plus en plus grande. Je vis Lhassa. Je vis les Hautes Terres
et le cratère du volcan de . . . « Mais tu n'es pas là pour voir
cela! s'exclama soudainement la Voix. Regarde ailleurs ! »
Je regardai à côté et m'émerveillai devant ce nouveau spectacle.
Là, sur cette image, apparaissait l'intérieur d'une
chambre du Conseil. Des individus à l'apparence imposante
étaient en pleine discussion. On élevait la voix et on levait
les mains. On jetait des papiers partout, sans souci des
apparences. Sur une estrade surmontée d'un dais, un homme
au visage cramoisi parlait de façon frénétique. Des applaudissements
et des motions de censure fusaient de toutes
parts en quantités à peu près égales pour ponctuer ses
remarques . Tout ceci me faisait penser à une réunion des
Seigneurs Abbés !

« De quelque côté qu10n se retournât, on voyait partout
ces images vivantes. Partout d'étranges scènes se déroulaient,
dont certaines dans des couleurs absolument impossibles
à décrire. Mon corps se déplaça et entra dans une autre
pièce. Ici, on apercevait des images de curieux objets
métalliques se déplaçant dans l'obscurité spatiale. Le mot
obscurité n'est pas tout à fait exact, car là l'espace était
constellé de petits points lumineux de couleurs diverses.
Un grand nombre de ces couleurs m'étaient absolument
inconnues. « Ce sont des navires spatiaux en déplacement,
me dit la Voix. D 'ailleurs, nous suivons de très près leur
circulation. » A ma grande surprise, la figure d'un homme
apparut soudainement sur l'une des parties du mur. Bien
qu'il parlât, je ne pus saisir le sens de ses paroles. Il
hochait la tête et faisait des gestes comme s'il s'entretenait
face à face avec quelque autre personne. La figure s'estompa
dans un sourire, sur un geste d'adieu, et l'encadrement
du mur redevint une fois de plus d'un doux gris lustré.

« Immédiatement, l'apparition fut remplacée par un paysage
tel qu'un oiseau volant à haute altitude pourrait le voir.
Il s'agissait d'une image du monde que je venais tout juste
de quitter, du Monde qui était le centre de ce vaste empire.
J'avais une vue plongeante sur cette grande ville, la
voyais dans toute sa réalité et contemplais son immense
étendue. L'image bougea très rapidement, si bien qu'une
fois de plus je pus admirer le panorama du district dans
lequel se trouvait le Maître de cette grande civilisation. Je
vis les grands murs ainsi que les jardins étranges et exotiques
dans lesquels s'élevaient les bâtiments. Je remarquai
également un très beau lac au centre duquel il y avait
une île. Mais l'image remuait, se promenait çà et là, balayait
le paysage comme le fait l'oiseau lorsqu'il cherche une proie.
L'image s'immobilisa, prit de l'ampleur et se fixa sur un
objet en métal qui décrivait doucement des cercles tout en
se dirigeant vers le sol . L'apparition grandit à un point tel que,
bientôt, on ne put voir exclusivement que l'objet métallique.
La figure d'un homme apparut. Il parlait et répondait à des
questions inconnues. Il y eut une série de salutations et
l'image disparut.

« Je me remis en mouvement contre mon gré. Toujours
manipulé mentalement, je quittai cette chambre étrange
pour entrer dans une pièce non moins bizarre. Là, sur neuf
de ces écrans à images, on pouvait voir neuf vieillards.
Pendant un instant, complètement stupéfié, je me mis à les
regarder fixement, puis fus pris d'un rire hystérique que
j 'eus beaucoup de mal à réprimer. Neuf vieillards. Tous
barbus, se ressemblant tous et arborant un air des plus grates.
Dans mon pauvre cerveau, la Voix éclata pleine de
désapprobation : « Silence! Homme sacrilège! Tu as l 'honneur
de contempler les Sages qui contrôlent ta destinée. Silence!
dis-je, et fais preuve de respect ! » Bien qu'ils fussent
conscients de ma présence, les Sages ne firent point attention
à tout cela, car, sur l'un des écrans, on pouvait voir
mon image, tout hérissée de tubes et de fils, telle qu'elle
devait se présenter à un observateur terrestre. Toutefois,
une autre image me montrait en ces lieux! Il s'agissait d'une
expérience des plus effrayantes.

« Ici, reprit la Voix d'un ton monocorde, se trouvent
les Sages qui ont demandé à te voir. Ce sont nos hommes
les plus omniscients qui, depuis des siècles, se consacrent au
bien des autres. Ils travaillent sous la direction personnelle
du Maître, qui est encore plus âgé qu'eux. Notre but est de
sauver votre univers, de le sauver de la terrible pollution qui
suit une guerre nuc . . . Mais peu importe, il s'agit d'expressions
sans signification pour toi, de termes que ton
monde n 'a pas encore inventés. Ce dernier est en passe de
subir des changements relativement considérables. On y
découvrira de nouvelles choses ; on y inventera de nouvelles
armes. D 'ici les cent prochaines années, l'Homme entrera
dans l'espace. C'est là que nous intervenons. »

« L'un des Sages fit un mouvement des mains et les images
changèrent. Un monde, puis d'autres se mirent à défiler
sur les écrans. L'un après l'autre, des personnages firent une
brève apparition dans l'image pour être immédiatement
remplacés. De mystérieuses bouteilles de verre s'illuminaient,
dont la panse était zébrée de raies sinueuses.
Des machines cliquetaient et éjectaient de longs rubans
de papier qui s'empilaient dans des paniers placés près
d'elles. Ces rubans étaient recouverts de symboles des
plus remarquables . Toute cette affaire se situait tellement
au-delà de mes capacités de compréhension que
même maintenant, après y avoir pensé toutes ces années, je
suis toujours incapable de discerner la signification de ce
que je vis alors. Les vieux Sages prenaient des notes sur des
bandes de papier ou parlaient dans des disques qu'ils
tenaient près de leur bouche. Pour toute réponse, on entendait
une voix impersonnelle, qui se manifestait tout comme
celle d'un homme, mais dont l'origine était impossible à
détecter.


« Finalement, alors que mes sens se trouvaient complètement
déséquilibrés sous le choc d'événements aussi bizarres,
la Voix dans mon cerveau me dit : « Tu en as assez vu.
Maintenant, nous allons te montrer le passé. Ainsi tu ne
seras point effrayé. » Effrayé? me dis-je; si seulement il
savait 1 J'étais absolument terrifié! « Tout d'abord, reprit la
Voix, tu seras dans l'obscurité et tu te sentiras quelque peu
tournoyer. Ensuite, tu verras quelque chose qui te semblera
être cette pièce. En fait, il s'agira de cette même pièce
telle qu'elle existait il y a des millions d'années (selon les
critères d'après lesquels vous mesurez le temps et qui
n'ont pas pour nous la même signification) . Ensuite, tu
verras comment tout d 'abord ton univers fut créé, puis
comment est né ton monde et comment on y implanta des
créatures parmi lesquelles on retrouve celle qu'on appelle
l'Homme. » La Voix s'estompa et je perdis conscience au
même instant.

« C'est une sensation troublante que de se trouver si
arbitrairement privé de lucidité, de se faire voler une
portion de son existence et de ne point savoir combien de
temps on demeure évanoui. Je réalisai toutefois qu'un
brouillard grisâtre tourbillonnait et pénétrait par mèches
jusque dans mon cerveau. Des apparitions intermittentes
de quelque chose s'ingéniaient à me tenter et ajoutaient à la
frustration générale dont j'étais victime. Graduellement, tout
comme une brume matinale se dissipe sous les rayons du
soleil levant, lucidité et conscience me revinrent. Devant
moi, le monde était léger. Non, ce n'était pas le monde,
simplement la même pièce, dans laquelle je flottais entre
plancher et plafond, comme une bulle, montant et descendant
dans l'air immobile. Tels les nuages d 'encens ondoyant
dans un temple, je flottais ici et là et contemplais ce qui se
trouvait devant mes yeux.

« Neuf vieillards. Barbus. Graves. Concentrés sur leur
travail. S'agissait-il des mêmes personnages ? Nullement!
La pièce se révélait différente de l'autre et il en était
de même des écrans, des instruments, des images . Pendant
un moment, nul mot ne fut prononcé, nul éclaircissement
ne fut donné, permettant de deviner ce que tout ceci
pouvait bien augurer. Finalement, un vieillard tendit le
bras et tourna un bouton. L'un des écrans s'alluma et
je pus y voir des étoiles dont la disposition dans le ciel
me semblait étrangère. L'écran s'agrandit jusqu'à occuper
la totalité de mon champ de vision, jusqu'à ce qu'il m'apparût
comme une fenêtre ouverte sur l'espace. L'illusion
était si parfaite que j 'eus l'impression de me trouver véritablement
dans l'espace, sans même me sentir limité par une
fenêtre. Je fixai le scintillement de ces étoiles froides et
immobiles, hypnotisé par leur lueur hostile et dure. »

« Il va nous falloir accélérer ceci un million de fois, me
dit la Voix, autrement tu ne percevras rien, dusses-tu passer
ici le reste de ton existence. » Les étoiles semblèrent saisies
d'un balancement rythmique, l'une par rapport à l'autre,
puis par rapport à un centre invisible. De l'un des bords
externes de l'image, je vis surgir une grande comète à la
queue flamboyante, qui se dirigeait à pleine vitesse vers
ce centre invisible et sombre. La comète traversa l'image,
entraînant d'autres mondes dans son sillage. Finalement,
elle entra en collision avec le monde mort et froid qui
occupait le centre de la galaxie. D 'autres mondes. éjectés
de leur orbite par une force gravitationnelle croissante, se
mirent à prendre de la vitesse et à se précipiter sur un
parcours qui les menait vers une inévitable collision. A
l'instant où la comète et le monde mort se rencontrèrent,
l'univers entier sembla devenir la proie des flammes. De
titanesques tourbillons de matière incandescente se mirent à
virevolter dans l'espace. Les mondes limitrophes se trou-
vèrent engloutis par les gaz enflammés. Tout l'univers, tel
qu'on pouvait le voir sur l'écran qui se trouvait près de moi,
se mua en une violente masse de gaz incandescents d 'une
brillance insoutenable.

« Lentement, la luminosité intense dans laquelle tout
l'espace baignait se dissipa. A la fin, il y eut une masse
centrale en incandescence, entourée d'autres plus petites
également en feu. Des vagues de matière en fusion jaillissaient,
tandis que l'énorme masse centrale vibrait et était
prise de convulsions agoniques provoquées par ce nouveau
cataclysme. Alors que je me trouvais plongé dans des
pensées chaotiques, la Voix se fit entendre : « Tu vois se
dérouler en quelques minutes ce qui a pris des millions
d'années à se concrétiser; nous allons modifier l'image. »
Mon champ de vision se trouva alors borné aux limites de
l'écran; la seule chose que j'étais maintenant capable de
percevoir était le système stellaire en pleine récession; j 'eus
alors l'impression de prendre du recul pour le regarder. La
luminosité du soleil central baissa, bien qu'elle demeurât
tout de même excessivement forte. Les mondes adjacents
rougeoyaient, se contorsionnaient, tournoyaient sur leur
nouvelle orbite. A la vitesse à laquelle on me montrait cela,
il semblait que l'univers était pris d'un mouvement giratoire
et mes sens s'en trouvaient littéralement sidérés.

« Maintenant, l'image se modifiait. Devant moi se déroulait
une vaste plaine parsemée de bâtiments immenses,
dont certains comportaient de bizarres projections jaillissant
de leurs extrémités . Celles-ci semblaient être de métal
travaillé en de curieuses formes, et leur raison d'être dépassait
nettement mes capacités intellectuelles. Des hordes de
gens de formes et de tailles discordantes se dirigeaient vers
un objet des plus remarquables situé au centre de la plaine.
Il s 'agissait d'une sorte de tube métallique de taille inimaginable.
Les extrémités dudit tube étaient moins importantes
que sa partie médiane; il s'amincissait en un genre de pointe
à l'une de ses extrémités et se terminait en une espèce de
saillie arrondie à l'autre. A intervalles réguliers, on apercevait
d'autres protubérances sortant du corps principal de cet
édifice et, en regardant attentivement, on pouvait distinguer
qu'elles étaient transparentes. Je remarquai que de petits
points se déplaçaient à l'intérieur de l'objet, et mon sens
de l'observation me porta à croire qu'il s'agissait de gens.
J'estimai que, en tout, ce bâtiment avait approximativement
un mille terrestre de hauteur et même un peu plus. Je
ne comprenais pas toutefois pourquoi un édifice devait avoir
une forme aussi curieuse.

« Alors que je surveillais attentivement cette scène afin
de ne point manquer quoi que ce soit du spectacle, un véhicule
fort remarquable se glissa dans l'image. Il traînait
derrière lui de nombreuses plates-formes chargées de boîtes
et de ballots en quantité suffisante - c'est du moins la
pensée que j 'eus en les voyant - pour approvisionner tous
les marchés de l'Inde. J 'avais beaucoup de mal à comprendre
comment cela fonctionnait. En effet, le tout flottait
dans les airs comme les poissons flottent et se meuvent dans
l'onde. Cet étrange dispositif se rangea le long du gigantesque
tube-bâtiment et, l'un après l'autre, tous les ballots et
toutes les boîtes furent tirés à l'intérieur, si bien que l'étrange
machine put se remettre rapidement en route en traînant
derrière elle les plates-formes désormais vides. Le flot des
personnes entrant dans le tube diminua jusqu'à devenir
insignifiant, puis cessa complètement. On fit coulisser les
portes, puis le tube se ferma. Ah ! pensai-je alors, il s'agit
d'un temple ! Ils veulent me montrer qu'ils possèdent une
religion et des temples. M'étant satisfait de cette explication,
je relâchai mon attention.

« Nul mot ne serait capable d'exprimer mon émotion
lorsqu'il fallut que je ramène brusquement mon regard sur
l'image. Le grand édifice de forme tubulaire, haut dJenviron
mille six cents mètres et d'un diamètre équivalent au sixième
de ce chiffre, se mit à s'élever soudainement dans les airs!
Après avoir atteint approximativement la hauteur de notre
montagne la plus élevée, il y demeura quelques secondes,
puis . . . disparut! L'espace d'un instant il était là, comme
une lame d'argent suspendue dans le ciel, reflétant les
rayons chatoyants de deux ou trois soleils, puis, sans même
lancer un éclair, il avait disparu! En regardant autour de
moi, je jetai les yeux sur des écrans adjacents et je le
revis. Là, sur un écran très long, ayant peut-être cinq
mètres, les étoiles tourbillonnaient de telle manière qu'elles
apparaissaient comme des bandes de lumière multicolore.
L'édifice qui venait tout juste de quitter ce monde étrange
était apparemment immobile au centre de l'écran. La vitesse
à laquelle les étoiles défilaient s'accrût à un point tel
qu'elles ne présentaient plus qu'une image tremblante quasiment
hypnotique et que je détournai la tête.

« Un éclat lumineux attira mon attention et je regardai
une fois de plus l'écran allongé. Sur son bord externe, une
tache lumineuse fit son apparition comme pour annoncer un
éclairage de plus grande amplitude, tout comme le soleil
dépêche ses rayons par-dessus la crête des montagnes pour
annoncer son arrivée. Rapidement, la lumière s'amplifia
jusqu'à devenir d'une brillance insupportable. Une main se
tendit et tourna un bouton. La lumière diminua d'intensité,
sans nuire toutefois à la clarté de l'image. Le grand tube
- une poussière insignifiante dans l'immensité de l'espace se
rapprocha de la sphère brillante, tourna autour, mais,
ensuite, on me poussa devant un autre écran. Pendant un
instant, je perdis le sens de l'orientation. Je regardai d'un
air vide l 'image qui me faisait face. Cette image était celle
d'une grande pièce où évoluaient des hommes et des femmes
portant des vêtements dont je savais que c'étaient des uniformes.
Ces personnages étaient, les uns assis, les mafns sur
des leviers et des boutons ; d'autres, tout comme moi, regardaient
des écrans.

« L'un d 'entre eux, plus somptueusement habillé que
ses compagnons, faisait les cent pas, les mains jointes derrière
le dos. Fréquemment, il arrêtait sa marche pour regarder
par-dessus l'épaule d'une autre personne, tandis qu'il consultait
ses notes ou étudiait le comportement de lignes ondulant
derrière des cercles de verre. Puis, après avoir fait un
signe de tête approbateur, il reprenait sa déambulation. Je
me risquai enfin à l 'imiter et je jetai un regard sur l'un des
écrans, tout comme l'avait fait le Somptueux Personnage.
On pouvait y voir des mondes incandescents. Combien? Je
ne saurais le dire, car la lumière m'éblouissait et le mouvement
inaccoutumé me désorientait. Par pure conjecture
- et par conjecture seulement -, je déduisis qu'il y avait
une quinzaine de vagues de feu autour de l'énorme masse
centrale qui leur avait donné le jour.

« Le tube-édifice, dans lequel je reconnaissais maintenant
un vaisseau spatial, s'arrêta et devint le siège d'une intense
activité. Du fond du navire surgirent un grand nombre de
petits véhicules circulaires . Ils se dispersèrent çà et là et,
après leur départ, la vie à bord de la ville volante reprit un
cours ordonné et calme. Le temps s'écoula, et, par la suite,
tous les petits véhicules en forme de disque retournèrent au
vaisseau principal. Lentement, le tube massif se retourna et,
tel un animal aux abois, prit de la vitesse sur la toile de
fond du ciel, qui défilait de manière vertigineuse.
« Après le temps qu'il fallut (combien de temps? je ne
saurais le préciser puisque tout le périple se déroulait selon
un processus accéléré) , le tube de métal rentra à sa base.
Les hommes et les femmes l'abandonnèrent et pénétrèrent
dans des bâtiments situés dans le périmètre de l'aire d'envol.
Devant moi, l'écran devint gris.

« La pièce où régnait une lumière tamisée et contenant
toute une série d'écrans animés sur ses murs exerçait sur moi
une fascination sans borne. Avant cela, je m'étais intensément
concentré sur un écran, voire deux. Maintenant qu'ils
étaient inertes, cela me donnait le temps de regarder autour
de moi. Il y avait des hommes d'à peu près ma taille (c'est
à cette taille que je me réfère lorsque j 'emploie le terme
« humains ») . Ils étaient de toutes les couleurs : blancs, noirs,
verts, rouges ; et puis j aunes et bruns. Peut-être une centaine
d'entre eux étaient assis dans d'étranges sièges épousant
la forme de leur corps; ces sièges s'inclinaient et se
balançaient suivant les mouvements de leurs occupants. Ceuxci
étaient assis en rang devant des instruments alignés
contre le mur le plus éloigné. Les Neuf Sages siégeaient
à une table spéciale, au centre de la pièce. Je regardai avec
curiosité aux alentours, mais les instruments et autres
appareillages éveillaient en moi si peu de résonances, même
à la lumière de mon expérience, que je me trouve dans l'impossibilité
complète de te les décrire. Il y avait des tubes
scintillants contenant une lumière d'un vert spectral,
des tubes dans lesquels papillotait une clarté ambrée, des
murs qui étaient véritablement des murs, mais qui irradiaient
une lumière analogue à celle de l'extérieur. Il y
avait aussi des cercles de verre derrière lesquels des aiguilles
s'agitaient de façon désordonnée ou se maintenaient immobiles
devant un point. Ces choses peuvent-elles avoir
pour toi quelque signification?

« Une section de mur pivota soudainement et dévoila
une masse incroyable de fils et de tubes. Montant et descendant
dans ces enchevêtrements, on pouvait voir des
homuncules ayant environ quarante-cinq centimètres de
haut, de petits hommes portant des ceintures pleines d'objets
brillants qui étaient des outils d'une espèce ou d'une autre.
Un géant entra, transportant une grande et lourde caisse.
Il la retint en place quelques instants, tandis que les petits
bonshommes s'ingéniaient à la fixer derrière le mur. Ce
dernier fut refermé et les petites personnes sortirent en
même temps que les géants. Le silence régnait en ces lieux,
à l'exception d'un cliquetis régulier et du tss . . . tss . . . que
faisait le ruban sortant sans arrêt de l'orifice d'une machine
pour aller tomber dans un récipient spécial.

« Là, sur cet écran, se manifesta une chose extrêmement
étrange. A première vue, je pensai promener mon regard
sur un rocher grossièrement façonné de manière à ressem-
bler à une forme humaine. Puis, c'est avec une horreur
profonde que je vis la Chose bouger! Une forme mal définie,
pouvant passer pour un bras, se souleva, et je vis qu'elle
tenait une grande feuille d'une matière inconnue sur laquelle
étaient inscrites des formes apparentées à quelque écriture
. On ne pourrait toutefois pas parler d'« écriture » et
s'en tenir à cela. Ces inscriptions étaient si manifestement
hors de tout entendement qu'il faudrait inventer un langage
spécial pour pouvoir les décrire. Mon regard se promena
sur ces inscriptions, mais cela me dépassait tellement que
je n'avais aucune envie d'en savoir plus long et, d'ailleurs,
je n'éprouvais à ce sujet nul intérêt. J'étais simplement rempli
d'horreur lorsque je regardais cette caricature d'humanité
.

« Tandis que je laissais errer mon regard, ce dernier se
trouva soudainement figé: je voyais des Esprits, des Esprits
ailés ! Cela me fascina à un point tel que je faillis m'écraser
contre l'écran dans ma hâte de mieux voir. Le spectacle
représentait un jardin merveilleux où évoluaient des créatures
ailées. Qu'il s'agît d'hommes ou de femmes, leur forme
était indiscutablement humaine. Ces êtres volaient dans le
ciel doré de leur jardin selon un parcours aérien fort complexe.
La Voix interrompit mes élucubrations : « Fascinant,
n'est-ce pas? Il s'agit de . . . (ici, un nom impossible à
écrire) ; ils peuvent tout simplement voler parce qu'ils se
trouvent dans un monde où la force de gravité est extrêmement
faible. Ils ne peuvent quitter leur planète parce qu'ils
sont trop fragiles et, pourtant, ils possèdent une intelligence
très vive et à nulle autre pareille. Mais jette donc un coup
d'oeil à tes affaires sur les autres écrans. Bientôt, tu verras
diverses choses se rapportant à l'histoire de ton propre
monde. »

« Devant moi, la scène changea. Elle évolua de façon
si délibérée que je soupçonnais que l'on désirait me faire
voir ce que l'on jugeait bon que je voie. Il y eut tout
d'abord cette teinte profondément violacée qui caractérise
l'espace, puis un monde entièrement bleu, qui se déplaça sur
l'écran d'un bord à l'autre jusqu'à ce qu'il en occupe le
centre. L'image prit de plus en plus d'ampleur jusqu'à
remplir le panorama de façon quasi intégrale. Elle se mit à
grandir encore, et encore, jusqu'à ce que j'aie l'impression
abominable de tomber tête première dans l'espace. Il s'agissait
d'une expérience des plus déprimantes. En dessous de
moi, des vagues bleues roulaient et bondissaient. Le monde
se retourna. De l'eau, toujours de l'eau, de l'eau partout.
Mais une tache se hissait au-dessus des vagues éternelles.
Dans ce monde, s'étendait un plateau ayant approximativement
les dimensions de la Vallée de Lhassa et, sur ce
plateau, d'étranges bâtiments construits au bord de la mer.
Sur la grève, des personnages anthropomorphes se livraient
aux plaisirs de la baignade en trempant leurs jambes dans
l'onde. D 'autres personnages étaient assis sur des rochers
près de là. Tout ceci était fort mystérieux et n'avait pour
moi que peu de sens. « Notre serre à culture forcée, me
dit la Voix; c'est ici que nous préparons la semence d'une
nouvelle race. »
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LightInWay
Ecrit le: Mercredi 16 Novembre 2011 à 21h43 Posted since your last visit
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On peut se référer au document appelé "le conseil des neufs" qui parle aussi d'un conseil formé de neuf entités étant au centre d'une alliance de mondes travaillent pour la paix et l'équilibre dans l'univers.

Ils apparaissent parfois de manière illusoire comme neuf personnes âgées, neuf "sages".
Voir le document du conseil des neuf:
http://www.chercheursduvrai.fr/leconseildesneuf.php

extrait:
Citation (conseil des neufs)
une fois les neufs étaient apparus à Phyllis sous la forme de vieillards vénérables alors qu’elle était « sortie » de son corps. Elle leur a demandé de voir leur véritable apparence. Elle les a alors vu sous la forme de boules de lumière ; c’est ainsi qu’ils sont en tant qu’âme.


On note aussi que l'ensemencement de la Terre par différentes vagues déposées par différentes civilisations de l'alliance est décrit; le texte se centrant sur le dernier ensemencement qui correspond à l'espèce en cours par la race des Hoovan principalement et Altean secondairement (les autres espèces ayant disparu ou régressé suite à des cataclysmes divers).

Des choses analogues quand même, sur le fond.

Le conseil des neuf parle d'ensemencement par des races diverses à plusieurs époques:
Citation
Il y a eu de nombreuses civilisations (ne travaillant pas avec les 24 civilisations) qui ont colonisé la Terre depuis cette époque et ont implanté des races humaines ; à différentes périodes. Les orientaux, les blancs et les peaux rouges proviennent de races implantées, alors que les noirs sont le peuple originel terrestre.


Ceux qui se sont développés par implantation extérieure ont souvent considéré le peuple noir comme inférieur et a essayé injustement de le dominer, de par la différence de provenance ; alors que toutes les races sont égales : les âmes occupent les races indifféremment. Les âmes des occupants  des corps changent de race, de planète, etc.
Donc, vers environ 32 000 avant JC, il existait des graines des différentes races sur Terre. C’est vers 32 000 que ces graines ont évolué en être humains. Les êtres existant alors, quelle que soit leur race, était très primitifs ; ne possédant pas de langage (quelques cliquetis gutturaux, pas de société organisée.
Les êtres habitant originellement sur Terre n’ont jamais été hybridés, afin de servir de comparaison aux expériences d’hybridation menées.
Ce sont les autres races, implantées, qui ont été soumises aux expériences de brassage génétique avec l’essaimage des colonisateurs extra terrestres provenant des 24 en -32000.


Dans l'ouvrage "Alliance" de Anne Givaudan, les contacts se font avec les vénusiens (habitant dans une dimension d'éther de leur planète, autre zone dimensionnelle que la notre donc) et ils lui disent aussi:

Citation
Il y a dix-huit millions d'années, nous avons accepté et souhaité aider la planète bleue dans son évolution. Cette Terre avait en elle de telles possibilités, un potentiel si vaste, que nous eûmes pour but d'être à ses côtés, comme auprès d'une soeur plus jeune. Dans cet objectif, plusieurs des nôtres ont pris place dans une contrée isolée, la plus au nord de votre planète, afin de transmettre une énergie et aussi un savoir, capables de réveiller peu à peu les êtres qui y vivaient. Nous savions alors que ce que vous nommez des brins d'ADN, qui vous permettent de communiquer avec tous les plans et toutes les mémoires à l'intérieur et à l'extérieur de vous, seraient réveillés progressivement selon l'ouverture de vos portes intérieures. Cette fois encore, d'autres êtres qui préféraient vous garder en léthargie, ont freiné ce développement.

Sache simplement que nous n'intervenons jamais en forçant les portes. Il est essentiel pour nous de proposer des changements, et non pas d'induire de façon plus contraignante ces changements.
Certains êtres des étoiles, selon votre progression avaient alors pour objectif d'occuper une planète riche et d'en utiliser ses habitants pour leur propre développement et leur service.
Si pour ces êtres, forcer les pensées, les remplacer autoritairement par d'autres, opérer sur des plans subtils afin de mettre des implants pour mieux diriger les consciences ne posait pas de problèmes majeurs, pour nous et pour d'autres, il en était autrement.

Nos technologies avancées nous permettaient alors, et aujourd'hui plus encore, de connaître les pensées des hommes, de les transformer, de les remplacer à l'aide de certaines images touchant des parties bien précises du cerveau et notamment à l'aide de sons. Une scission se créa alors dans nos mondes, entre les partisans des méthodes inductives et ceux qui basaient l'évolution sur une avance plus lente mais plus solide et où toute liberté serait préservée.

Nous avions choisi d'aider la planète bleue et ses habitants selon les lois du libre arbitre. À cette fin, nous plaçâmes au fil des époques, nos grands vaisseaux mères sur des lieux propices à la circulation de la lumière et des énergies. Ces vaisseaux, semblables à celui que tu as visité, sont parfois imbriqués dans des points d'architecture sacrée de votre planète car ils transmettent une onde bénéfique et protectrice sur toute une région.
Cela ne signifie pas, comprends-le bien, que la région soit protégée de tout. Non, des énergies sont constamment envoyées de nos vaisseaux, mais l'être humain dans sa liberté les transforme en ce qui correspond à son évolution du moment.
Dans ces vaisseaux, il y a des êtres qui méditent en permanence. Ils émettent des sons, des couleurs, des images, des pensées, qui nettoient des zones trop polluées de votre Terre. Ils sont en connexion avec des êtres de leur planète qui eux aussi ont pour but de maintenir une certaine harmonie sur tous les plans, du plus physique au plus subtil.

Ces êtres sont aussi en connexion continuelle avec ceux de votre planète qui oeuvrent pour l'amour et la joie. Certains d'entre vous, chaque nuit, consciemment ou non, sortent de leurs corps et se réunissent par groupes avec les nôtres pour envoyer des vibrations qui aident et nettoient le surplus de pollution psychique qui étouffe la Terre et ses habitants.


A propose de nettoyage, cet été, avec un ami avec qui j'ai mené des travaux d'enquête sur un sujet ufologique, on a rencontré une personne contactée.

L'information qu'il a eu lui aussi, directement des êtres extra-terrestres qui l'ont contacté, est qu'il y a un plan en place appelé plan R, R pour Restructuration.

Beaucoup d'engins spatiaux sillonnent en mode non visible (mode éthéré) notre atmosphère pour effectuer des nettoyages énergétiques afin de passer à cette phase du plan qui arrive; selon ce qu'il a comme information. Le nettoyage est d'importance.

On sait tous (tous ceux qui ont lu un peu en ésotérisme et contact ET) que la phase actuelle d'écroulement du système économique qui est sensé se produire comme seulement un début de la phase de changement des systèmes terrestres dans le cadre du changement qui accompagne le plan R.

On a aussi un autre contacté français dont j'ai parlé ici:
http://www.chercheursduvrai.fr/forum/in...p?showtopic=721

Dans le livre "Alliance" on trouve aussi cet extrait sur les vénusiens ensemençant la Terre:
Citation
Dès ce moment, les interventions furent diverses. Il y a 18 millions de vos années, les grands êtres de la planète Venus nouèrent un pacte d'Amour avec la Terre et ses habitants. Cette planète régie par l'Amour décida de prendre la Terre sous sa protection. Ne comprends pas cela comme une ingérence quelconque...

Certains parmi les Vénusiens s'installèrent sur la planète Terre, sachant que leur rayonnement permettrait à lui seul d'engendrer des pensées et des actions d'Amour.
Dans ce même temps, des êtres de la planète Orion qui souhaitaient contrecarrer ce projet, décidèrent d'intervenir de façon beaucoup plus autoritaire. Ils agirent de telle façon, que l'évolution des habitants de la Terre sembla à jamais réduite dans son avance. Les brins d'ADN furent limités dans leur développement à l'aide d'opérations à un niveau subtil. C'était cependant sans compter avec la force d'Amour.
Des habitants de planètes telles Jupiter et Mars, décidèrent à ce moment précis d'aider au développement de ces êtres devenus terriens. Sur Jupiter, l'avance scientifique était grande.

Ce fut leur participation et leur cadeau aux habitants de la terre... D'autres êtres apportèrent la connaissance de toutes les stratégies et les êtres de la terre employèrent toutes ces connaissances, selon leur niveau de compréhension et d'évolution. Ce fut bien sûr au service d'eux-mêmes et de leur besoin de conquêtes qu'ils se servirent avant tout de ce qui leur était offert. Cela, les êtres des planètes confédérées le savaient et en avaient accepté le risque, de même qu'un parent accepte les trébuchements de son enfant comme apprentissage de la
marche vers l'autonomie et la liberté.

Dans cette période qui dura des millénaires, des expériences furent tentées pour créer d'autres formes de vie adaptées à la Terre avec de multiples possibilités. Le peuple de Vénus participait aussi avec Amour à ces expériences génétiques. Certaines créations durèrent pendant de longues périodes d'humanité : les géants et les cyclopes de vos légendes en font partie. D'autres créations furent moins heureuses : les yetis sont des créatures de ce type. Des femmes aux multiples seins eurent également une existence sur terre sans réelle longévité.

Peu à peu des mélanges se firent entre tous ceux qui habitaient cette planète. Ainsi, des races aux connaissances diverses, aux capacités variées, aux aspects physiques différents, virent le jour. La Vie de la Terre commençait à intéresser plus qu'elle n'intriguait.

Avant même que le peuple de Vénus ne prenne la terre sous son protectorat, les terriens avaient encore en eux les connaissances et les vibrations de leurs planètes d'origine. C'est ainsi que dans vos légendes vous trouvez des personnages aux capacités surhumaines et aux possibilités de durée de vie très grandes. Les géants, les cyclopes de vos contes d'enfants ont réellement existé et votre imagination n'a fait que recontacter une mémoire enfouie au plus profond de vous. Rien jamais ne s'efface ; nous pouvons tout au plus oublier en surface ce qui nous inquiète ou nous fait souffrir. Seul le coeur peut transformer, transmuter un événement du passé pour l'éclairer d'une lumière nouvelle et ensoleiller à nouveau l'ombre déposée en
nous.

A cette époque lointaine, la pesanteur de la planète terre habita peu à peu ces êtres et les capacités s'oublièrent ainsi que la longévité. Il fallait maintenant que chacun retrouve sa route, non par l'effet du pouvoir ou par celui du savoir, mais par la voie de l'Amour. »


Comme on peut le voir dans le document du conseil des neuf, lorsque n'importe laquelle des civilisations (soit les 24 civilisations majeures soit des civilisations moins développées) s'exprime sur les actions menées par l'alliance, elle s'exprime toujours en indiquant que c'est leur action. "Leur" est à comprendre à chaque fois comme la leur personnelle comme faisant partie de celle de la décision unifiée de l'Alliance. Ainsi il est aussi vrai de dire que les vénusiens ont ensemencé la Terre que n'importe laquelle des centaines de civilisations faisant partie de l'Alliance, chacun ayant été de la partie, et pouvant être intervenu à des époques différentes de plus, dans un accord global pour ce faire.

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LightInWay
Ecrit le: Jeudi 17 Novembre 2011 à 12h56 Posted since your last visit
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« Pendant quelque temps, je me suis mis à dériver, dit
l'ermite, tout comme les pensées d'un oisif, sans destination,
sans but précis, vacillant, glissant d'un écran à l'autre au
gré de ma fantaisie. Puis la Voix me dérangea une fois de
plus en me disant: « Nous avons d'autres choses à t'apprendre.
» Tandis qu'elle me parlait ainsi, je découvris que
l'on me faisait tourner et que l'on me dirigeait vers les
écrans que j 'avais précédemment étudiés. Ils étaient une
fois de plus en marche. Sur l'un de ces écrans, on représentait
l'univers contenant ce que nous savons maintenant
être le Système Solaire.

« La Voix reprit: « Pendant des siècles, une surveillance
des plus actives s'est exercée pour parer à l'éventualité de
radiations dangereuses pouvant émaner du nouveau Système
actuellement en voie de formation. Des millions d'années
passèrent; cependant, dans la vie d'un univers, un million
d'années n'est que l'équivalent de quelques minutes dans
la vie d'un humain. Finalement, une autre expédition se
mit en route de l'endroit où nous sommes, c'est-à-dire du
coeur de notre empire, une expédition équipée des appareils
les plus modernes, à l'aide desquels nous déterminons la planification
des nouveaux mondes que nous nous proposons
d'ensemencer. » La Voix se tut et, une fois de plus, je
regardai les écrans.

« Les étoiles scintillaient, froides et lointaines, à travers
les effarantes distances de l'espace. Elles brillaient d'un
éclat dur et cassant en émettant plus de couleurs que l'arcen-
ciel. L'image se mit à grandir de plus en plus jusqu'à ce
que l'on distingue un monde qui semblait ne constituer
qu'un amas de nuages. De turbulentes nébulosités accompagnées
d'éclairs des plus horrifiants zébraient l'image d'un
bout à l'autre. « Il est impossible, reprit la Voix, d'effectuer
une analyse véritable dans un monde lointain en se contentant
d'entreprendre des sondages télécommandés. Pendant
un certain temps, nous avons cru le contraire, mais l'expérience
a démontré que nous faisions fausse route. Finalement,
nous avons dépêché des expéditions depuis des millions
d'années. Regarde ! »

« L'univers se trouva littéralement balayé, de la même
manière que lorsqu'on tire un rideau. A nouveau, j 'aperçus
une plaine s'étendant jusqu'à ce qui semblait être l'infini.
Les constructions étaient différentes; maintenant, elles
étaient longues et basses. Le grand vaisseau qui se dressait
là, prêt à partir, était également différent de celui que
j 'avais vu précédemment. Ce navire était composé de quelque
chose ressemblant à deux grandes écuelles; la partie
inférieure se présentait de la manière dont se présente généralement
une écuelle, tandis que la partie supérieure reposait
sur l'autre, mais à l'envers. L'ensemble brillait d'un éclat
uniforme, tout comme la pleine lune. Des centaines de trous
ronds, hublots garnis de vitres, ceinturaient la circonférence
de l'engin. Au point le plus élevé du vaisseau se trouvait
une chambre transparente en forme de dôme, qui pouvait
bien avoir quelque quinze mètres de large.
« Par comparaison avec le navire, dont la coque avait des
proportions gigantesques, les machines qui s'affairaient à sa
base pour l'approvisionner avaient l'air d'être de simples
jouets d'enfants.

« Des groupes d'hommes et de femmes flânaient aux
environs. Ils étaient tous vêtus d'étranges uniformes, et un
certain nombre de boîtes reposaient à leurs pieds sur le sol.
La conversation semblait des plus enjouées et l'humeur
excellente. Des personnages vêtus de manière plus raffinée
que les autres faisaient les cent pas à l'écart, tout comme
s'ils étaient en train de délibérer sur le sort d'un monde
- et c'est peut-être là exactement ce qu'ils faisaient. Un
signal se fit soudainement entendre. Les assistants se penchèrent
tous rapidement, saisirent leurs paquets et se ruèrent
vers le vaisseau qui attendait. Des portes métalliques semblables
à l'iris d'un oeil se fermèrent hermétiquement derrière
eux.

« Lentement, l'immense création de métal s'éleva à une
trentaine de mètres dans les airs. Elle demeura stationnaire
quelques instants, puis disparut sans laisser la moindre
trace pouvant témoigner de son existence. La Voix me
dit : « Ce vaisseau voyage à une vitesse qui dépasse de
manière incalculable celle de la lumière. Il s'agit d'un
monde clos. Lorsqu'on vit à bord de ces astronefs , on
se trouve relativement immunisé contre les influences de
l'extérieur. Il n'y a pas de sensation de vitesse ni aucune
sensation de chute, même lorsqu'on prend les tournants
les plus abrupts. L'espace n'est pas le vide absolu,
comme les gens de ton propre monde semblent le croire.
L'espace est une zone de densité réduite. On y trouve
une atmosphère composée de molécules d'hydrogène. J'admets
que ces molécules sont clairsemées et qu'elles peuvent
se trouver à des centaines de kilomètres les unes
des autres; toutefois, grâce à la vitesse que nos vaisseaux
peuvent atteindre, cette atmosphère semble aussi dense que
la mer. On entend les molécules frotter contre les parois
du navire, et nous avons dû prendre des précautions spéciales
pour surmonter le problème de l'échauffement causé par
la friction. Mais regarde . . . ! »

« Sur un écran adjacent, on pouvait voir le vaisseau
spatial en forme de disque filer à une vitesse vertigineuse en
laissant derrière lui une trace quasiment invisible, d'un bleu
très léger. La vitesse était si grande que lorsque l'image
bougeait afin que le vaisseau se trouve bien centré sur
l'écran, les étoiles ne semblaient former qu'une traînée lumineuse
continue. La Voix murmura : « Nous omettrons
les séquences inutiles se rapportant à ce voyage pour nous
concentrer sur ce qui est important. Regarde l'autre
écran. » C'est ce que je fis . Je vis le vaisseau qui, maintenant,
se déplaçait beaucoup plus lentement et tournait
autour du Soleil, notre Soleil, mais un Soleil très différent
de celui que nous connaissons. Il était plus grand, plus
brillant et de grandes langues de feu s'étalaient bien au-delà
de sa circonférence. Le vaisseau en fit le tour, se mettant en
orbite autour d'un monde, puis autour d'un autre.
« Enfin, le navire s'approcha du monde que, d'une façon
ou d'une autre, je savais être la Terre. Celle-ci tournait
sous le navire et était complètement recouverte de formations
nuageuses. Après plusieurs orbites, le vaisseau spatial
se mit encore à ralentir. L'image changea et on me montra
l'intérieur. Un groupe d'hommes et de femmes marchaient
dans un couloir de métal. Au bout de celui-ci, ils débouchèrent
dans une enceinte où se trouvaient de petites répliques
du vaisseau principal. Des hommes et des femmes gravirent
une passerelle et entrèrent dans l'un de ces petits bâtiments.
Toutes les autres personnes disparurent de cette partie du
navire. Un homme surveillait les préparatifs derrière un
mur transparent; ses mains reposaient sur d'étranges boutons
colorés et des lumières scintillaient devant lui. Une
lumière verte se mit à luire et l'homme appuya simultanément
sur plusieurs boutons.

« L'une des parties du plancher se mit à se retirer de
façon continue sous le petit astronef et à s'ouvrir comme
s'ouvre l'iris de l'oeil. Le vaisseau tomba dans l'espace.
Il descendit de plus en plus en planant, jusqu'à ce
qu'il se dérobât à notre vue, dans les nuages qui recouvraient
la Terre. Ensuite, l'image qui se trouvait devant moi
changea une fois de plus, et je pus voir comme si je m'étais
trouvé à bord même du petit bâtiment. Les nuages qui
tourbillonnaient, ondoyaient et semblaient à première vue
constituer des barrières impénétrables par??issaient fondre
sous le vaisseau spatial. Nous descendîmes, puis descendîmes
encore à travers des kilomètres de nuages jusqu'à ce
que, finalement, nous nous retrouvions sous la lumière d'une
journée morne et triste. Une mer grise et houleuse s'agitait
et, de loin, on eût cru qu'elle fusionnait avec les nuages
gris, des nuages sur lesquels se reflétaient des lueurs rougeâtres
d'origine inconnue.

« Le vaisseau spatial reprit son équilibre et se mit à
voler entre les nuages et la mer. Les kilomètres défilèrent,
des kilomètres de mer houleuse, interminable. Une masse
sombre se découpa sur l'horizon, une masse sombre transpercée
par intermittence par des projections incandescentes.
Le vaisseau poursuivit sa route. Très bientôt, sous notre
appareil, on put voir se dérouler une masse imposante de
terres montagneuses. D 'énormes volcans dressaient leurs
horribles gueules vers les nuages. De gigantesques flammes
en sortaient et de la lave en fusion dévalait des flancs des
montagnes pour aller se perdre dans la mer avec un rugissement
et un siffiement terrifiants . Bien qu'il semblât gris
confus lorsqu'on le regardait de loin, vu de plus près le
terrain paraissait rouge maussade.

« Le navire poursuivit sa course et tourna plusieurs fois
autour du monde. Mais il n 'existait qu'une immense masse
de terrain entourée de flots agités qui, lorsqu'on les observait
à basse altitude, semblaient dégager de la vapeur.
Finalement, le petit bâtiment prit de la hauteur, entra dans
l'espace et retourna au vaisseau principal. L'image s'estompa,
tandis que ce dernier retournait une fois de plus à sa
base, dans le Monde Empire.

« La Voix, qui avait maintenant coutume de parler
directement dans mon cerveau, se mit à faire des commentaires
: « Non! je ne m'adresse pas exclusivement à toi; je
m'adresse également à ceux qui participent à cette expérience.
Etant donné ta nature très réceptive, tu es conscient de
toutes mes remarques, par le truchement de ce que nous appe-
Ions la rétroaction acoustique. Faites cependant attention,
car ceci s'applique également à vous.

« La Deuxième Expédition rentra à . . . (il prononça un
nom que je serais bien incapable de citer et auquel je
substituerai les mots Notre Empire) . Nos hommes de science
se mirent à étudier les rapports qui leur étaient soumis par
les équipages. On évalua le nombre probable de siècles
qui devaient s'écouler avant que le monde ne soit prêt à
recevoir des créatures vivantes. Les biologistes et les généticiens
travaillèrent en équipe afin d'élaborer les plans des
meilleurs types de créatures qu'il faudrait créer. Lorsqu'on
doit ensemencer un nouveau monde et que ce nouveau
monde est issu d'une nova, on a besoin, en premier lieu,
d'animaux très massifs et de végétation au lourd feuillage.
Tout le sol est composé de roche pulvérulente, avec de la
poussière de lave et quelques traces d'éléments chimiques.
Un sol de cette espèce ne sera capable de supporter que des
plantes primaires. Ensuite, ces plantes se mettent à pourrir;
les animaux meurent et sont également condamnés à se décomposer
et à se mélanger à la poussière de roche. C'est ainsi
que le « sol » se forme au gré des millénaires. Lorsque la
nature du sol s'éloigne de plus en plus de son état primitif,
on est capable de faire pousser des plantes plus délicates.
Au bout d'un certain laps de temps, sur quelque planète que
ce soit, le sol se compose en réalité des cellules des animaux
et des plantes décomposés ainsi que des excrétions
provenant de ceux-là, depuis des temps immémoriaux. »

« J'eus l'impression que le Propriétaire de la Voix
avait fait une pause pendant qu'il surveillait les réactions de
son auditoire. Puis il poursuivit: « L'atmosphère d'une
nouvelle planète n'est absolument pas respirable par les
humains. Les effiuves provenant des matières vomies par
les volcans contiennent du soufre ainsi que de nombreux gaz
toxiques ou délétères. Il est possible de remédier à cette
situation grâce à une végétation appropriée, qui absorbera
les produits toxiques et les rendra à la terre sous forme de
minerais inoffensifs. La végétation absorbera les émanations
délétères et les transformera en oxygène et en azote,
deux gaz dont les humanoïdes ont besoin pour vivre. C'est
ainsi que, pendant des siècles, des scientifiques spécialisés
dans plusieurs domaines travaillèrent de concert pour préparer
les espèces de base. Puis ces dernières furent placées
dans un monde avoisinant où régnaient des conditions similaires
à celles qui existeraient sur la Terre. On voulait
qu'elles mûrissent et que l'on puisse s'assurer qu1elles donneraient
pleine satisfaction. Si le besoin s'en faisait sentir,
il y aurait toujours moyen de les modifier.

« C'est ainsi que le nouveau système planétaire demeura
abandonné à ses propres moyens pendant une éternité. On
le laissa à son sort pendant que les vents et que les vagues
érodaient les caps rocheux les plus aigus. Pendant des
millions d'années les tempêtes battirent cette terre rocailleuse.
De la poudre de roc tomba des pics vertigineux, de
lourdes pierres culbutèrent, roulèrent dans les tempêtes et
broyèrent encore plus finement la poussière rocheuse. Des
vagues géantes déferlèrent sur la terre, brisant les contreforts
des montagnes, les entrechoquant, les réduisant en des
particules de plus en plus petites. La lave qui coulait,
chauffée à blanc, dans les eaux, écumait, dégageait des
fumerolles pour se fragmenter en des millions de particules
qui allaient devenir le sable de la mer. Les vagues ramenaient
le sable sur la terre, et ce frottement continuel usa les
montagnes, dont la hauteur fut réduite de plusieurs kilomètres
à quelques milliers de mètres seulement.

« Une succession interminable de siècles terrestres
s'écoula. Le flamboiement du Soleil s'atténua quelque peu;
les langues de feu ne s'étendirent plus pour engouffrer et
brûler tout ce qui se trouvait sur leur passage. Maintenant,
le Soleil brûlait de façon régulière, et les mondes avoisinants
se refroidissaient également. Leur orbite se régularisa.
De temps à autre, de petites masses de rocher entraient en
collision avec d'autres corps célestes et le tout se précipitait
vers le Soleil, ce qui augmentait temporairement l'intensité
de ses radiations. Puis le Système se régularisa. Le monde
appelé Terre fut prêt à accueillir sa première forme de vie.

« A la base spatiale de l'Empire, on préparait un grand
vaisseau pour son voyage vers la Terre, et tous les membres
qui devaient appartenir à la Troisième Expédition furent
formés dans tous les domaines relatifs aux tâches qui les
attendaient. On sélectionnait les hommes et les femmes
pour leur compatibilité et leur immunité aux névroses .
Chaque vaisseau spatial est un monde en soi, dans lequel
l'air est fabriqué par des plantes, et l'eau obtenue grâce à
l'excédent d'air et à l'hydrogène - l'élément le plus commun
de tout l'univers. On chargea les provisions et les
instruments, les nouvelles espèces furent soigneusement surgelées,
prêtes à être réanimées au moment voulu . Après un
laps de temps relativement long - car on n 'était pas
pressé - la Troisième Expédition fut prête à appareiller. »

« J 'observai le vaisseau qui glissait à travers l'univers de
l'Empire, en traversait un autre et entrait dans celui qui
contenait, dans ses lointaines limites, la toute nouvelle Terre.
De nombreux mondes gravitaient autour du Soleil flamboyant,
mais on ne s'en occupa pas; l'attention générale se
trouva concentrée sur une seule planète. Le grand vaisseau
ralentit et se mit sur une orbite telle qu'il se trouvait immobile
par rapport à un point situé sur la Terre . A bord, on
prépara un petit vaisseau. Six hommes et femmes s'y
embarquèrent et, une fois de plus, une ouverture apparut
dans le plancher du vaisseau principal, ouverture à travers
laquelle le navire de reconnaissance entra dans l'espace.
J 'observai de nouveau l'écran. Le véhicule passa à travers
d'épais nuages et émergea à quelques milliers de mètres
au-dessus des eaux. Se déplaçant selon un plan horizontal,
il parvint bientôt à un endroit où le terrain rocheux surplombait
la mer.

« Les éruptions volcaniques, bien que fort violentes,
n'avaient toutefois pas l'intensité de celles que j 'avais obser-
vées auparavant. La pluie de débris rocheux était moins
abondante. Le petit vaisseau descendit de plus en plus bas,
avec une prudence et des précautions infinies. Des yeux perçants
fouillaient la surface afin de découvrir un emplacement
approprié pour poser l'engin; une fois l'endroit choisi, on
le fit atterrir. L'appareil reposait maintenant sur une surface
solide et l'équipage se livra à ce qui semblait être des vérifications
de routine. Une fois qu'on fut satisfait, quatre
membres du personnel endossèrent d'étranges habits qui les
couvraient du cou jusqu'aux pieds. Chaque participant se
coiffa d'un globe transparent qui, d'une certaine manière,
se rattachait au col du vêtement déjà endossé.

« Chacun des explorateurs prit un coffret et entra dans
une petite pièce dont la porte fut refermée hermétiquement
derrière le groupe. Une lumière, fixée sur une autre porte
faisant face à la première, brilla en émettant une lueur rouge.
L'aiguille noire, qui se trouvait sur un cadran circulaire,
commença à osciller. Lorsqu'elle s'arrêta sur un 0, la lumière
rouge devint verte et la porte extérieure s'ouvrit toute
grande. Une étrange échelle de métal, qui semblait animée
d'une vie qui lui était propre, s'étendit avec fracas sur le
plancher et descendit jusqu'au sol situé quelque cinq mètres
plus bas. L'un des hommes descendit précautionneusement
l'échelle et, dès qu'il posa pied sur la surface, se mit à sauter
sur place en plusieurs endroits. Il retira une longue tige de
métal de la boîte qu'il transportait et l'enfonça dans le sol.
Après s'être penché, il examina minutieusement les marques
qui se trouvaient à la surface de cette sonde, puis, se remettant
debout, invita ses compagnons à venir le rejoindre.

« Le petit groupe se déplaça aux alentours, apparemment
sans but précis, et se livra à des occupations qui, pour
moi, n'avaient aucune signification . Si je n'avais pas su que
ces personnes étaient des adultes en pleine possession de
leurs facultés, j 'aurais pris leurs jeux pour des passe-temps
enfantins. Certains ramassaient de petites pierres et les
mettaient dans un sac. D 'autres heurtaient le sol avec des
marteaux ou avec des objets qui semblaient être des tiges
métalliques. Une autre personne que j'observais - une
femme - se promenait ici et là en agitant de petites bandes
de verre gluant qu'elle se hâtait d'insérer dans des bouteilles.
Toutes ces choses étaient pour moi quasiment incompréhensibles.
Finalement, les explorateurs retournèrent
à leur vaisseau et entrèrent dans le premier compartiment. Ils
se tenaient immobiles comme des bêtes à cornes sur une place
de marché, tandis que de remarquables lumières colorées
brillaient et se déplaçaient sur toute la surface de leur corps.
Une lumière verte s'alluma et les autres lampes s'éteignirent.
Les membres de l'équipe enlevèrent leurs vêtements protecteurs
et entrèrent dans la partie principale du navire.

« Il y eut tout à coup un grand remue-ménage. La femme
qui transportait les bandes de verre gluant se dépêcha
de placer chacune d'entre elles dans un appareil métallique.
Approchant son visage de ce dernier de manière à regarder
dans deux tubes, elle tourna des boutons tout en faisant des
commentaires à l'intention de ses compagnons . L'homme
aux petits cailloux les jeta dans une machine qui émit un
fort vrombissement et éjecta brusquement les pierres, maintenant
réduites en une fine poussière. On effectua ainsi de
nombreuses expériences et on entretint nombre de conversations
avec les passagers du grand vaisseau principal.

«Alors que le petit véhicule réintégrait sa base dans le
grand vaisseau spatial, d'autres astronefs du même genre
firent leur apparition?? Ils entreprirent de faire le tour du
monde et de jeter d'où ils se trouvaient des objets, qui
tombaient dans la mer. Apparemment satisfaits du travail
qu'ils avaient accompli, tous les petits vaisseaux se rassemblèrent
et formèrent une file. Après quoi, ils s'élevèrent et
quittèrent l'atmosphère terrestre. Un par un, les navires
de reconnaissance rentrèrent dans le vaisseau principal.
Cette opération terminée, le grand navire spatial prit de
la vitesse sur son orbite et se transporta dans d'autres
mondes situés dans ce système. C'est ainsi que ces travaux
prirent de très nombreuses années, si on les mesure en temps
terrestre.

« De nombreux siècles passèrent sur la Terre. Selon la
manière de mesurer le temps à bord d'un navire voyageant
dans l'espace, il ne s'agissait que de semaines, car les deux
façons de mesurer le temps présentent des différences difficiles
à comprendre, quoique indéniables. De nombreux
siècles passèrent et une végétation grossière, rude, se mit à
pousser sur terre et sous les eaux. Des fougères gigantesques
se lancèrent à l'assaut du ciel, avec des feuilles immenses
et épaisses qui absorbaient les gaz nocifs, rejetaient
de l'oxygène durant la journée et de l'azote au cours de la
nuit. Longtemps après, une Arche de l'Espace descendit à
travers les nuages et se posa sur une grève sablonneuse. On
ouvrit de vastes écoutilles, et du gigantesque vaisseau - qui
devait bien avoir un mille terrestre de longueur - sortirent
de lourdes créatures, des créatures cauchemardesques , si encombrantes
que la Terre tremblait sous leur poids; d'autres
créatures, horrifiantes, se mirent à voler laborieusement
dans les airs en s'appuyant sur des ailes grinçantes, dont la
substance rappelait le cuir.

« La grande Arche - la première de ce genre parmi
toutes celles qui devaient venir sur Terre à travers les
âges - s'éleva et plana doucement au-dessus des mers.
Dans certains secteurs prédéterminés, l'Arche demeurait
immobile au-dessus des flots et faisait glisser d'étranges
créatures dans les profondeurs des océans. Puis l'immense
vaisseau s'éleva et disparut dans les profondeurs insondables
de l'espace. Sur la Terre, d'incroyables créatures '
vivaient, se battaient, se multipliaient et disparaissaient.
L'atmosphère se transforma. Le feuillage changea et les
créatures évoluèrent. Des millions d'années passèrent et,
de l'Observatoire des Sages, à des univers de distance, on
montait la garde.

« La Terre oscillait sur son orbite et un dangereux degré
d'excentricité se manifestait. Un navire spécial fut dépêché
du coeur de l'Empire. Les hommes de science décidèrent
qu'une masse unique de terre était insuffisante pour empêcher
les mers de prendre le dessus et de déséquilibrer le
monde. Un mince faisceau lumineux sortit brusquement du
grand vaisseau, qui planait à des kilomètres au-dessus de la
surface de la planète. Le continent terrestre exposé se mit à
frissonner et à se fendre en plusieurs masses de moindre
importance. De violents séismes se produisirent et, avec le
temps, les masses de terre se mirent à dériver et à former
des remparts contre lesquels les eaux, dorénavant divisées
en plusieurs mers, se ruaient en vain. La Terre retrouva
une orbite et s'y stabilisa.

« Des millions d'années s 'écoulèrent. Des millions d'années
si on les mesure en années terrestres. Une fois encore,
une expédition en provenance de l 'Empire s'approcha de la
planète. Cette fois-ci, elle amenait avec elle les premiers
humanoïdes de ce monde. On fit descendre du vaisseau
d'étranges créatures violettes. Les femmes avaient huit seins,
tandis que les hommes - comme les femmes, d'ailleurs -
avaient la tête montée directement sur les épaules de façon
que, lorsqu'ils désiraient voir ce qui se passait de côté, ils
devaient faire pivoter tout leur corps. Leurs jambes étaient
courtes et leurs longs bras descendaient jusqu'en dessous de
leurs genoux. Bien qu'ils ne connussent point le feu ou les
armes, ils ne cessaient de se battre. Ils vivaient dans des
cavernes et dans les branches des grands arbres. Leur nourriture
se composait de baies, d'herbes et d'insectes grouillant
sur le sol. Toutefois, les Surveillants ne se montraient pas
satisfaits, car ces humanoïdes n'étaient que des créatures
sans cervelle, incapables de faire preuve d'initiative et ne
montrant aucun signe permettant de croire qu'elles évoluaient.

« A ce stade, les vaisseaux de cet Empire patrouillaient
constamment dans l 'univers contenant le système solaire.
Nous mettions également d'autres mondes en valeur. Celui
d'une autre planète évoluait beaucoup plus rapidement que la
Terre. Un navire de la patrouille fut dépêché vers la Terre,
où il se posa. On captura quelques indigènes violets, on les
examina, et il fut décidé que toute la race devrait être exterminée,
de la même manière qu'un jardinier détruit les
mauvaises herbes. Une sorte de peste s'abattit sur la Terre
et tous les humanoïdes périrent. » La Voix interrompit cet
exposé et déclara: « Prochainement, les gens de chez toi,
les Terriens, utiliseront la même technique pour mettre un
terme à une invasion de lapins, mais vos gens provoqueront
une épidémie qui fera mourir les lapins à petit feu; nous,
nous le faisons sans douleur.

« Des cieux descendit une autre Arche qui transportait
un assortiment d'animaux ainsi que des humanoïdes très
différents des premiers. On les répartit sur toutes les terres
selon leur type et, quelquefois même, leur couleur, afin
qu'ils puissent s'adapter aux conditions des régions où ils
devaient vivre. La Terre, cependant, ronflait et grondait
encore. Les volcans vomissaient toujours leurs flammes et
leurs fumerolles, et la lave en fusion dévalait toujours des
flancs des montagnes. Les mers se refroidissaient et la vie
qui s'y développait se modifiait afin de s'adapter aux conditions
du nouveau milieu. Aux deux pôles, les eaux étaient
froides et les premières glaces commencèrent à faire leur
apparition sur la Terre.

« Le Temps s'écoula. L'atmosphère terrestre changea.
Les excroissances arborescentes, comme les fougères, cédèrent
la placa à de prosaïques arbres. Les différentes formes
de vie commencèrent à se stabiliser. Une puissante civilisation
se mit à fleurir. Les Jardiniers de la Terre entreprirent
de se déplacer autour du globe et visitèrent une ville après
l'autre. Toutefois, certains d'entre eux se montrèrent un
peu trop familiers avec leurs vassaux humains, ou du moins
avec les femmes de ces derniers. Un prêtre pervers, appartenant
à la race humaine, parvint à persuader une jolie
femme de séduire l'un des Jardiniers et d'ainsi l'amener à
trahir des secrets inviolables. Très bientôt, la femme fut
en possession de certaines armes dont notre homme avait la
garde. Le prêtre se les appropria dans l'heure qui suivit.

« Faisant preuve de traîtrise, certains membres de la
caste sacerdotale s'appliquèrent à fabriquer des armes atomiques
en utilisant comme modèle l'une de celles qu'ils avaient
dérobées. On se mit à ourdir un complot et l'on invita certains
Jardiniers dans un temple, sous prétexte de libations
et d'actions de grâces. Là, sur ce terrain sacré, on les empoisonna,
on leur vola leur équipement et on lança un assaut
violent contre les autres Jardiniers. Au cours de l'engagement,
un prêtre fit exploser la pile atomique d'un vaisseau
spatial immobilisé au sol. Le monde entier en trembla et
ce vaste continent qu'était l'Atlantide sombra dans les
flots. Dans des pays fort éloignés, des tornades fendirent
les montagnes et déchiquetèrent les humains . De gigantesques
vagues se lancèrent à l'assaut des continents, et la vie
humaine disparut pratiquement de la surface de la planète.
Cette dernière se trouvait presque dépeuplée, à l'exception
de quelques créatures terrorisées qui se blottissaient en geignant
dans les profondeurs de cavernes isolées.

« Pendant des années, la Terre trembla, frissonna sous
les effets de l'explosion atomique . Pendant des années, nul
Jardinier ne vint inspecter ce monde. Les radiations étaient
très fortes et les survivants terrorisés en vinrent à engendrer
une descendance où l'on décelait des mutations. La flore se
trouva affectée par ces changements et l'atmosphère se dégrada.
Des nuages rouges et bas se mirent à obscurcir le firmament.
Très longtemps après ces événements, les Sages
décrétèrent qu'une autre expédition devait se rendre sur Terre
et amener avec elle de nouvelles espèces pour réensemencer
leur « jardin », désormais profané. La grande Arche transportant
des humains, des animaux et des plantes se mit en
route à travers les immensités de l'espace. »
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LightInWay
Ecrit le: Jeudi 17 Novembre 2011 à 19h25 Posted since your last visit
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[...]

« Nous devrons parler longtemps aujourd'hui, dit le vieil
ermite, au moment où ils terminaient leur maigre déjeuner,
car je sens que les Champs Célestes m'appellent de toute
urgence . Il existe une limite à ce que la chair peut supporter
et j 'ai depuis longtemps dépassé toute espérance normale de
vie humaine. »

Le jeune homme parut triste. Chez lui, une affection
profonde avait surgi pour le vieillard et il estimait que les
souffrances de ce dernier avaient vraiment été trop grandes.
« Je serai prêt lorsque vous le serez, ô Vénérable, dit-il,
mais permettez-moi tout d'abord de remplir votre bol d'eau. »
Il se leva, rinça l'écuelle et la remplit d'eau fraîche.
Le vieil ermite reprit son récit: « Sur l'écran, l'Arche
apparut à mes yeux, immense et encombrante; un vaisseau
qui aurait contenu le Potala et toute la Cité de Lhassa, y
compris les lamaseries de Sera et de Drepung. Un vaisseau
si énorme que les humains qui en sortaient ne semblaient
pas plus grands que les fourmis travaillant dans le sable.
On déchargea de grands animaux et des hordes entières de
nouveaux humains. Tous semblaient hébétés, probablement
drogués pour qu'ils ne se battent point. Des hommes portant
d'étranges choses sur leurs épaules volaient aux alentours,
tout comme les oiseaux volent. Ils surveillaient le
troupeau d'hommes et d'animaux et les touchaient avec des
baguettes de métal.

« L'astronef vola autour du monde et se posa en plusieurs
endroits, laissant derrière lui des animaux de diffé-
rentes espèces. Certains humains étaient blancs, d'autres
noirs, d'autres jaunes. Il y en avait de petite et de grande
taille, les uns à cheveux noirs, d'autres à cheveux blancs.
Il y avait des animaux au pelage strié, des animaux avec
un long cou, d'autres sans cou. Jamais je n 'avais réalisé qu'il
pouvait exister une telle gamme de couleurs, de dimensions,
de types chez des créatures vivantes. Certaines des espèces
marines étaient de dimensions si imposantes que cela me prit
quelque temps avant de comprendre comment elles pouvaient
bien se mouvoir. Cependant, dans la mer, elles semblaient
aussi agiles que les poissons de nos lacs.

« Constamment, en l'air, on pouvait voir de petits navires
dans lesquels se trouvaient des gens qui vérifiaient
tout ce qui se rapportait aux nouveaux habitants de la
Terre. Au cours de leurs incursions dans les différentes
régions, ils dispersaient les vastes troupeaux et s'assuraient
qu'humains et animaux étaient convenablement disséminés
sur la surface du globe. Les siècles passèrent; l'Homme
était toujours incapable d'allumer un feu ou de façonner de
grossiers instruments de pierre. Les Sages organisèrent des
conférences et décidèrent que l'on devait améliorer l'espèce
en implantant sur Terre des humanoïdes plus intelligents
que les autres, qui savaient comment allumer un feu et travailler
le silex. C'est ainsi que les siècles passèrent et que
les Jardiniers de la Terre implantèrent des spécimens nouveaux
et virils qui allaient perfectionner l'espèce humaine.
Graduellement, l'humanité se mit à progresser du stade de la
fabrication d'outils de silex taillé jusqu'à celui du feu. Graduellement,
on construisit des maisons et des villes se formèrent.
Les Jardiniers circulaient constamment parmi les
créatures humaines et ces dernières en vinrent à les considérer
comme des dieux descendus sur Terre.

« La Voix interrompit le récit en disant : « Il est absolument
inutile d'étudier en détail la kyrielle d'ennuis qui
survinrent dans la nouvelle colonie de Terriens. Je me bornerai,
pour votre information, à ne mentionner que les
faits les plus saillants. Pendant que je parlerai, vous pour-
rez voir, au moment opportun, des illustrations qui vous faciliteront
la compréhension des faits.

« L'Empire était puissant. Toutefois, d'un autre univers
vinrent des individus violents qui tentèrent de nous arracher
nos possessions . Ces individus étaient des humanoïdes ,
et, sur leur tête, on pouvait voir des excroissances cornues
poussant à la hauteur des tempes . Ils avaient également
une queue. Ces gens étaient d'une nature guerrière à nulle
autre parejlle. Pour eux, la guerre constituait un sport
autant qu'un métier. Leurs noirs vaisseaux fondirent dans
cet univers et ces barbares saccagèrent des mondes que nous
avions récemment ensemencés. Des batailles catastrophiques
s'ensuivirent. Certains mondes restèrent complètement
désolés; d'autres disparurent dans des éruptions de nappes
de feu et de flammes; leurs débris se répandirent sur les
routes spatiales et subsistent encore de nos jours sous la
forme de ce que nous appelons la Ceinture d 'Astéroïdes.
Des mondes, naguère fertiles, eurent leur atmosphère littéralement
souillée par les explosions, et tous ceux qui y
vivaient périrent. Un monde ricocha sur un autre monde
et le projeta contre la Terre. La planète en fut ébranlée et
se trouva déplacée sur une autre orbite, ce qui allongea les
journées terrestres .

« Au cours de cette collision, de gigantesques décharges
électriques se dégagèrent des deux mondes. Les cieux s'embrasèrent
une fois de plus. De nombreux Terriens moururent.
De grandes inondations ravagèrent la surface du
globe, et des Jardiniers, pleins de compassion, s'empressèrent
de voler dans leurs Arches au secours des victimes, afin
d'y faire monter des êtres humains et des animaux qu'ils emmenaient
vers des lieux plus sûrs situés dans les hauteurs.
Beaucoup plus tard, ces faits donnèrent naissance à des
légendes inexactes aux quatre coins des territoires terrestres.
Cependant, dans l'espace, la bataille était gagnée. Les
forces de l'Empire écrasèrent les sinistres envahisseurs et
en capturèrent un bon nombre.

« Le Prince des Envahisseurs, le Prince Satan, supplia
qu'on lui laissât la vie sauve sous prét??xte qu'il avait beaucoup
de choses à apprendre aux peuples de l'Empire et
que, dorénavant, il se consacrerait entièrement au bien
d'autrui. Sa vie, ainsi que celle de ses plus proches lieutenants,
fut épargnée. Après avoir passé quelque temps en
captivité, il montra autant de zèle à vouloir coopérer à la
reconstruction du système solaire qu'il en avait montré à le
profaner. Etant des hommes pleins de bonne volonté, les
amiraux et les généraux de l'Empire étaient incapables de
déceler la traîtrise et les intentions malicieuses chez les
autres. Ils acceptèrent l'offre et assignèrent des tâches au
Prince Satan et à ses auxiliaires, sous la surveillance d'hommes
de l'Empire.

« Sur la Terre, les indigènes étaient traumatisés par
les épreuves qu'ils avaient subies. Ils avaient été décimés
par les inondations ainsi que par les flammes issues
des nuages. On amena de nouvelles espèces en provenance
de planètes éloignées où certains humains avaient survécu.
Maintenant, les terres étaient tout autres, les mers étaient
tout autres. A la suite du changement complet d'orbite, le
climat s'était modifié. Maintenant, il existait une ceinture
équatoriale torride, tandis que la glace se formait abondamment
dans les deux régions polaires. Des icebergs se
détachèrent des masses principales et se mirent à flotter
dans les mers. D 'énormes animaux périrent soudainement
de froid. Les forêts disparurent du fait que leurs conditions
d'existence se trouvèrent modifiées de façon aussi draconiennes.

« Très lentement, les conditions de vie en vinrent à se
stabiliser. L'Homme commença à bâtir un genre de civilisation.
Mais l'Homme était devenu trop combatif; il se mit
à persécuter tous ceux qui étaient plus faibles que lui .
Afin d'améliorer l'espèce de base, les Jardiniers prirent
l'habitude d'implanter de nouveaux spécimens . L'évolution
de l'Homme se poursuivit et un type plus affiné de créature
commença à se définir lentement . Les Jardiniers n'en furent
pourtant pas satisfaits. On décida qu'il fallait qu'un nombre
plus important de Jardiniers vivent sur la Terre avec leur
famille. Pour des raisons de commodité, nous utilisâmes le
sommet des montagnes ainsi que d'autres endroits élevés
pour y installer nos bases. Un homme et une femme apparurent
dans leur vaisseau spatial sur une jolie montagne
située dans l'une des terres orientales. Izanagi et Izanami
devinrent les protecteurs et les fondateurs de la race japonaise
et (la Voix sembla lugubre et fâchée en même temps) ,
une fois de plus, on inventa d'invraisemblables légendes .
Comme ils formaient un couple et qu'ils étaient apparus
dans la même direction que celle du Soleil, Izanagi et Izanami
se trouvèrent transformés dans l'imagination des indigènes
en dieu et en déesse solaires venus vivre parmi eux. »

« Sur l'écran qui se trouvait en face de moi , je vis le
soleil d'un rouge sang qui brillait intensément dans le ciel.
Dans cette direction apparut un brillant vaisseau teinté de
rouge par les reflets des rayons du soleil couchant. Le
vaisseau descendit davantage, plana et se mit à décrire
nonchalamment des cercles dans le ciel. Enfin, lorsque les
rayons rougeâtres du soleil crépusculaire se trouvèrent réfléchis
par la cime recouverte de neige, l'astronef descendit
jusqu'à un plateau perché au flanc de la montagne. Les
dernières lueurs du soleil illuminèrent l'homme et la femme
qui descendirent du navire spatial, regardèrent aux alentours
puis rentrèrent. Les indigènes à la peau jaune, prosternés
devant le vaisseau, frappés d'une terreur profonde à la vue
du spectacle grandiose qui s'offrait à leurs yeux, attendaient
dans un silence plein de respect avant d'être engloutis dans
les ténèbres .

« L'image changea et je vis une autre montagne située
dans un pays éloigné. Où? Je ne pouvais le dire, mais on
devait bientôt me renseigner. Des astronefs apparurent dans
le ciel, survolèrent les environs et finirent par descendre
en formation de vol et par occuper le flanc d'une montagne.
« Les Dieux de l'Olympe ! déclara la Voix d'un ton Sal'castique.
Les soi-disant Dieux qui apportèrent de nombreuses
épreuves et de nombreuses tribulations à ce jeune monde !

Ces gens, qui comptaient dans leurs rangs l'ex-Prince Satan,
vinrent s'installer sur Terre, mais le Centre de l'Empire se
trouvait bien loin . . . Les jeunes gens que l'on avait dépêchés
sur Terre afin qu'ils prennent de l'expérience se laissèrent
démoraliser par l'ennui et par les exhortations de Satan.
« Zeus, Apollon, Thésée, Aphrodite, les filles de Cadmus,
bien d'autres, faisaient partie de ces équipages. Le messager
Mercure se rendait d'un navire spatial à l'autre à travers
le monde, afin de colporter des messages . . . et des scandales.
Les hommes brûlèrent de désir pour les femmes d'autrui.
Et les femmes se mirent à tendre des embuscades aux hommes
qu'elles désiraient. Dans les cieux du monde, ce ne
furent que courses effrénées de vaisseaux lancés à toute
vitesse par des femmes poursuivant des hommes, ou par des
maris essayant d'appréhender l'épouse enfuie du foyer. Témoins
des fantaisies sexuelles de ceux qu'ils avaient investis
de la qualité de dieu, les ignorants indigènes de ce monde en
vinrent à penser qu'ils devaient vivre, eux aussi, de la même
manière. C 'est ainsi que l'on vit l'avènement d'une ère de
débauche au cours de laquelle toutes les lois de la décence
furent transgressées .

« Certains indigènes, plus astucieux que la moyenne de
leurs congénères, s'octroyèrent la qualité de prêtre et prétendirent
être la Voix des Dieux. Les « Dieux », de leur
côté, étaient trop occupés à leurs orgies pour être au courant
de ce qui se passait. Mais ces débauches donnèrent lieu
à des excès et furent l'occasion de meurtres si nombreux que,
finalement, on finit par en entendre parler jusque dans l'Empire.
Toutefois, les prêtres indigènes, ceux qui prétendaient
être les envoyés des Dieux, se mirent à rapporter par écrit
les événements, mais en changeant bien des faits et dits
afin que leur propre pouvoir s'en trouve accru. Il en a toujours
été ainsi dans l'histoire du monde, c'est-à-dire que
certains des indigènes relatèrent non ce qui était réellement
arrivé, mais ce qui pouvait rehausser leur propre pouvoir
et leur propre prestige. La plupart des légendes ne consti-
tuent même pas une approximation des faits qui se sont
véritablement déroulés.

« On me déplaça devant un autre écran. On pouvait
voir un autre groupe de Jardiniers, de « Dieux ». Horus,
Osiris, Anubis, Isis et bien d'autres encore. Là aussi, se
déroulaient des orgies. Là aussi, un ancien lieutenant du
Prince Satan se dépensait pour tenter de saboter tous les
efforts entrepris en vue de diffuser le bien dans ce petit
monde. Là aussi, les inévitables prêtres écrivaient leurs interminables
et inexactes légendes. Certains parvinrent à
gagner la confiance des Dieux et ainsi à accaparer des connaissances
interdites aux indigènes (pour leur propre bien
d'ailleurs) . Ces indigènes formèrent une société secrète dont
les buts étaient de s'approprier d'autres connaissances interdites
et d'usurper le pouvoir des Jardiniers. Mais la Voix
continuait à parler. « Nous eûmes de nombreux ennuis
avec certains des indigènes et dûmes prendre des mesures
répressives. Certains des prêtres indigènes, qui avaient volé
de l'équipement aux Jardiniers, ne furent pas capables d'en
conserver le contrôle et une série de plaies déferlèrent sur
la Terre. Un grand nombre de personnes passèrent de vie
à trépas; les récoltes se gâtèrent.

« Certains des Jardiniers, sous la direction du Prince
Satan, avaient établi une Capitale du Péché dans les villes
de Sodome et de Gomorrhe, où tous les genres de vices, de
perversions, de dépravations étaient considérés comme des
vertus. Le Maître de l'Empire mit solennellement Satan en
garde et l'invita à démissionner et à s'en aller. Satan se
gaussa de lui. Certains parmi les habitants les plus respectables
de Sodome et de Gomorrhe furent sommés de quitter
la ville. Puis, à une heure donnée, solitairement, un véhicule
spatial passa rapidement dans le ciel et fit tomber un
petit paquet. Ces villes furent effacées de la carte dans les
flammes et la fumée. De grands nuages en forme de champignon
montèrent à l'assaut d'un ciel frémissant, alors qu'au
sol on ne voyait que dévastation, pierres en ruine, rochers
fondus, sans compter les incroyables débris des habitations
humaines éventrées. La nuit, toute la région fut illuminée
par une souffreteuse lueur violette. Très peu d'habitants
échappèrent à cet holocauste.

« A la suite de cet avertissement salutaire, on décida de
retirer tous les Jardiniers de la surface du globe, de ne plus
avoir de contacts avec les indigènes, mais de les traiter
comme des spécimens venant de loin. Les patrouilles entreraient
encore dans l'atmosphère terrestre. Le monde et ses
indigènes continueraient à être surveillés, mais nul contact
officiel n 'aurait cours. A la place, on décida d'installer sur
Terre des indigènes spécialement formés et qui pourraient
être « implantés » là où des gens appropriés pourraient les
trouver. L'homme qui fut connu plus tard sous le nom de
Moïse constitue un exemple de ces « implantations ». Une
indigène sélectionnée fut enlevée de la Terre et fécondée à
l'aide d'une semence contenant les caractéristiques nécessaires.
Encore dans le sein de sa mère, l'enfant fut entraîné
de manière télépathique et on lui inculqua de vastes connaissances
(vastes du moins pour les indigènes) . Puis il fut
conditionné de façon hypnotique à ne point révéler son savoir
avant un temps bien déterminé .

« Le bébé vint au monde en temps et lieu et l'on poursuivit
sa formation ainsi que son conditionnement. Plus
tard, on plaça l'enfant dans un contenant idoine et, sous le
couvert de la nuit, on le déposa en lieu sûr, sur un lit de
roseaux où on ne manquerait pas de le trouver rapidement.
Lorsqu'il arriva à peu près à l'âge adulte, nous eûmes de
fréquents contacts avec lui. Lorsque cela s'avérait nécessaire,
un petit astronef se rendait au sommet d'une montagne et se
dissimulait dans les nuages naturels ou bien dans ceux que
nous fabriquions nous-mêmes . L'homme Moïse escaladait
alors la montagne et montait à bord, pour nous quitter
ensuite en transportant un Bâton de Pouvoir ou des Tablettes
de Commandement spécialement compilées et préparées à
son intention.

« Tout ceci ne suffisant pas, nous dûmes avoir recours
à un stratagème similaire dans d'autres pays. Dans la con-
trée que l'on connaît actuellement sous le nom d'Inde, nous
entreprîmes de former et de diriger de façon toute spéciale
l'enfant mâle d'un Prince très puissant. Nous avions estimé
que sa puissance et son prestige amèneraient les indigènes
à le suivre et à adhérer à une certaine forme de discipline
que nous avions mise au point en vue d'améliorer leur
état spirituel. Cependant, Gautama avait ses idées personnelles
sur la question et, au lieu de le rejeter, nous lui avons
permis de créer sa propre forme de discipline spirituelle.
Une fois de plus nous en sommes venus à la conclusion que
les disciples ou prêtres - généralement pour leur bénéfice
personnel - déformaient les enseignements dans leurs écrits.
C 'est ainsi que les choses se sont toujours passées sur Terre;
il y a toujours eu quelques cliques d'individus qui se sont
arrogé l'appellation de prêtres pour rédiger ou remanier les
écritures de façon à ce que leurs propres pouvoirs et avantages
s'en trouvent accrus.

« Il y eut bien d'autres hommes qui créèrent de nouvelles
sectes religieuses : Mahomet, Confucius; ils sont trop
nombreux pour qu'on les mentionne tous. Néanmoins, chacun
de ces fondateurs se trouvait sous notre contrôle, chacun
de ces hommes était formé par nos soins, avec, à la base,
l'intention d'établir une croyance mondiale pour que les
fidèles puissent suivre leurs chefs spirituels sur les bons
chemins de la vie. Nous essayâmes de persuader chaque
humain de ne pas faire à autrui ce qu'il ne voudrait pas
qu'on lui fît. Nous tentâmes d'établir un état d'harmonie
universelle semblable à celui qui existait dans notre propre
Empire, mais cette nouvelle humanité n'était pas suffisamment
avancée pour mettre son égoïsme au rancart et travailler
au bien-être de la communauté.

« Les Sages étaient très mécontents des progrès réalisés.
Après y avoir mûrement réfléchi, ils proposèrent un nouveau
programme. L'un d'eux avait remarqué que tous
ceux que nous avions délégués sur Terre jusqu'à ce jour
avaient été implantés dans les familles les plus riches. Comme
il le souligna avec justesse, de nombreuses personnes
issues de classes inférieures rejetaient automatiquement les
déclarations de ces personnages appartenant aux classes supérieures.
En utilisant tout d'abord les Documents Akashiques,
nous nous mîmes à rechercher une femme convenant
à nos desseins et capable de mettre au monde un fils. Une
femme appropriée à cette tâche, issue d'une famille idoine
de la classe inférieure, venant d'un pays où l'on estimait
qu'une nouvelle religion, qu'une nouvelle doctrine pouvait
prendre racine. Nos chercheurs travaillèrent d'arrache-pied
à cette entreprise et un nombre relativement important de
possibilités se présentèrent à eux. On déposa secrètement
trois hommes et trois femmes sur Terre afin qu'ils poursuivent
leur enquête et découvrent la famille convenant le mieux
à ce projet.

« L'opinion générale joua en faveur d'une jeune femme
sans enfant, mariée à un artisan pratiquant l'un des plus
anciens métiers de la Terre, celui de charpentier. Les Sages
en déduisirent qu'étant donné que la majorité des gens appartenaient
à cette classe sociale, ils seraient plus portés à
suivre les enseignements d'un des leurs. C'est ainsi que
l'un d'entre nous rendit visite à cette femme et qu'elle le
prit pour un ange. Notre envoyé lui déclara qu'elle allait connaître
un grand honneur, qu'elle allait porter un enfant mâle
qui fonderait une nouvelle religion . La femme tomba enceinte
en temps opportun, mais voilà que survint l'un de ces
événements si courants dans cette partie du monde: la
femme et son époux durent fuir leur foyer à cause des persécutions
d'un roitelet local.

« Lentement, ils cheminèrent et voyagèrent jusqu'à une
ville du Proche-Orient où la femme découvrit qu'elle était
prête à enfanter. Le couple ne trouva point de logement,
mais dut s'installer dans l'étable d'un caravansérail. C'est là
que l'enfant vit le jour. Nous suivions les épreuves des fugitifs
et nous nous tenions prêts à intervenir, le cas échéant.
Trois membres d'équipage du vaisseau de surveillance descendirent
à terre et se rendirent à l'étable. Ils furent cons-
ternés d'apprendre qu'on avait aperçu leur aéronef et qu'à
l'Occident, on l'avait décrit comme une Etoile.

« Le bébé devint garçonnet et, grâce à l'endoctrinement
spécial qu'il recevait constamment par télépathie, il paraissait
fort prometteur. Lorsqu'il était jeune, il se querellait
avec ses aînés et, malheureusement, s'attira l'hostilité du
clergé local. Dès qu'il eut atteint l'âge adulte, il s'éloigna
de ses amis et camarades et se mit à voyager dans de
nombreux pays situés au Proche- et en Extrême-Orient. Nous
le dirigeâmes jusqu'au Tibet. Il traversa la chaîne de montagnes
et séjourna pendant quelque temps dans la Cathédrale
de Lhassa, où, encore aujourd'hui, on conserve la
trace de ses mains. C 'est là qu'on le conseilla et qu'on l'aida
à formuler une religion acceptable aux peuples d'Occident.

« Au cours de son séjour à Lhassa, il subit un traitement
spécial au cours duquel son corps astral de Terrien
humain fut libéré et emmené vers une autre existence. A sa
place, on inséra un corps astral appartenant à l'un de nos
élus. Il s'agissait d'une personne possédant une vaste expérience
dans les affaires spirituelles, une expérience infiniment
plus grande que celle que l'on pouvait obtenir dans
n 'importe quelle condition sur la Terre. Nous avons fréquemment
recours à cette solution de transmigration lorsque
nous avons affaire à des espèces arriérées. Lorsque tout fut
prêt, l'Elu entreprit le long voyage de retour vers son pays
d'origine. Une fois rentré, il parvint à recruter des gens
de ses connaissances, qui devaient l'assister à répandre la
nouvelle religion .

« Malheureusement, le premier occupant du corps s'était
fait des ennemis chez les prêtres. Maintenant, ceux-ci s'en
souvenaient et ils organisèrent soigneusement une petite
mise en scène à l'issue de laquelle l'homme devait être
appréhendé. Comme ils manipulaient le juge chargé de l'affaire,
les résultats étaient prévisibles. Nous songeâmes tout
d'abord à nous précipiter au secours de notre homme, mais
en vînmes à la conclusion que les résultats d'une telle opé-
ration ne pourraient que se révéler néfastes pour la jeune
religion et pour la population en général.

« La nouvelle forme de discipline spirituelle fit des
adeptes. Une fois de plus, il y eut des individus qui modifièrent
les Enseignements pour servir leurs intérêts personnels.
Environ soixante ans après la mise au point de cette
discipline, il y eut un grand congrès dans la ville procheorientale
de Constantinople. De très nombreux prêtres y
participèrent. Beaucoup d'entre eux étaient des hommes pervertis,
en proie à des désirs sexuels dépravés; en effet, ils
estimaient que les rapports sexuels entre hommes et femmes
étaient impurs. Sous l'influence de leur vote majoritaire,
les véritables Enseignements furent modifiés afin de faire
paraître les femmes comme des êtres impurs. Dès lors,
ils se mirent à enseigner - et ils étaient dans l'erreur complète
- que tous les enfants naissaient en état de péché.
Puis ils décidèrent de publier un livre relatant les événements
des soixante années précédentes.

« On engagea des chroniqueurs pour écrire des livres
dans ce même ordre d'idées, en utilisant autant que pos- ??
sible les contes et les légendes transmis oralement (avec
toutes les inexactitudes qu'ils comportaient) . D'année en
année, différents comités d'étude furent formés afin de corriger,
d 'expurger et de modifier les passages qui ne plaisaient
pas aux censeurs. On publia finalement un livre qui n'enseignait
pas la vraie Croyance et dont le but était en fait
de renforcer le pouvoir du clergé. Au cours des siècles
qui suivirent, les prêtres, qui auraient dû se consacrer au
développement spirituel de l'Humanité, firent tout pour garder
les gens dans l'ignorance. Ils propagèrent de fausses
légendes, déformèrent les faits. A moins que les Terriens
- et particulièrement les funestes prêtres - ne changent
leur façon de vivre, nous, Gens de l'Empire, devrons prendre
possession du monde terrestre. En attendant et sauf
en des cas extrêmes comme celui que je viens d'évoquer,
nous avons l'ordre de ne point discuter avec l'Homme et
de ne faire aucune concession aux gouvernements de la
Terre. »


« La Voix s'arrêta. Tout engourdi, je flottai devant ces
écrans où les scènes changeaient constamment, regardai les
images telles qu'elles se présentaient à mes yeux, avec ces
myriades d'événements qui s'étaient déroulés voilà si longtemps.
Je vis également la plupart des choses destinées à se
dérouler dans l'avenir probable, car on peut prédire l'avenir
de façon relativement exacte lorsqu'il s'agit d'un monde
et même d'un pays. Je vis ma chère patrie envahie par les
Chinois tant exécrés. Je vis la montée et la chute d'un régime
politique maléfique, qui semblait avoir pour nom
quelque chose comme « communisme », bien que ceci n'eût
pour moi aucune signification. Finalement, je me sentis
horriblement épuisé. Je réalisai que même mon corps astra1
souffrait des contraintes qu'on lui avait imposées. Les
écrans, d'où jaillissaient jusqu'à cet instant de superbes
couleurs, devinrent gris . Ma vue se brouilla et je perdis
connaissance.

« Un balancement terrifiant m'arracha au sommeil - ou
à mon état d'inconscience. J 'ouvris les yeux . . . mais je
n'avais pas d'yeux! Bien que je fusse toujours incapable
de bouger, j 'étais, dans une certaine mesure, conscient du
fait que j 'avais réintégré mon corps physique. Le balancement
que je ressentais m'était transmis par la table sur laquelle
je reposais, alors que l'on me ramenait le long du
couloir du vaisseau spatial. Une voix dénuée d'émotion déclara
sèchement : « Il est conscient ». Il y eut un grognement
approbateur et je n 'entendis plus rien qu'un traînement
de pieds et un léger raclement métallique lorsque,
parfois, ma table cognait contre un mur.

« Je me retrouvai seul dans la chambre de métal . Les
hommes avaient déposé ma table et s'étaient retirés en silence.
Je songeais aux merveilles que l'on m'avait montrées
en bloc et, pourtant, j 'étais en proie à quelque ressentiment.
Cette constante diatribe contre les prêtres . . . J 'étais
moi-même un prêtre et ils étaient heureux de pouvoir, contre
mon gré, recourir à mes services. Tandis que je gisais ainsi,
ressassant les événements de ces derniers temps, j'entendis
le panneau de métal glisser. Un homme entra et referma
la porte derrière lui .

« Alors, Moine, s'exclama la voix du Docteur. Tu as
fort bien fait cela. Nous sommes très fiers de toi . Pendant
que tu étais inconscient, nous avons réexaminé ton cerveau
et nos instruments nous disent que toutes les connaissances
sont convenablement emmagasinées dans tes cellules cérébrales.
Grâce à toi, nos jeunes gens ont appris beaucoup
de choses. Bientôt, on te libérera. Cette nouvelle te rendelle
heureux? »

« Heureux, Monsieur le Docteur? rétorquai-je. Et qu'aije
donc au monde pour être heureux? Vous me capturez,
vous me découpez la calotte crânienne, vous forcez mon
esprit à s'envoler hors de mon corps, vous m'insultez en
ma qualité de membre du clergé et, maintenant, après
m'avoir utilisé, vous allez me mettre aux rebuts comme
quelqu'un qui abandonne son enveloppe charnelle au moment
de sa mort. Heureux? Mais qu'ai-je donc ici-bas pour
être heureux ? Allez-vous me rendre mes yeux? Allez-vous
assurer ma subsistance? Si vous ne le faites pas, comment
serai-je capable de continuer à vivre? » C'est presque sur
un ton hargneux que je prononçai cette dernière phrase !
« Moine, l'un des principaux troubles qui affligent le
monde est que la plupart de vos gens sont négatifs, dit le
Docteur d'un air songeur. Personne ne peut toutefois dire
que toi, tu sois un être négatif, car tu énonces de façon
positive ce que tu as à dire. Si les gens pensaient toujours
de façon positive, il n'y aurait pas de troubles dans le
monde; malheureusement, les gens de chez toi semblent
naturellement portés à être négatifs, bien qu'il faille déployer
beaucoup plus d'efforts pour l'être que pour ne point
l'être . . . »

« Mais, Monsieur le Docteur! m 'exclamai-je, je vous ai
demandé ce que vous aviez l'intention de faire pour moi .
Comment vais-je vivre? Que vais-je faire? N 'ai-je donc
simplement qu'à retenir ce savoir jusqu'à ce que quelqu'un
se présente à moi et dise qu'il est l'homme élu pour ensuite
raconter mon aventure comme une vieille femme babillarde
sur une place de marché? Et qu'est-ce qui vous
fait croire que je vais m'acquitter de ma prétendue tâche,
surtout si l'on en juge par ce que vous pensez des prêtres? »
« Moine ! dit le Docteur, nous allons te placer dans une
caverne confortable, avec un beau plancher de pierre. Il y
aura un mince filet d'eau qui pourvoira à tes besoins en
liquide. Pour ce qui est de la nourriture, ta qualité de prêtre
y pourvoira; les gens t'apporteront des aliments. Une
fois de plus, il y a prêtres et prêtres; vos prêtres tibétains
sont généralement des hommes justes et nous avons rarement
maille à partir avec eux. N 'as-tu point remarqué que nous
avions déjà utilisé des prêtres du Tibet? Et tu me demandes
à qui tu dois transmettre ton savoir; souviens-toi de ceci :
lorsque la personne viendra, tu le sauras. C 'est à elle que
tu transmettras tes connaissances et à personne d'autre. »

« Je continuai à demeurer entièrement à leur merci.
Cependant, après quelques heures, le Docteur revint dans
ma chambre et me dit: « Maintenant, nous allons te rendre
la faculté de te mouvoir. Mais d'abord, nous avons pour
toi une nouvelle robe et une écuelle neuve. » Des mains
s'affairèrent autour de moi. On extirpa de curieux objets
de ma personne. On me découvrit et on me fit endosser la
nouvelle robe - une robe neuve -, la première robe neuve
que j 'aie jamais eue. Puis je fus capable de me mouvoir.
Quelque assistant de sexe masculin plaça son bras autour de
mon épaule et me fit descendre de la table. Pour la première
fois, depuis un nombre inconnu de jours, je me tenais
enfin debout.

« Cette nuit-là, je dormis plus paisiblement, enroulé
dans une couverture que l'on m'avait également donnée. Et,
au petit matin, comme je te l'ai déjà raconté, on m'a emmené
et installé dans la caverne où je vis depuis plus de
soixante ans. Maintenant, avant que nous nous reposions,
prenons un peu de thé, car ma tâche touche à sa fin . »

[...]

Le jeune moine regarda nerveusement autour de lui .
Plein d'espoir, il chercha anxieusement les éventuelles toiles
d'araignée qui auraient pu se coller à lui, mais n 'en aperçut
point. Puis il se mit à penser au vieil ermite et se reprocha
mentalement de n'y avoir pas pensé plus tôt. « 0 Vénérable
! dit-il craintivement, allez-vous bien? » Il tendit
l'oreille et écouta attentivement. Il ne reçut aucune réponse,
pas même un écho. Timide, il s'avança lentement, peureusement,
en se faisant précéder par les deux brandons
enflammés. Arrivé au fond de la caverne, il tourna à droite,
là où il n'avait jamais mis les pieds, puis poussa un soupir
de soulagement lorsqu'il vit le vieillard assis dans la position
du lotus, au fond de cette caverne de moindre importance.

Alors que le jeune homme allait se retirer discrètement,
un scintillement étrange et répété retint son attention.
Regardant attentivement, il aperçut de l'eau sortant goutte
à goute d'une anfractuosité du rocher. Maintenant, le jeune
moine avait repris son calme. « Je m'excuse d'être ainsi
entré chez vous, ô Vénérable, dit-il, mais j'avais craint un
instant que vous ne fussiez malade. Je vais vous laisser. »
Mais il n'y eut pas de réponse. Pas un mouvement. Le
vieillard demeurait assis, rigide comme une statue de pierre.
Non sans appréhension, le jeune homme s'avança et observa
un instant la forme immobile. Finalement, rempli de crainte,
il tendit le bras et toucha l'épaule de l'Ancien. L'esprit de
ce dernier l'avait quitté. Précédemment aveuglé par le
vacillement des flammes, le jeune moine n'avait pas pensé
à l'aura et, maintenant, il remarquait qu'elle n'était plus là
non plus, qu'elle s'était estompée.

Tristement, le jeune homme s'assit devant le cadavre,
les jambes croisées, et récita le très ancien rituel des morts,
fournissant les instructions indispensables au voyage de
l'Esprit vers les Champs Célestes, le prévenant des dangers
qui peuvent le guetter en ces heures troubles, des embûches
semées sur sa route par des puissances maléfiques . Ses
obligations religieuses remplies, l'élève se leva lentement,
s'inclina devant la dépouille mortelle et sortit de la caverne
en tâtonnant, car les torches s'étaient depuis longtemps
consumées . . .


FIN
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LightInWay
Ecrit le: Vendredi 18 Novembre 2011 à 18h45 Posted since your last visit
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Il y a des contradictions sur la version de la fin de l'Atlantide entre ce qui est dit par Rampa et ce qui est dit soit par Edgard Cayce ou par le conseil des neufs.

On a aussi la remarque à faire que la source d'énergie centrale des vaisseaux indiquée est une pile atomique. C'est une source d'énergie peu évoluée, correspondant à ce que peut imaginer une personne des années 60 sans vraie source d'information sur ce sujet.
Les contactés indiquent depuis toujours une source d'énergie cosmique captée par les vaisseaux, on a renommé ceci système d'énergie du vide de manière moderne. Ces systèmes sont basés sur des cristaux la plupart du temps. Bref rien à voir avec de l'énergie atomique, qui est ridiculement primitive.

Enfin on voit que pour des être sensés avoir des milliards d'années derrière eux dans leur évolution, ils ne sont pas bien haut dans l'évolution: égotiques, attachés à des fonctions et de la reconnaissance par les leurs, encore soumis à des désirs basiques; pas des êtres d'amour et de lumière comme on pourrait attendre d'une avancée aussi grande. Les discussions autour des femmes possédées par les hommes de l'équipage, ou encore les livres dont on entend le papier se froisser font bien penser à une histoire de peu d'imagination. Les contactés n'ont jamais rapporté de "livres" papiers utilisés par une quelconque civilisation; des systèmes de type holographie dans des sortes de livre oui, répondant à la pensée pour y naviguer; et les comportements des êtres en question sont quand même assez de bas étage.

Pour moi tout ceci est autant d'argument pour dire que ces informations n'en sont pas de véritables; mais plutôt une histoire de science-fiction sortie de l'imaginaire de l'auteur. Disons qu'il y a un manque de cohérence par rapport à des données elles consistantes provenant de contactés.

Propos complémentaires à suivre après ce message:
http://www.chercheursduvrai.fr/forum/in...indpost&p=20256

Ce message a été modifié par Chercheur le Lundi 22 Juillet 2013 à 09h03
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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 19h43 Posted since your last visit
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Le Tibet n'a pas poussé que la "spiritualité" a son plus haut niveau.

C'est un état théocratique oppresseur, ou les moines avaient tout pouvoir sur le peuple réduit à l'état de serf.
Femmes, récoltes, pour les lamas, et torture, humiliations pour les autres.
Plus intrigues et meurtres (via rituels magiques ou empoisonnements) pour obtenir et garder le pouvoir.

Le peuple a vécu "l'invasion" de la chine comme une libération. Pour la Chine évidement, l'enjeu était les 17 (de mémoire) sources des fleuves chinois, ainsi que les emplacements pour les missiles balistiques.

Le Dalaï Lama qui fait payer ses conférences et interventions une vrai fortune a ceux qui viennent le voir (de mémoire 200€ pour 2H de conférence lénifiante à Paris) a été payé pendant des années par la CIA afin d'être utilisé dans la guerre des images pour discréditer la Chine (de même qu'un des derniers prix nobels de la paix - cf la dernière conférence d'Asselineau).
Il mène grand train et maîtrise parfaitement le "carressage dans le sens du poil".

Sans parler du Panchen Lama (a vérifier mais je crois ne pas confondre) qui a eu l’extraordinaire (vraiment !) courage de dénoncer les abus sexuels dont il a été victime de la part de ces "maîtres de la spiritualité" !

Maîtres qui ont aussi collaborés avec les Nazis en utilisant les armes psychiques pour manipuler la planète depuis leurs hauts plateaux.
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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 19h44 Posted since your last visit
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Citation (Amateur @ Dimanche 19 Mai 2013 à 19h25)
4 milliards d'humains enlevés et transportés ailleurs en 3 jours !!?? icon_smile.gif

Ce qui m'a toujours étonné en lisant les ouvrages de Lobsang Rampa dans les années 80, c'est pourquoi l'occident n'a jamais tenté de rapprocher les deux civilisations..

Les occidentaux ayant poussé le matérialisme à l'extrême et les Tibétains ayant poussé la spiritualité au plus haut de leurs possibilités..!!??

Surtout que Jules Romains et d'autres sans doute avant lui, avaient déjà conscience que des humains à la mentalité préhistorique, acquérant une puissance matérielle énorme, sur la nature était très risqué pour le futur !!??

T lobsang rampa, ma bible...
excepté les 3 ou 4 derniers livres qui n'étaient pas de lui, j'en suis persuadé, en dehors de ces concepts...

il a tout dit, mais à été hué comme certaines personnes actuellement.
pourquoi faut il que les vérités soient bafoués , moquées...
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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 20h09 Posted since your last visit
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Citation (Capra @ Dimanche 19 Mai 2013 à 18h44)
pourquoi faut il que les vérités soient bafoués , moquées...

Car chacun veut être important et avoir raison !! icon_smile.gif

J'ai bien aimé l'épisode des étoiles dans un de ses premiers livres.
Quand son maitre instructeur Dondup lui dit (un truc dans le genre) par une belle nuit étoilée
<<Regardes toutes ses étoiles. Imagines que la terre soit aussi grosse qu'un grain de sable sous la semelle d'un géant et que nous habitions sur ce grain de sable qui serait notre planète.. En regardant vers la semelle que verrais tu Lobsang ?>>
Lobsang ne sut que répondre, alors Dondup lui répondit:
<< Eh bien Lobsang, tu verrais des étoiles !!>>

Tout n'est il pas relatif ? icon_smile.gif


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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 20h11 Posted since your last visit
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les réflexions parfois laissaient pantois... mais troublantes de verité
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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 20h18 Posted since your last visit
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Citation (Capra @ Dimanche 19 Mai 2013 à 19h11)
les réflexions parfois laissaient pantois... mais troublantes de verité

Oui et l'épisode de la caverne des anciens, avec la lampe atomique réactivée toutes ces technologies, ces machines et le film catastrophe visionné expliquant qu'il y avait déjà eu une grande civilisation qui s'est auto détruite !! icon_sad.gif

Sans doute dans le désert de Gobi, avant l'érection de l'Himalaya !!


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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 20h52 Posted since your last visit
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Citation (Amateur @ Dimanche 19 Mai 2013 à 20h18)
Citation (Capra @ Dimanche 19 Mai 2013 à 19h11)
les réflexions parfois laissaient pantois... mais troublantes de verité

Oui et l'épisode de la caverne des anciens, avec la lampe atomique réactivée toutes ces technologies, ces machines et le film catastrophe visionné expliquant qu'il y avait déjà eu une grande civilisation qui s'est auto détruite !! icon_sad.gif

Sans doute dans le désert de Gobi, avant l'érection de l'Himalaya !!

je vois que tu as étudié le sujet icon_lol.gif

j'ai pas souvenir que c’étaient des lampes atomique, mais mes lectures datent.

un passage entre autres qui m'a plu, mais qui je crois savoir n'est pas de lui, est celui tiré de "la caverne des anciens" ou des gens sont autour d'un feu et voient des ombres, faisant penser à des fantômes alors que la vérité est dans leur dos...
et d'autres encore...
ça donne envie de le relire... icon_smile.gif

Ce message a été modifié par megotier le Dimanche 19 Mai 2013 à 20h54
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Ecrit le: Dimanche 19 Mai 2013 à 22h10 Posted since your last visit
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Ok on arrête la digression là !! icon_smile.gif
En attendant, on a matérialismé le Tibet au lieu de spiritualiser l'occident !! icon_sad.gif
Or l'humain est là pour spiritualiser la matière, du minéral à l'Esprit !!


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